‹ FélicitéChapitre 1 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les gens en parleront, n'en doutez nullement,

et

bien fou du cen'eau Qiii prétend contenter tout le monde et son père,

Les deux consolants conseils de La Fontaine ont répondu d'avance aux objections que je relève, comme à toutes autres objections, au reste.

Néanmoins, je veux m'efforcer de réfuter plus spécialement quelques-unes d'entre elles.

Essayons, toutefois, si par quelque manière, Nous en viendrons à bout.

J'ai tenté, en témoignage partiel d'une piété que j'espère attester plus complètement aujourd'hui, comme en manière d'une rétrospective compensation, dont plusieurs ont apprécié l'intention et goûté le contraste, de donner bien moins à ma glose qu'à une muse, de son vivant la plus infortunée, un auditoire élu de distinction intellectuelle et de noble élégance. Les malicieux en ont voulu faire une manifest^ition précieuse dans le fâcheux sens de ce mot, quand la présence

de beaucoup) de bons esprits empêchait pourtant l'équivoque de bel esprit sous laquelle on n'eût pas été fâché de discréditer la réunion et de gâter la chose.

J'ai récité alors les deux premiers chapitres de l'étude qui suit, plus la troisième partie du chapitre IV. Je marque aujourd'hui d'un astérisque dans ces pages, où pas un mot n'a été changé, trois passages dont les expressions faussement ou incomplètement citées ont été relevées plaisamment, et je les livre à une critique plus attentive.

Mais, ce qu'il y eut d'un peu déroutant, pour ma bonne foi, ce fut, en même temps que le reproche d'une prononciation trop martelée, — sans doute encore insuffisiinte. — la soi-disant citation en italiques et entre giiillemets, dans plusieurs compte-rendus, de locutions cocasses telles que « encélesté., lavabo de pensée! superlativement lilialf. Il y a une grande injustice à réparer^ le mage « dit... » dont mon texte n'a jamais porté trace.

Quant à la trop spirituelle accusation de songer à réhabiliter Loïsa Puget, d'une part — à savoir de traiter une matière comiquement rococo ; — et ailleurs, d'avoir, par le choix d'un sujet, pourtant toujours ouvert — et sur lequel naturellement tout le monde avait à m'en remontrer — cherché à me parer de ce qui revenait à d'autres: il faut pourtant qu'on opte entre ces deux griefs qui s'annihilent.

Un mot pour cliacun :

Nul musicien de génie qui ait, que je sache, consacré la petite metteuse en musique de tant de romances aux harmonies justement moquées. Mais les rieurs qui attendent mon panégyrique de Loïsa Pujet, parceque j'ai célébré Marceline Yalmore, savent-ils bien qu'il n'y a guère de rehaut ni de grâce à ne point être touché par les accents de Celle dont Michelet a écrit : « Celte puissance cVoragf quelle seule a jamais eue sirr moi. »

Certes, j'ai voulu, moins révéler certaines parties de l'œuNTe que relever toute la figure, un peu brumeuse et oubliée, quoi qu'on en puisse dire, entre les buissons de ses poë&ies enchevêtrées de lierres et de lianes, de clématites et de chèvre-feuilles, de vignes vierges et de viornes, ainsi qu'une Belle-au-boiçdormant du rêve attendant le réveil de quelque songeur épris de son silence harmonieux, de son souffle et de son soupir.

Mais, ce que j'ai aussi souhaité, c'est de rafraîchir les fleurs et les palmes d'illustres ex-votos spontanés, entrelacés autour du souvenir de Marceline Desbordes- Yalmore, par tant de mains généreuses ; c'est de faire revivre l'encre mystérieuse et sympathique des litanies de la glorieuse admiration et de l'estime impérissable signées de noms prestigieux ou sublimes.

Une lecture entière de cet essai, pour ceux qui ont

souci d'autre chose que de chicanes taquines, renseignera sur ma tentative et sur son dessein. J'ose espérer qu'ils ne seront pas reconnus vains, mais me donneront droit d'inscrire mon nom au-dessous de nobles commentateurs, dont le plus récent fut M. Verlaine, parmi ceux qui ont promené au moins un fil et projeté une lueur entre les beautés emmêlées de touffus bosquets, de bouquets diffus.

VersaHles.

Janvier ls9i.

... relisant à froid ces pages... Je pensais que cet enivrement paraîtrait sans doute ridicule^ présenté à des lecteurs distraits; mais aussi, je songeai à ceux qui se pénètrent plus profondément des émotions qui naissent d'une œuvre sérieuse, et il nie sembla que je leur devais un compte fidèle du travail que je venais de faire, et qu'il fallait les faire remonter jusqu'à la source même des idées dont ils avaient suivi le cours .

C'est pour cela que, m'attendant bien à paraître extraordinaire, fat voulu passer pur dessus ce qu'il y a de puéril et d'exagéré dans l'inspiration^ aux yeux des gens froids.

^iLFRED DE VIGXY

A LA MEMOIRE DE MA BELLE-SŒUll

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