LÉON, ADOLPHE
LÉON, à part ^ tout radieux. Comme le bonheur rend agile ! cinq visites en moins d'une lieure!.. Elle e.st là, ma bonne Joséphine, elle m'attend... {A Adolphe .) k\i\ vous êtes seul ?
ADOi.Pili'.. Vous voyez.
LLON. Et Joséphine?
ADOLPHE. Elle est à sa toilette.
LLON. Je devine.
ADULi'UK. Oui, pour le Pianelagb...
LÉON. Yous plaisantez... cela ne se peut.
ADOLPHE. J'en ai donc menti ?
L!.0^'. Je ne dis pas cela... mais étcsvous bien siii ?
ADOLPHE. Elle n'a rien de caché pour moi...
LÉON. Vraiment?.. ( A part. ) Dirait-il vrai?., m'aurait-elle encore abusé?., je ne sais(jue penser... [Haut.) Vous savez tous ses s"crets, vous, vous êtes avec elle mieux que personne... en apparence au moins...
ADOLPHE. Je ne suis pas iiop ma.1. .. depuis une heure surtout...
LÉON. Depuis une heure ?
ADOLPHE. Tenez, je n'aurai rien de secret pour vous... vous êtes un charmant garçon, et je crois qu'en vous parlant avec sincérité, je vous rendrai un bon service... entre hommes on doit se protéger, s'em- ])èdier d'être dupés . parle beausexe surtout... Eh bien! mon cher, je vous dirai que je vous ai devmé, ou à peu près... et que vous échouez...
LÉON. Pourquoi ?
ADOLPHE. Parce que je réussis, moi.
LÉON. Bah!
adolph::. Sur mon honneur!,, et les pièces en mains.
LÉON. La bague que je viens de lui donner!..
ADOLPHE. Votre bague?., admirable!., faites donc des cadeaux.
LÉOv. Je m'y perds !.. que signifie?..
ADOLPHE. Cela slgnilie que l'on a été coquette avec vous, et qu'il vous arrive aiijonrdhuice qui peut m'arriver demain; chacun son jour... ricochet.
LÉON. C'est donc vous qu'elle préfère?
ADOLPHE. C'est assez évident...
LÉON. Et qu'elle épouse?
ADOLPHE. Hein?., par exemple!..
LÉON. Puisque vous me remplacez.
ADOLPHE. Mais justement je fais
comme vous, je me laisse aimer, et je n'épouse pas Est-ce que vous l'auriez
épousée vous?.. Badin.
LÉON. Quelles sont donc vos intentions sur Joséphine?
ADOLPHE. Ecoutez, mon cher ami. II est de ces femmes belles , vives, pétillantes, qui subjuguent, entraînent, enivrent , pour qui l'on donnerait tout au monde... tout enfin, excepté son nom...
et Joséphine est une de ces ravissantes créatures.
LÉON. Vous croyez?
ADOLPHE. D'autres , au contraire , simples, modestes, réservées, qu'on ne recherche jamais... pour rire... mais dont tout le monde voudrait faire sa compagne.... car soyez bien convaincu , mon cher, que tout ce qui passe pour agréable dans une maîtresse nous devient insupportable dans notre femme, et que les qualités que nous recherchons le plus dans l'une sont précisément des défauts ou des vices même que nous ne voulons pas rencontrer dans l'autre... qu'en un mot, il suilit pour une maîtresse qu'elle ait du brillant , de la coquetterie , de la dissipation , de l'entrain ; mais que pour une fenune, c'est absolument tout l'opposé.. ..Agathe, par exemple, voilà une femme accomplie...
IÉ0\. Mais Joséphine est-elle bien ce que vous pensez?
ADOLPHE. Je pense — je pense qu'elle est vertueuse... INIais qu'importe!., le caracière est là... Et puis ces bals, ces sociétés où elle se plaît tant... Enfin, les appirencf's sont contre elle... et qui voudrait nier \c pouvoir des apparences? D'ailleurs, dans ce monde où elle court se jeter de gaîté de cœur, il faut qu'elle fasse comme
les autres ne fût-ce que poiu- n'être pis
ridicule... Yoyez-vous, mou clirr, le plaisir est contagit îix. . . les femmes sont connue
les moutons de Panurge une saute...
crac... l'autre après.
LÉON. En effet I
ABOr.pnK. Agathe, à la bonne heure !..
déu' tibie pour un amant , nuiis un trésor pour Mumari ; oui,monciur, im vrai trésor. LLO\. Vous avez raison... c'est un trésor., caractère aimable, délicat , solide... ADOLPHE. De la beaut'^?
LiiON. Oui , certes... de la beauté!.... mais la beauté simple , sans étalage , qui s'igtiore elle-même et n'en est que pius remarquable.
ADOLPHE. De la grâce , de l'esprit...
LÉON. De la grâce sans fard , de l'esprit sans manières... l'esprit naturel... le meilleur, le seul bon Oh ! cette femme est
un ange !
ADOLPHE. Ni vous, ni moi, ne craindrions de l'épouser, celle-là... pour la mériter il n'est rien que nous ne fussions en état d'entreprendre... vous ou moi.
LÉON. Sans doute !
ADOLPHE. Et si l'un de nous voulait répouser , l'autre n'hésiterait pas à le servir... vous comprenez?
LÉON. Certainement.
ADOLPHE. Au portrait que je vous fais d'Agathe , vous devinez ce que je vous conseille et où je veux en venir... LÉON. Parfaitement.
ADOLPHE. Comme je vous le disais à l'instant, entre amis il faut se pousser, s'entr'aider... et je suis votre ami...
LÉON. Et moi donc! [J paît. ) C'est un homme admirable!., il m'ouvre les yeux sur Josépliine et veut me servir près d'AgaUie !
ADOLPHE, à pari. Il m'a compris il
parlera de moi à Agathe.
LÉON , aoer chaleur. J'espère vous prouver bientôt à c|uel point je reconnais vos conseils... mon ami... mon excellent ami! Bientôt , je le pense , vous serez content de moi... Ah! Joséphine, Agathe me vengera de vous.
Il entre chez Agathe.