POSTFACE
Sous le titre sans prétention de À travers la presse canadienne, M. Pierre Foncin, secrétaire, de l'Alliance française, publie dans la Revue Bleue une très remarquable étude sur nos jour-
naux. De même que les amis dont je publie les
lettres en préface, il met le doigt sur des fautes que je n'ai pas mentionnées. C’est à ce titre que
j'extrais de son écrit, si bienveillant pour nous,
le chapitre suivant :
‘“ L'usage obstiné de la langue française a été le
préservatif tout-puissant de la nationalité canadienne ; il sera pour l'avenir sa meilleure sauvegarde. Chacun sait que là-bas, et surtout dans les
ne
campagnes, notre langue a conservé une saveur particulière d’archaïsme ; elle l’a empruntée aux dialectes provinciaux du XVIIe siècle que parlaient pour la plupart les premiers colons........
“ Lisez-vous les fuits divers ? Vous verrez que à la brunante signifie à la brune, qu’une cage est un radeau, qu'une claque est une chaussure que l'on met par-dessus sa chaussure o’dinaire. Les arnonces ? Il y cest sans cesse question de hardes (vêtements), de hardes faites (confections), de gargotes (restaurants), de breuvages (liqueurs, boissons), d'occupations très payantes (emplois très lucratifs), d'assurances contre le feu, ete. Il faut savoir aussi que l’orignal (écrit souvent, mais à tort, original) est une sorte d’élan ; que le caribou est le #1 canadien du renne; qu'une place d'eau est une ville d'été, une station de bains de mer ou d’eau douce ; que la poudrerie est de la neige en poudre chassée par le vent; que cas*er la terre, c’est la défricher ; qu’une barge est une sorte de bateau plat; qu’un barachois est un étang formé au bord de la mer, à l'embouchure d’une rivière ; qu’une galante femme est une femme ornée de toutes les verius,
‘# Voici d’autres locutions (prises au hasard dans divers journaux) qui ont un caractère d'ancienneté, d’exotisme ou de naïveté curieux : “ Grâce aux
octrois (dons) généreux de quelques municipalités.
49 Da de Get qe Vomvae
—Lces habitants peuvent en aucun temps, mais pour leur nourriture seulement, tuer aucun des oiseaux susmentionnés.—Il appert que..--Dans la bâtisse de... — Cheval à vendre à des conditions très libérales... — M, X. x été notifié que... — M. Y. s'est infligéune blessure grave... — Il est rumeur que... — Une internission (entr’acte).—Un élévateur (ascenseur). — [] y avait fricot chez. (repas avec invités). — On demande six bonnes filles pour conduire des machines à coudre, -— On demande cent jolies jeunes
filles pour fizurer dans la pièce à grand spectacle The Water Queen.—On demande deux filles générales
(servantes à tout faire).—Mlle X., modiste, se charge
de la confection des toilettes de dames en général
(on voit que les modistes sont en même temps tailleu<es et couturières). — On a besoin de bons pres. seurs dans le département des tailleurs.—Chemin de fer intercolonial: Arrangements (service) d'hiver,— Mile N. est montée dans la bcîte aux témoins (sorte de petite tribune où les témoins viennent déposer devant le tribunal).—Lots de terre mis en vente à des prix variant de deux dollars et demi par acre, en montant.—Il v aura cette année un surplus duns le budgct, etc., etc... ”
‘Et cette annonce qui en France passerait pour une lugubre facétie! “ Ceroueizs ! CErcuEr:s ! J'aurai constamment en main des cercucils de toutes les dimensions et à des prix très bas. Je n'em-
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ploierai que du bois sec et de première classe. Je garantis mon ouvrage parfait. Qu'on s'empresse de venir me rendre une visite, je promets à tous ceux qui achèteront chez moi pleine et entière satisfaction.”
“ Ce n'est pas tout. Bon nombre de mots anglais Ont fait invasion dans la langue française canadicnne, et, bien qu’elle les expulse de plus en plus, depuis qu’elle possède une littérature nationale ct de véritables écrivains, tant s'en faut encore qu'elle soit complètement expurgéc. Un Acadien racontait en ces termes un accident qui lui était arrivé : Je voudrais bien vous driver (promener en voiture), mais ce matin j'attelai mon /eam (ma voiture), et à peine sortie de la stable (écurie), le cheval prend sa race (course). Ah! ça allait fast (vite). Et quand je vins pour dévirer le corner (tournant), je tombai par terre, le cheval partit tout seul. Il fut pogné (blessé) et Je fus findé (mis à l'amende)” Sauf dévirer ct pPogné, qui sont du vieux français, tous les autres mots qui surprennent le lecteur sont d'origine anglaise.
“ Hâtons-nous de dire que ce charabia est l’ex- Ception, même en Acadie, Cepeidant les journaux Canadiens, surtout dans leurs annonces, sont fréquemment émaillés de locutions britanniques o1 américaines, Exemple : —- Dans le budget, un article de comp'e S:pp°!le un item—Une épicerie
hat rois
est une grocerie—Un greffier cest un recorder.— Dans une énumération de me.bles, on dira: un ménage complet, un set (garniture) de salon, six chaises de salle à dîner, un sideboard (buffet), une grande berçante, bizarre mélange de mots anglais et de termes du ceru.—Une dispute, une rixe est qualifiée de scène. disgracieuse.—Une carricle (cabriolet) s’attelle en tandem (avec doux chevaux en flèche).—Un caucus, comme aux Etats-Unis, est un groupe d'hommes politiques ayant la même opinion.— Un homestead est une ferme, un saloon un salon, un jcb une occasion dans une vente; des gants de kid sont des gants de chevreau, etc. Inutile de multiplier ces citations.”
Il y a quelques légères erreurs là-dedans, mais il n'importe pas de les relever.
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