‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 57 sur 69 · ACTE ill, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE ill, SCÈNE VU

STÉPHEN

Et tu ne peux la refuser.

LE COMTE

Je vous suis reconnaissant de cette insistance à ne pas vous séparer de moi... je devais m'attendre, sans doute, à cette preuve d'attachement de votre part... Mais, moins que jamais, vous pouvez quitter le château de Lussac.

HENRIETTE

Monsieur !

LE COMTE

Ignorez-vous ce qui se passe? L'affaire de M. de Lussac et de M. de Norbourg, qui devaient se battre, a été arrangée, grâce à l'intervention de Mlle Blanche... Le mariage est renoué définitivement... Il a lieu dans quelques jours. ..Malheureusementje crains de ne pouvoir être là... et cependant, mon vœu est bien de n'y pas manquer... Vous, du moins, madame, vous ne devez pas perdre une seule des joies que nous donne le bonheur de nos amis... Vous ne pouvez céder à une autre aucun des soins que ce bonheurréelame de vous.

Henriette. Ah! M. le comte.

N'est-ce pas nature!?... Léonce n'était-il pas l'ami... l'intime... l'inséparable de notre maison... reçu par vous avec la confiance d'une sœur; par moi, avec l'abandon d'un père?... Les parens de Mlle de Lussac sont morts ou éloignés... Quelle autre que vous peut attacher le voile nuptial sur la tête de la jeune fiancée, et le détacher ensuite? Vous vous devez de prendre avec Mlle de Lussac ce rôle de mère si singulièrement prématuré pour votre âge, j'en conviens, mais que justifient le renom irréprochable de vos principes, et la maturité austère de vos vertus.

stéphen, à part.

Que veut-il dire?

HENRIETTE, à part.

Oh! mon Dieu! j'ai peur.

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LE COMTE

Ah! si, comme je le pense, vous vous associez dans Pâme au bonheur de Léonce, ce sera pour vous, madame, un bien beau jour!... Léonce épouse une femme jeune, belle, pure... Il l'adore... Il en sera adoré... Et vous serez là pour lui comme un présage tutélaire, comme un exemple vivant de la confiance qu'il doit à celle qui portera son nom... de toute la sécurité qu'on peut fonder sur les sermens d'une honnête femme.

Henriette, à part. Une sueur froide... je chancelle.

STÉPHEN

Mais, mon ami, la comtesse paraît souffrante. le comte.

Mais pourquoi donc t'inquiéter?...Quel danger peut avoir pour la santé de la comtesse ce juste tribut d'éloges dont jamais l'occasion ne s'est présentée mieux qu'aujourd'hui, et que je veux, cette fois, lui payer tout entier?... Ah! quand moi, noble, moi riche, je demandai avec instance votre main, madame... c'est moi qui me crus heureux et favorisé en m'unissant à celle qui n'avait ni noblesse ni fortune; car je savais qu'elle m'apportait en dot cet attachement inviolable à ses devoirs, ce respect de son honneur qui aurait manqué peut-être à la femme qui aurait eu titres et richesses. Pour garantir mon repos, il me suffisait, d'ailleurs, de connaître la sainte mère que Dieu lui avait donnée.

HENRIETTE, à part.

Ma mère !

stéphen, à part.

Quelle étrange discours!

le comte.

Vous me la rappelez-vous bien, madame?... Lorsqu'elle sortait chaque jour pour aller prier, tous s'inclinaient devant elle... les pauvres, assurés d'une aumône; les femmes, d'un exemple!... Noble créature qui fût morte avant de concevoir la pensée de trahir l'homme qui lui avait donné sa foi, de vouer son nom au ridicule, à l'infamie...

AGTE III, SCÈNE V1U. 59

HENRIETTE, à part.

Ma mère... Oh! oui, oui, jamais elle n1eûl été coupable.

LE COMTE

Elle qui. du fond de la tombe, doit bénir son enfant...si digne d'elle... comme sa malédiction eût poursuivi la fille coupable jusque dans une éternité vengeresse!

Henriette, à part, avec un cri.

Ma mère, ma mère... elle me maudit !

stéphen, à part.

Elle se perd... (Haut, aven énergie, et passant du côté d'Henriette.) Mais, tais-toi donc. Veux-tu qu'elle meure de désespoir au souvenir de sa mère... (Mouvement violent du Comte. Stéphen le saisit par le bras.) comme sa mère est morte de terreur en voyant sacrifier sa fille?... (A Henriette.) Henriette... Henriette... Chère enfant. Rentrez àl'instant... Je le veux... Reposez-vous. Rassurez- vous.

Henriette, avec désespoir.

Me rassurer! Eh ! ne voyez-vous pas qu'il sait tout... (Rentrant.) Perdue! mon Dieu ! perdue!

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