SCENE XIV
BEAUPLAN, puis THORCY.
BBACPLAM, à part.
Je tiendrais enfin le héros de l'aventure; je de-
vrais m'amuser un peu à ses dépens!... mais heureusement pour lui, j'ai bâte d’en finir.
TBOaCT.
Tout est prêt, monsieur; avant de m’embarquer, je venais prendre congé de vous.
BBAUPLAN.
Encore! c’est trop fort. ( Haut. ) Vous mériteriez bien que je vous prisse au mot
TBOBCY.
Comment!
BBACPLAM.
Regardez-moi... voyons... ai-je donc l'air si effrayant 7 Est-il si difficile de m'accorder une confiance entière ?
THOBCY.
Le croyez-vous? après les bontés que vous avez eues pour moit
BBACPLAM.
Eh bien, oui, jeune homme! vous m'avez fait entendre en arrivant qu’un motif particulier vous déterminait à m'offrir vos services... je veux le connaître... au nom de l'intérét que vous m'inspirez... le moment est décisif... j'exige que vous me disiez tout.
thorct.
Mon Dieu ! monsieur... je n’y mets pas de mystère.
BBACPLAM.
Il va parler.
THORCY.
Cela tient à la suite de passions fatales dont quelques-unes ne sont guère â ma gloire : l'opéra, les chevaux anglais, la vie de garçon enfin, dont on se lasse bien vile... car, après deux années passées dans ce tourbillon dévorant, quand je me trouvai seul, sans famille, et que je songeai â me marier...
BBACPLAM.
A vous marier?
THORCT.
Sans doute.
BBACPLAM.
Touchez là, jeune homme !
THORCT.
Vous m’approuvez ?
BBACPLAM.
Si je vous approuve I une aussi lougble résolution dans l'âge de la folie, des plaisirs I
THORCT.
Justement, les plaisirs! pendant ce temps-là, on néglige ses affaires, et deux années, monsieur, avaient suffi pour mettre les miennes dans un désordre effroyable! J’avais tout confondu, tout brouillé 1 j'avais pris les capitaux pour les revenus, et tout cela s'élaitévanoui avec une telle rapidité que, sauf quelques milliers de louis que je tiens en portefeuille, il ne me restait plus rien. Faire partager à une femme une position aussi triste, j’en aurais rougi... et d'ailleurs, se présenter sans fortune...
BBACPLAM.
Ah! sans fortune?...
MAGASIN THEATRAL
TBORCY.
C’est une mauvaise recommandation auprès des pères de famille qui sont fort exigeons d’ordinaire sur ce chapitre-là; et ils ont raison 1 Je fus donc forcé d'ajourner mes projets de sagesso jusqu’au jour où j’aurais rétabli mes affaires par mon travail.
si AO PLAN.
Quoi I c’est là le motif?
TBORCY.
Qui m’amène près de vous... je n’en ai pas d’autre — et croyez que rien ne me coûtera ; les entreprises hasardeuses; des voyages au bout du monde, c’était le rêve de toute ma viel trop heureux si vous parvenez à faire quelque chose d’une tête pleine de belles résolutions pour l’avenir, mais qui jusqu’à présent n’a été bonne à rien. beauplab, à lui- même.
C’est admirable! c’est superbe! me raconter, à moi, au père... c'est très-bien... (Haut.) Jeune homme, une résolution pareille est d’un noble cœur, elle me touche extrêmement. Un nom honorable, une belle ame! Mais vous ne me dites pas tout?
THORCY.
Monsieur...
beauplab, l'interrompant.
Vous ne le pouvez pas, et j’apprécie cette réserve qui est un titre de plus à mon estime.
tboucy, à part
Où diable veut-il en venir ?
BEAUPLAB.
Mais moi, <% 'est différent. Dans ma position, père d’une fille charmante, car ce n’est pas parce que je suis son père, il y a une foule do parens qui ont toujours à la bouche l’éloge de leurs enfans... moi, monsieur, je me contente de dire que ma fille est un ange, le modèle de toutes les perfections.
tborct, vivement.
A qui le dites-vous, monsieur?
BEAUPLAB.
Je sais déjà tout ce que vous pensez à cet égard. Eh bien 1 apres le noble aveu que vous m’avez fait, moi, je n’ai qu’un mot à vous répondre, c’est que je ne tiens pas à la fortune, que je n’en fais pas le moindre cas.
* TBORCT.
Qu'entends-je? ( A part.) Voilà un père original ! (Haut.) En vérité, monsieur, j’ose à peine vous comprendre.
BEAUPLAB.
Osez, mon chéri
THORCT.
Mais cela me donnerait presque le droit d’es-
pérer.
BEAUPLAB.
Je l’entends bien ainsi.
TBORCT.
Est-il possible! (A part.) Je n'en reviens pas! (Haut.) Certainement, je vous l'avouerai de toutes
le» personnes que j’avais remarquées A r*ls, MU* votre fille...
BEACPLAB.
Est celle que vous préfériez?
TBORCT.
Eh bien ! oui, en secret... car, de son cèté, jamais rien ne m’a donoé lieu de penser...
BEAUPLAB.
Des réticences...
tborct.
Surl'bonnenr, monsieur, je vous répète que je n’ai aucune raison do croire qu’une démarche de ma part eût été accueillie par elle.
BEACPLAB.
Si vous gardiez le silence...
TBORCT.
Que dites-vous?
BEACPLAB.
Il me semble que la seule manière de savoir si l’on vous aime, c’est de le demander.
TBORCT.
Grand Dieu ! mais c’est impossible.
BEACPLAB.
Impossible! (baillant la voix ) mais vous étiez attendu, mon cher.
TBORCY, stupéfait.
Attendu!
BEACPLAB.
Depuis long-temps.
TBORCT.
Moi!
BEACPLAB.
Vous! ma fille en est convenue ici, il n’y a qu’un instant.
tborct, avec transport.
Ah ! monsieur, mon cœur n’a que trop de penchant pour une si douce illusion, et quelle que soit la fin de tout ceci , je ue réfléchis plus , je m’abandonne à tous.
BEACPLAB.
Enfin! mais ne perdons pas un instant... je vais vous présenter, car si ma fille se doute de notre conversation, elle doit être dans des transes, dans une agitation... (Louise sort de chex elle.) Tenez, quand jo le disais, elle était aux écoutes, elle n’y a pas tenu.
TBORCY.
C’est incompréhensible! c'est incroyable 1 mais je finirai par le croire.