‹ Femme et maîtresseChapitre 11 sur 44 · JOSÉPHINE, AGATHE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE, AGATHE

JOSÉPHINE. T^ue te disait-il à voix basse?

MAGASIN THEATRAL

AGATUË. Il me parlait de loi.

JOSÉPiilXE. Pour t'aciievcr le sermon

qu'il me destinait Oh ! l'ennuyeux pei-

sonnage !

AGATHE. N'en dis pas de mal, Joséphine; il t'aime tant !

JOScrni\E. Qu'il m'aime un peu moins, par ])itié , et qu'il me laisse faire à mon gré.

AGATHE. Tu n'es pas juste à son égard: il ne te dit jamais que des choses fort raisonnables,... Si tu n'étais pour lui qu'une personne indifférente, comme moi, par exemple, il te laisserait aller à ta guise, il t'encouragerait même dans tes goûts , dans tes folies. Il faut aimer beaucoup une femme pour oser la contrarier sur sa frivolité... Pour moi , ma cousine , je t'avouerai franchenient que rien ne me prouverait davantage l'amour d'un homme que l'insistance que je lui verrais mettre à me conseiller, à me diriger... Oui , vraiment, ma tendresse pour lui s'affermirait en raison de sa franchise, et je l'aimerais d'autant plus qu'il me contrarierait davantage.

.JOSÉPHINE , éclatant de rire. Ah î ah I te voilà maintenant aussi amusante que lui.... mais, puisqu'il trouve en toi une écolière si docile , pourquoi ne cherche-t-il pas à te plaire?

AGATHE. Est-ce qu'il pense à moi?.. Il

t'aime, tu le sais bien il te le dit tous

les jours... et tu Tainaes aussi, sans doute, toi?., beaucoup?..

JOSÉPHINE. Moi?., je crois que je n'aime personne.

AGATHE , souriant. Il semblerait , au contraire , que tu aimes tout le monde.

JOSÉPHINE. Eh bien ! c'est cela personne ou tout le monde... n'est-ce pas la même chose?., mais, franchement , je suis ravie d'être aimée... c'est mon bonheur, à moi !.. Ce n'est pas que je sois coquette... Oh! non I mais je suis curieuse, j'aime le changement... rien ne me divertit comme

les transports d'un amant La jalousie,

les soupirs, les larmes, les éclats... tout

cela me rend folle c'est une comédie

que je me donne sans qu'il m'en coûte rien...

AGATHE. IMais enfin, pour en revenir à M. Léon , n'as-tu pas pour lui quelque préférence ?

JOSÉPHINE. Je l'ignore.

-AGATHE. Tu veux rire... je suis sûre que tu l'aimes...

JOSÉPHINE. Aimer... moi ! est-ce que je suis folle ?

Air : Liberté chérie.

Sans être prude ni coquette , ,Ie garde mon cœur... par raison.

?xouler propos et fleurette, Se laisser aimer est fort bon.

Mais aimer soi-même... Fi donc!

Et puis un amoureux

Trop heureux Est despote, ombrageux...

Sur vos pas, toujours là...

Liberté cberie.

Seul bien de la vie, Le bonlieiir est Ih, Tra, la, la, Tant pis pour qui s'en fâchera.

AGATHE. Tu n'ignores pas cependant qu'il veut t'épouser ; et si le mariage a lieu, c'est que tu l'aimeras... Ainsi réfléchis et prononce...

JOSÉPHINE. Tu lui veux du bien et beaucoup... Eh bien ! pour te faire plaisir, je te promets de l'écouter... de l'aimer même un peu... C'est pour toi, au moins, que je fais cela...

Elle se remet h travailler.

AGATHE. Tiens , le voilà qui revient... Voyons, traite-le avec douceur... il est si malheureux quand tu te moques de lui.

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