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Félix Bogaerts

Sans regret non* rejeton» le bouquet ilont Ici fleur* ont perdu leur parfum et leur* riches couleurs.

Ne nous plaignons pas quand, uno a une, s'évanouissent nos illusions; car Dieu l'a ainsi voulu, afin qu'au terme de nolie carru re nous puissions, saus regret aussi, rejeter la vie comme nn bouquet flt'lii.

Fini OociiiTs, Peniètt et Xajimei.

<8>anî>,

IMPniMF.RIE ET LITHOGRAPHIE DE I.. UMELYJICK, Rue «les Peignes, G.

La tombe qui s'est ouverte pendant l'année qui vient de s'écouler, pour tant de célébrités scientifiques et littéraires, vient de s'ouvrir encore une fois pour l'un des écrivains les plus distingués que la Belgique possède et dont la postérité gardera le nom avec reconnaissance, pour Félix-Guillaume- Maiue Bogaerts, né à Bruxelles le 2 juillet 1805 et mort à Anvers le 16 mars 1851.

Depuis quelque temps la cruelle maladie qui conduisit le brillant écrivain que nous pleurons, au tombeau, faisait de rapides progrès. De jour en jour il sentait ses forces diminuer et il pressentait que l'heure fatale ne tarderait

pas ù sonner pour lui; mais il l'attendait avec calme et résignation. La lettre qu'il nous écrivit au mois de décembre dernier, en donne la preuve : « J'ai été retenu à Auvers, y ■ disait-il, par le mal implacable qui m'étreint depuis bien » tôt quatre ans, et qui depuis deux mois menace de me briser • enfin, je suis condamné à l'inaction la plus absolue et cette » lettre est peut-être la dernière que j'ai eu le plaisir de vous » écrire. Que la volonté de Dieu s'accomplisse! » Soumission sublime aux décrets de la Providence, qu'un sentiment religieux profondément senti et une conscience pure, peuvent seuls inspirer î Mais aussi pourquoi aurait-il craint l'approche de la mort, lui qui avait consacré sa vie et les talents dont le Ciel l'avait doué, à enseigner aux autres, en joignant l'exemple aux préceptes, la pratique de toutes les vertus chrétiennes ! lui qui eut le droit d'imprimer en tète de ses Œuvres : « Je n'ai jamais écrit une ligne dont je doive me repentir. »

Le peu d'espace que nous avons à notre disposition ne nous permet pas d'analyser d'une manière détaillée, toutes les productions dont Félix Bogacrts a doté la littérature belge; les plus remarquables, après avoir obtenu les honneurs de plusieurs éditions, furent réunies sous le titre d'OEuvRES complètes en un beau volume grand in-8°, à deux colonnes, imprimé à Anvers chez Buschman en 18ÎJ0. Les ouvrages qu'il renferme sont : 1° Lord Strafford, roman

historique d'un grand intérêt, Iraduilen flamand en I84G; 2° Dympne d'Irlande, légende chrétienne; 3" Kl Maestro del campo, roman historique qui obtint un grand et légitime succès. L'auteur y dépeint sous les couleurs les plus sombres, mais hélas! trop vraies, la désolation qui régnait à Gand en 1567, lorsque celle ville avait pour gouverneur l'impitoyable Alonzo Ulloa, maestro del campo du farouche duc d'Albc. Ce roman eut deux traductions anglaises et une traduction italienne, 4° Mère et martyre, drame chrétien en deux parties; 5° Les morts sortent quelquefois du tombeau. Nouvelle des plus attachantes, qui fut traduite en flamand, en allemand cl en anglais; 6° Quelques réflexions sur ie Juif errant de M. Eue. Sue. Dans cette pièce l'auteur signale les dangers que renferme ce fameux roman, qui pour le malheur de l'humanité a été lu et relu par tout le monde, et qu'il cite avec raison comme l'une des œuvres les plus impudentes qui aient paru depuis bien des aimées, conlrc le catholicisme; il aurait pu ajouter : et conlrc la société. 7° Poésies; 8° Épigrammes; 9° Pensées et Maximes, traduites en flamand; 10° De la destination des pyramides d'Égypti:, à propos de l'ouvrage de M. Fialin de Persigny, sur le même sujet. Dissertation fort remarquable à laquelle M. de Persigny, qui était loin alors de prévoir qu'il jouerait un jour un rôle important dans la politique européenne, répondit par une intéressante. lettre publiée à la suite de la

dissertation; 11° Histoire civile et religieuse de la colombe, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Cet ouvrage est incontestablement un des meilleurs qui soient sortis de la plume de ce savant. Le poëte Van Duyse en a donné l'analyse en quelques vers flamands fort gracieux que nous nous empressons de reproduire :

Ook znchtor lafercelen levcn,

0 Félix, op uw zuiver blad.

Wal blanke duif wil nuder cwcven.

Die 'l lachend loof voor u vcrgal?

Zij komt, met vricndclijke blikken,

Uit uwe handen dagclijks pikkcn

Hacr ongezochten morgvndiseh.

Een stond, gelioorzncm haren lusten,

Lact gij de nijvrc Tedcr rusUn,

En mnelt dan haer geschiedeniâ (1).

12° Histoire du culte des saints en Belgique, envisagé comme élément social. Le titre indique un travail important, que l'auteur a traité avec le plus grand soin, n'ayant eu en vue qu'un seul objet : « la démonstration d'une action » morale féconde, autrefois, en innombrables conséquences » heureuses, c'est, dit-il, une page de notre histoire civile » que nous avons voulu écrire. » Ce travail est suivi par les Litanies historiques des saints de la Belgique, dans

(I) Genltchen Mercuriu*. ii« UG4 (1851).

lesquelles Bogaerts a succinctement rappelé les particularités les plus saillantes de la biographie des principaux élus dont la mémoire est chère au peuple belge; 13° la Biographie de Mathieu Van BnÊE, précédée de quelques observations sur la marche de l'art en Belgique, depuis la mort de Rubens jusqu'à la réorganisation de l'Académie d'Anvers au commencement du XIX e siècle, termine dignement ce beau volume qui ne renferme pas toutes les productions littéraires de Félix Bogaerts. Dans la préface il indique lui-même celles qu'il a cru devoir éliminer; les voici :

Ferdinand Alvarez de Tolède; drame historique en trois actes; joué ou théâtre royal de Bruxelles, en 1834.

Biographies de Quinten Metsys, dans les Belges illustres; — de Ph. Wouwermans, dans les Scènes de la vie des peintres; — de P. Van Regemorter, dans le Messager des Sciences et des Arts de la Belgique (i), qui comptait encore à la mort de ce peintre, Félix Bogaerts au nombre de ses collaborateurs; — de Wvnand Nuyen, artiste dout la mort prématurée enleva, selon l'opinion de Bogaerts, à l'école hollandaise son plus vigoureux champion.

Bataille de Nieuport; Anvers, 1844.

Le don vieux temps en Belgique. « Ce petit livre est écrit

(l)Tomc VII (1833), P . 321.

» en flamand, ce qui, à mon grand regret, » dit l'auteur, « me force de l'exclure de la collection. Je l'aime de tout » cœur, l'ayant rédigé sous la dictée, pour ainsi dire, d'une » douzaine de vieillards, derniers et vénérables débris du ■ siècle passé, et qui tous ont disparu aujourd'hui. » Il nous parait que pareeque ce livre est écrit en flamand, il ne fallait pas l'exclure de la collection. Une pièce flamande élégamment écrite, dont le sujet inspire un grand intérêt, n'aurait certainement pas vicié dans les Œuvres complètes d'un écrivain qui était fier de sa langue maternelle qui lui devait quelques productions d'un mérité réel. Nous regrettons que Félix Bogaerls ait eu le triste courage d'imiter à l'égard de cet enfant qu'il chérissait tant, la sévérité des Junius Brutus et des Manlius Torqualus.

Dans la revue que nous venons de passer, nous n'avons cité que les principaux ouvrages que le savant auteur de l'Histoire de la Colombe a légués à la postérité, sans nous arrêter à ceux qu'il qualifie lui-même « de petite monnaie » dont on est toujours prodigue, parce que la facilité avec » laquelle ou la répand , égale celle avec laquelle on » l'acquiert. » Cependant si toute cette petite monnaie composée d'articles en tous genres, de comptes-rendus, de notices diverses, etc., était réunie, on trouverait assez de matière pour ajouter un second volume aux Œuvres complètes de ce laborieux écrivain, qui croyait pouvoir renon-

cer au travail parce qu'il avait acquis le droit de se reposer; mais celte résolution prise sans doute dans un de ces moments d'abattement, que la maladie avait rendu plus fréquents, fut bientôt oubliée et pendant le courautde 1830,

ricOXOCRAPniE CHRÉTIENNE DE BELGIQUE et I'ÉlOGB HISTORIQUE

de Louise-Marie, la bien-aimée Reine des Belges, virent le jour.

Si à tous ces travaux on ajoute les occupations forcées et journalières que lui donnaient ses fonctions de professeur d'histoire et de géographie à l'Athcnéc d'Anvers, cl celles de secrétaire-perpétuel de l'Académie d'archéologie de Belgique, dont il était un des fondateurs; on devra reconnaître que bien peu de savants sont doués d'une activité aussi soutenue.

Comme écrivain, Félix Bogaerts sera toujours compté parmi les meilleurs que la Belgique ait produit. Style correct, gracieux et concis, phrase élégante sans jamais paraître forcée, choix heureux d'images pittoresques et originales; voila les qualités que l'on rencontre dans la plupart de ses écrits. Enfin, sans vouloir établir un parallèle entre Bogaerts cl le célèbre baron de Reiffenberg, nous croyons qu'on pourrait dire de lui ce que le poêle Mathieu disait de ce savant polygraphe :

Pittoresque en son style, élégant cl divers, Actif, infatigable, ù sa verve facile

Tout sujet s'est montré complaisant et docile; Prose, vers, tout pour lui finit a force d'art Par se Taire en jouant et comme par hasard.

Félix Bogaerts était membre correspondant de l'Académie rovale des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Belgique et d'un grand nombre de compagnies savantes. Peu de temps avant sa mort, Sa Majesté le roi des Pays-Bas l'avait nommé chevalier de l'ordre de la couronne de Chêne.

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