ACTE V, SCÈNE I
(A part,) J'oublie toujours qu'ils out changé de noms.
CLAUDIA
Un jour que monsieur Davenay était absent, il y a de cela trois semaines, je ne sais ce que le docteur Ambrosio a dit à cette dame; mais lorsqu'il est sorti, il était bien triste... Il a pourtant l'habitude de voir des malades.. .Quant à elle, sa physionomie n'avait pas changé !... Et puis, voyez-vous, certains ordres qu'elle m'a donnés ce jour-là...
ANDRÉ
Quels ordres?
CLAUDIA
C'est qu'elle m'avait défendu d'en parler à votre maître.
ANDRÉ
Mais, moi, c'est différent?
CLAUDIA
Eh bien! une heure après la visite du docteur, elle m'a donné une longue lettre adressée à une demoiselle de son pays, cl quej'allai porter immédiatement à la poste de Rome. Elle attend cette demoiselle depuis plus de huit, jours, ainsi qu'un monsieur d'un certain âge, qui doit l'accompagner... Elle m'a dit leur signalement, ainsi que les deux mots qu'ils doivent prononcer pour se faire reconnaître... Elle m'a bien recommandé de laisser ignorer sa présence à toute autre personne qui viendrait de France... Eh bien! si vous voulez que je vous dise, faire ainsi venir cette demoiselle tout exprès de si loin... Ça m'a l'air de testament... de dernièresvolontés...
ANDRÉ
Oui, ça doit être vrai.
CLAUDIA
Et puis, cette nuit le venta renversé l'image de saint Janvier, qui est suspendue à ma porte... et cela signifie toujours qu'il y a quelqu'un qui va mourir dans mon hôtellerie... Oh' d'y penser! pauvre jeune femme, ça me fend le cœur !
Archives de la Ville de Bruxelles . Archtef van de Stad Brusset
ANDRÉ
Oh ! le lernie de sa vie n'est peut-être pas si rapproché.
CLAUDIA
Après ça, c'est possible... Ici l'air est si bon !... une superbe exposition !... une cour plantée qui est comme un jardin... deux entrées, l'une sur le village, l'antre sur la route... deux appartemens de prince, puisqu'ils n'ont pas voulu avoir le même... Ce ne sont pas non plus les soins qui lui ont manqué àcetlepauvredame... Peut-on imaginer un attachement plus entier que celui de votre jeune maître?... Il veillerait jouret nuit !... Et puis, il est si bon, si prévenant pour elle.
ANDRÉ
Et cependant, vous ne l'avez vu qu'ici ! Depuis un an que nous voyageons et que nous avons parcouru la Suisse et toute l'Allemagne, si vous aviez pu être témoin, comme moi, de sa délicatesse, de son dévouement qui ne s'est jamais démenti... C'est à ne pas y croire.
CLAUDIA
Après tout, ça n'est pas étonnant... Un frère.
ANDRÉ
Sans doute, sans doute!...
Claudia. Henriette paraît sur le seuil de la porte.
Mais tenez, j'aperçois notre jeune dame qui vient ici s'asseoir comme d'habitude... Il faut lui donner le bras. Elle va avec André au-devant d'Henriette, qui, soutenue
par eux, descend les degrés du perron.