‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 9 sur 30 · ETUDE POUR LE BEAU PAON · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LE BEAU PAON

à créer les symboles et les visions lyriques, les grandes pages littéraires de son œuvre; il avait aussi des moments de claire fécondité et de travail, pour ainsi dire, uni, auprès de la mer du Nord, alors qu'il se reposait de sa transcription de la vie des grandes villes par ses calmes études de Zélandaises, de dentellières, alors qu'il donnait cette aquarelle, si apaisée, si coquette, du Scandale à la plage, où passe tant de fraîcheur, où à travers la vitre on voit comme la transparence de l'air du large; mais encore qu'il ait aimé passionnément ces trêves, il préférait encore se colleter avec la vérité complexe de la grande ville et comme il le disait, «peindre des scènes et des types de ce XIX^ siècle, que je trouve très curieux et très intéressant. » Il ajoutait «les femmes y sont aussi belles qu'à n'importe quelle époque

L'ART ET LE BEAU

et les hommes sont toujours les mêmes. De plus

l'amour des jouissances brutales, les préoccupations d'argent, les intérêts mesquins ont collé sur la plupart des faces de nos contemporains, un masque sinistre oîi «l'instinct de la

perversité,»

dont parle Edgar Poe se lit en lettres majuscules — tout cela me

semble assez amusant et assez caractérisé, pour que les artistes lâchent de rendre la physionomie de leur temps.» Ailleurs il dira que pour lui, une heure

passée sur le boulevard, c'est un bain de flamme. En faisant la part de ce que peut contenir de pittoresque le langage d'un peintre lettré, qui sait écrire, et rend plus saillante par la précision du style la vivacité d'une image que sa faculté pittoresque lui a donnée, très en relief, il est certain que pour rendre ainsi qu'il l'a transcrite, la vie des grandes villes, il fallait la ressentir

bien fortement et que les nerfs de tout le monde n'y résisteraient pas aussi bien.

Il apparaisait, dans sa haute taille, très élancé, très nerveux comme un être de volonté et de décision; le regard était très clair, dans un masque noble, aux lignes mobiles; le teint, très basané, accentuait la clarté du regard. Il resta longtemps.

d'ailleurs, très jeune et à soixante ans, il en

paraissait à peine quarante.

Puis la maladie vint qui le tassa brusquement et triompha d'une des plus fortes

organisations d'artiste qu'il y ait eu.

La vie d'un peintre, c'est son œuvre; la biographie de Félicien Rops tient

toute entière dans l'histoire de son labeur. Les grandes dates en sont ses travaux, la trouvaille de quelque procédé, avec Rassenfosse, avec Tuelemans,

le passage d'une influence, la création d'une œuvre. L'histoire de Rops, pour la postérité, c'est la rencontre avec Baudelaire, c'est

la découverte par Rops dans, Paris, de son Paris, ce sont les progrès de son individualité, le dégagement toujours plus net de son art en formules, et puisque sans avoir écrit beaucoup, il savait écrire, empruntons - lui les caractéristiques des formules de sa recherche. Il

avait dit: «Ne faites pas un croquis sans y apporter le même désir de bien faire que si vous vouliez peindre un tableau d'histoire.» Il fera sienne une formule de Millet: «Il faut pouvoir faire servir le trivial à l'expression du sublime. > C'est là, la vraie force. Il concluera, vers la fin de sa carrière par cette note brève: «La qualité maîtresse? l'intensité.» Erastène Ramiro qui l'a vu travailler, dit que chez lui, l'incubation était lente qu'un minutieux travail de déblaiement s'opérait en lui sous la forme

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ans encore; vivre dix ans encore! «Il me faut dix ans pour mettre en lumière les belles imaginations que je vois danser dans ma cervelle!» Et peu après, il commençait lentement à s'éteindre; la maladie mit plusieurs années à triompher de cette organisation de fer et de nerfs.

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