SCÈNE II
TURCATI, MOREL, puis un Garçon de café.
turCATI , venant de la gauche.
Je t'en moque , à la lanterne ! c'est pas pour aBJortrd%A;r, mil..
zieux 1 Du moment que la garde nationale s'en mêle , c'est fini de rire; ils mettent de Tordre, n'y a plus de plaisir. Arrêtonsnous ici. ( Il frappe sur une table qui est à la porte du café. — Le Garçon paraît.) Garçon , deux petits verres!
LE GARÇON
"Voilà, Messieurs.
Au fait , ça serait une drôle de liberté' , s'il n'est pas permis de pendre un homme.
TURCATI.
Farceur ! ne te passionne donc pas. Faut qu'on pende des hommes, sans doute.
MOREL
11 faut qu'on en pende beaucoup! (Au garçon) Du doux, s'il vous plaît.
TURCATI.
Moi , du rude , ce qu'il y a de plus rude , mon cadet.
MOREL
Il faut que la révolution se noie dans le sang. (Au garçon.) Du parfait amour!
LE GARÇOH.
Nous en avons d'excellent, Monsieur; je vous en apporte.
( Il disparaît. )
TURCATI.
Dis donc un peu, toi, Morel, est-ce que tu es fou de parler comme tu fais?
MOREL
Comment donc, mon bon ïurcati?
TUBCATI.
Tu dis devant ce garçon qu'il faut que la re'volution se noie dans le sang!
N'est-ce pas ce que tu m'as dit toi-même?
TURCATI.
Mais,mille tonnerres! je ne te l'ai pas dit comme principe. Pour un homme de plume, tu es bien bête ! Il le faut, parce que ça convient. . . à ceux qui nous emploient; il le faut, parce que ça nous vaut de l'argent ; mais voilà tout.
MOREL
Je ne l'entends pas autrement.
TURCATI.
Alors ne te mets donc pas à de'couvert. Il me fallait un se-
cond : je t'ai choisi, t'ayant là sous la main. Je te paie honnêtement...
MOREL
Je ne dis pas le contraire.
TURCATI.
Au moins ne me compromets pas.
MOREL
Ah Dieu! te compromettre, moi !
TURCATI , voyant revenir le garçon.
Chut! j
v. MOREL. . ~
Vois-tu, plutôt que de. . .
^ . TURCATI.
Assez causé , Jacquot. Que diahle ! il ne fait pas chaud , ( D'un ion significatif. ) de ce temps-ci on se boutonne. morel, bêtement.
Mais non : je te réponds qu'il fait doux.
( Le garçon a rempli les verres.)
TURCATI , trinquant.
A ta santé. . . imbécille !
morel, Merci.
LE GARÇON
Sans indiscrétion , Messieurs , pourrait-on vous demander la cause du bruit qui vient d'avoir lieu?
MOREL
Rien , une misère. . .
TURCATI.
François , le boulanger du Marché - Palu , qu'on voulait pendre.
MOREL
Mon dieu ! pas davantage.
LE GARÇON
François! je le connais : c'est lui qui nous fournit nos pains mollets.
TURCATI.
C'est qu'il n'a tenu qu'à un fil qu'il ne le perdît tout - à - fait, lui , le goût du pain.
MOREL
C'est un accapareur.
LE GARÇON
Lui! Allez, Messieurs, on, vous a trompés, et le peuple aussi. François est un brave homme , charitable au pauvre monde. Il
(4 ) fait jusqu'à six fournées par jour. Tout le district de Notre-Dame vous le dira.
TURCATI.
A la bonne heure ; mais sans la garde nationale, le mitron n'e'tait pas blanc : il allait prendre un bain d'air, à la façon de Bertbier et de Foulon , qui voulaient nous faire manger du foin.
LE GARÇON
Et où l'a-t-elle emmené', la garde nationale?
MOREL
A l'Hôtel-de- Ville , oïi on va l'interroger.
LE GARÇON
Si on l'interroge, je suis bien sûr qu'on le relâchera tout de suite , parce que c'est un honnête homme.
TURCATI.
Un honnête homme! un honnête homme!
MOREL
Et d'ailleurs quel danger de pendre un honnête homme? ( Etonnetnent du garçon.) Vois-tu , toi, mon cher , tu es garçon de café'; tu n'en sais pas plus ioug. Mais si tu savais les choses
TURCATI.
Remplis les verres , et laisse-nous.
le garçon, sortant, après avoir obéi.
C'est des aristocrates , ça.