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CHAPITRE IV

La mère Madeleine ne put la retenir , et les religieuses qui se trouvèrent sur son passage essayèrent inutilement de l'arrêter ; elle courut éperdue à la cellule de la sœur Geneviève, et demeura comme foudroyée sur le seuil. La pauvre trépassée était sur son lit, vêtue de ses habits religieux et le crucifix entre les mains. Sa figure était si blanche et si calme, qu'on eût dit la statue d'albâtre d'une des saintes de l'ordre , habillée de la tunique de laine blanche, du long scapulaire et du manteau bleu céleste.

Félise considéra d'un œil fixe et presque stupide ce triste tableau ; ensuite elle alla se mettre à genoux dans un coin de la cellule, et y resta immobile, le corps ployé, le visage caché contre le mur. Les exhortations du père Boinet, les consolations qu'essayait de lui donner la supérieure, furent sans effet ; on ne put ni la faire changer de place , ni lui arracher une parole. Sa douleur ne se manifestait que par de rares sanglots et d'involontaires très-

saillements. Elle ne pleurait pas, et ses yeux, fermés à demi, étaient entourés d'un cercle livide, comme si les larmes qui ne pouvaient jaillir eussent meurtri ses blanches paupières.

Quelques heures plus tard, toute la communauté vint processionnellement chercher le corps de la sœur Geneviève pour le descendre, selon l'usage, au milieu du chœur, où il devait rester exposé jusqu'au lendemain. Lorsqu'on eut emporté le cercueil, Félise se releva d'elle-même et suivit le triste cortège. Pendant le reste de la journée et la nuit suivante, tandis que les religieuses priaient, elle demeura à l'écart, le corps affaissé sur ses genoux , la tcte baissée sur sa poitrine. Ni les exhortations ni les ordres de la supérieure ne purent la tirer de cetle immobilité : elle assista ainsi à la cérémonie des funérailles ; mais lorsque tout fut fini, lorsqu'on eut descendu le corps dans les caveaux de l'église , cette douleur passive se changea en un déses-

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