ACTE III, SCÈNE VI
paroles de bonheur... je ne sais si je ne désire pas qu'elle arrive trop tard.
stéphen. Pauvre chère malheureuse f
HENRIETTE
Et dire qu'il faut que je reste là, moi... que je refoule mon amour au plus profond de mon cœur... taudis qu'elle, cette jeune fille, elle peutaimer librement, devant tous... Oh ! Dieu me maudit ! (Avec désespoir.) Mais pourquoi suis-je donc venue au monde ?
STEPHEN
Henriette!
HENRIETTE
C'est que je suis malheureure ! et dans ma détresse, pas un abri, pas une consolation !
Et moi, vous m'oubliez!
HENRIETTE
Vous... c'est vrai ! Vous êtes mon ami, mon père... Oh! vous avez raison, Dieu ne m'a pas abandonnée, puisque vous voulez bien m'aimer encore.
STÉPHEN
Ma chère enfant, du courage, je vous en conjure!
HENRIETTE
Ah ! ce courage chancelant, éperdu, que j'ai trouvé pour une expiation nécessaire, il n'est pas... je le sens... dans mes devoirs déjà trahis... dans votre amitié que j'outrage... dans ce Dieu que je blasphème... il est... Acheverai-je ?
STÉPHEN
Eh bien!...
HENRIETTE
Il est encore... Oh! c'est étrange... c'est affreux à dire!... Il est dans ma croyance en cet amour qui m'a rendue si coupable.
STÉPHEN
Grand Dieu !
HENRIETTE
Oui, si je ne pensais pas que le cœur de Léonce m'ap-
partient toujours, qu'il est de moitié dans les douleurs de mon sacrifice, que son consentement à ce mariage ne peut être autre chose que du respect pour mon repos et pour ma volonté.. .oh î alors ma tête se perdrait... Et vous le savez, mon ami, dans le désespoir il n'y a pas de repentir... il n'y a plus que des fautes.
STÉPHEN
Que le ciel vous garde, mon enfant! mais je connais lessentimens de Léonce... Soyez sûre qu'ils sont dignes de vous... (A part.) Oh ! laissons-lui cette illusion tutélaire que j'ai failli détruire, et allons annéantir cette lettre fatale... (Haut.) Voici votre mari... Du sangfroid, Henriette!
Le Comte paraît.