SCÈNE PREMIÈRE
Mme DE FAVRAS, TALON, LE DUC.
( Il fait encore nuit. )
TALON , une lanterne sourde à la main , introduit les deux autres personnages mystérieusement par son cabinet. Nous y voici. Ma charge , qui me donne le droit de pénétrer dans la prison du Châtelet à toute heure , m'a aussi fourni les moyens de vous y amener. Eh bien, maintenant, que voulezvous faire?
Mme DE FAVRAS.
Monseigneur l'a dit positivement : il vent sauver mon mari d'une mort ignominieuse et cruelle qu'il n'a pas me'rite'e.
LE DUC
Certes, ce ne doit pas être le prix de son zèle et de son dévouement.
TALON
Non sans doute. Avant le jugement , je répugnais à favoriser une évasion; maintenant que ce jugement est prononcé, qu'il est évidemment inique , il est du devoir de tout homme de s'employer à en empêcher l'exécution.
Mrac DE FAVRAS.
Et c'est aujourd'hui , Messieurs, aujourd'hui que cette horible exécution doit avoir lieu!
TALON
Hélas ! oui. Et, bieh qu'il ne fasse pas encore jour, vous venez de voir que le peuple cruel et sonpyonneux commence déjà à se rassembler.
LE DUC
Le peuple est si souvent trompe', qu'il n'a pas tout-à-fait tort d'être soupçonneux : pour cruel, il ne Test pas. . . dans ce sens du moins qu'il se croit juste.
Mme DE FA.VRAS.
Est-ce que Monseigneur ne peut pas donner des ordres? se faire secrètement connaître aux guichetiers? Il ne s'agit que de gagner un peu de temps. L'innocence de mon mari ne peut manquer d'être reconnue; alors, cette protection, peut-être dangereuse à de certains égards dans le premier moment, sera regardée comme l'acte d'une vertu sublime.
TALON
Madame, ce que vous proposez compromettrait inutilement Monseigneur , et pourrait avoir des conséquences. . . que nous devons éviter. . . au prix même de notre sang. Nous ne devons employer ici que l'or. . . qui est partout un mobile assez puissant.
LE DUC
Je me suis muni d'une forte somme en espèces et en billets de la Caisse d'escompte. Faites venir Favras; pendaut votre absence , Madame et moi nous allons travailler à rendre les issues libres.
TALON
Que madame se charge seule de ce soin ...Ne paraissez pas : cela est inutile. . . et dangereux.
LE DUC
Eh bien , allez donc. . . ( Talon entre dans le corridor n° 2. — Le duc , tirant de sa poche une bourse et un portefeuille .) Pour vous, Madame, voici... ( Ou entend sonner à la porte extérieure. ) Qu'est-ce que cela?
Mme de favras , tremblante.
Je ne sais. . .