‹ Faustine; drame en cinq actes, en neuf tableauxChapitre 73 sur 89 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

Rt'TILIANUS,

Trop, hclas '

Mais... ces légions... à quelle dislance?...

RUTILIANUS.

On ne sait pas au juste. — On sonde la nuit; — on écoule... la terreur est si grande que des villngos entiers ont reflué dans la ville — et il y a des gens qui, l'oreille appliquée contre terre, croient entendre par intervalles le galop des cohortes et le roulement sourd des catapultes!...

FAUSTlNEj sculo, à part, tandis que les sénateurs la regardent en silence, et semblent respecter «on accablement.

C'est bien, mon Cassiusl... on reconnaît les dieux à la rapidité de leur foudre!... Daphné elle-même n'a pas eu le temps de revenir! Il sera donc ici, dans ces murs, déjà maitrc de Rome, avant que la mort de Marc-Aurèle ne soit une certitude pour le peuple!... Quant aux patriciens, Liho et Sisenua m'en ré()ondent.— C'est bien i c'est bien! pas uu obstacle sérieux sur sa roule!...

RUTILIANUS, s'approcbanl de Fausiine pour la rassurer.

J'ai fait garder la ville; — tout ce qui nous reste de gens armés est aux portes!...

FAUSTINE, l'interrompant avec véhémence.

Des gens armés!... que dites-vous?... quelle démence!... que peuvent vos citoyens contre des légions éprouvées? Où sont vos généraux?... vos hommes de guerre?... Vous n'avez plus même ce Baseus slupide qui a disparu de Roiiio depuis longtemps!... Mais vous provoquez là une effusion de sang inutile!... mais vous exposez Rome à toutes les horreurs du pillage!...

RUTILIANUS, avec force, après un moment de stupéfaction.

Atlondrons-nous en paix les volontés de cet homme?... Faut-il ouvrir nos murailles aux proscriplions qu'il apporte?... et n'est-ce pas à la dernière extrémité seulement qu'une souveraine a le droit de fuir devant un usurfiateur?... FAUSTINE, avec fierlé.

Nous ne fuirons pas, Uutilianus!... nous irons nous-mêmes au-devant de lui!

RUTILIANUS.

Vous-même !

Toutes portes ouvertes!...

RUTILIANUS.

Grands dieux!

FAUSTINE, haussant les épaules.

Qu'espérez-vous donc d'une résistance impossible?...

RUTILIANUS.

Arrêter, du moins, l'ennemi jusqu'à l'arrivée d'un secours.

Les secours sont loin,— prenez garde!... celui que nous pleurons tous, m'a cunOé ce peuple au départ. — Le sang du peuple est trop cher pour qu'on le répande en pure perte!... Tandis qu'en nous montrant à ce Cassiiis, par notre seule présence, par l'auloriié du sénat, par cette amitié même qui

vous lie, (elle regarde Rulilianus) nous pOUVOUS espérer... RUTILIANUS, avec force.

N'espérez rien de Cnssius, votre grand cœur vous trompe. — Cassius est incapable de se repentir, — Cassius n'est plus mon ami, c'est un l?raitre!...

FAUSTINE, froidement.

Alors, nous irons seule.

RUTILIANUS.

Jamais!... jamais le peuple ne laissera Votre Majesté courir les chances d'une pareille entrevue!...

FAUSTINE, se redressant terrible.

Ahl je ne suis donc pas libre?... Nous allons voir cela tout à l'heure!... Qui [larle ici de violence?... Pensez-vous, qu'avec les officiers de ma maison, je ne saurai pas me faire au travers de cette foule, une trouée assez large pour y passer à mon aise!... et ne me savez-vous pas femme ii écrire ma volonté sur la poitrine de voire penple, avec les quatre pieds sanglants de mon cheval! (On entend tout à coup un grand tumulte à peu de distance.) Mais... écOUtCZ donc!... écoutez!... (Grand tumulte.)

RUTILIANUS, très-ému.

Le tumulte grandit!...

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