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V. CONSEIL DE SURVEILLANCE

M. le Directeur général de l'Assistance publique vous a invité à discuter d'autres réformes, si vous le jugiez opportun. Un des membres de la Société a fait remarquer qu'il est bien difficile aux accoucheurs des hôpitaux de défendre personnellement et efficacement les intérêts de leurs services et de leurs malades, puisqu'ils ne "sont pas représentés dans le Conseil de surveillance de l'Assistance publique.

Les membres de ce Conseil sont, d'après un arrêté présidentiel du 24 avril 1849, choisis dans des catégories déterminées de personnes ; or les Accoucheurs des hôpitaux n'existant pas encore lorsque l'arrêté a été pris, il n'a pu être question d'eux. Mais cinq membres sont nommés par le gouvernement en dehors de toute catégorie.

En attendant que l'arrêté de 1849 soit modifié, votre Société demande à M. le directeur général de l'Assistance publique de proposer un accoucheur des hôpitaux pour occuper, dans l'avenir, une des cinq places laissées au choix du ministre.

La Société des Accoucheurs des Hôpitaux a accepté, à l'unanimité des Membres présents, les idées et les conclusions de ce Rapport.

Séance du 31 juillet 1891.

LYII

Discours prononcé à la distribution des prix de la Maternité

de Paris (27 juin 1895).

Mesdames,

En 1875, nous assistions à la distribution des prix de la Maternité, nous étions interne dans cette maison; aujourd'hui, nous y assistons de nouveau et c'est à nous qu'incombe l'honneur de vous adresser la parole au moment de votre départ.

1875-1895: Vingt années! Que de faits importants au point de vue de l'obstétrique se sont passés dans cet intervalle !

D'une part, l'antisepsie est venue ; d'autre part, ceux qui avaient mission, administrativement, de s'occuper des femmes en couches, ont réalisé un grand nombre de réformes utiles.

L'application à la pratique des accouchements des découvertes de Pasteur a été un progrès considérable. En 1874, lors de notre premier voyage en Angleterre et en Ecosse, nous avions eu l'occasion de suivre le service de Lister à Edimbourg et nous avions été très frappé des résultats obtenus en chirurgie grâce à l'emploi de l'acide phénique. En 1877 et en 1878, en visitant les principales Maternités du continent, nous avions vu qu'on y essayait l'antisepsie avec des résultats divers, mais déjà pleins de promesses. Et nous

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nous disions : une ère nouvelle va commencer; jusqu'ici chaque accouchement était une source de craintes', après les opérations on voyait souvent survenir une fièvre plus ou moins intense ; tout cela va disparaître, la parturition deviendra un acte ne donnant plus aucune inquiétude ; les opérations ne seront plus suivies d'accidents d'infection.

Le 1" novembre 1878, lorsque nous sommes entré comme chef de clinique dans le service du professeur Depaul, nous lui avons proposé d'essayer l'acide phénique ; il s'y est énergiquement refusé. Ce sont MM. Lucas-Championnière, alors chirurgien-adjoint de la Maternité, et ïarnier, professeur de cette École, qui ont les premiers, à Paris, appliqué l'antisepsie.

M. Tarnier dont l'esprit était si largement ouvert aux idées nouvelles et à qui nous avions communiqué nos impressions de voyage, M. Tarnier qui avait déjà étudié avec un si grand soin les questions de contagion, s'empressa d'employer l'acide phénique à la Maternité et il eut de suite de très bons résultats. Il s'efforça de trouver mieux et, s'inspirant des travaux de Davaine, après quelques recherches expérimentales faites sous sa direction par son interne d'alors, M. Bar, il essaya en 1881 le bichlorure de mercure sous forme de liqueur de Van Swieten. Les résultats ont été tels que l'emploi du sublimé est devenu général non seulement parmi Jes accoucheurs mais aussi parmi les chirurgiens.

Si on avait fait rapidement de grands progrès dans les Maternités, en était-il de même hors des hôpitaux ? Malheureusement non. Des épidémies graves étaient encore signalées à chaque instant dans la clientèle des sages-femmes, mais comme elles n'avaient pas la faculté d'ordonner des médicaments, le Ministre de l'Intérieur demanda, en 1889, à TAcadémie de médecine, s'il ne convenait pas de les autoriser à prescrire les antiseptiques. Une Commission fut nommée.

nous fûmes chargé du Rapport et les conclusions en ont été votées en séance publique. Depuis 1890 vous avez donc le droit de prescrire le sublimé sous des formes déterminées.

Dans la pratique civile comme à l'hôpital, dans les campagnes comme à la ville, par les sages-femmes comme par les médecins, les règles de l'asepsie et de l'antisepsie peuvent, vous le savez, être facilement appliquées. Aussi, quand on compare les statistiques d'il y a vingt ans à celles d'aujourd'hui, on voit combien de milliers d'existence ont été déjà sauvées.

Mais si la science marchait, ils ne restaient pas en arrière ceux qui avaient mission, à Paris, de s'occuper de la santé des femmes et des enfants.

En 1875, les services d'accouchement des hôpitaux étaient annexés à des services ordinaires de médecine ; trois seulement, la Clinique, la Maternité et l'hôpital Cochin étaient confiés à des chirurgiens.

A quel concours devaient prendre part ceux qui voulaient s'occuper particuHèrement d'obstétrique ? A celui de médecine ou à celui de chirurgie? Si on était en présence d'un chirurgien, il vous répondait invariablement : « Concourez en médecine, puisque les services d'accouchement sont entre les mains des médecins. » Si votre interlocuteur était au contraire un médecin : « Yous n'y pensez pas, c'est en chirurgie qu'il vous faut concourir, puisque la Maternité est confiée à un chirurgien. »

C'est alors que le Conseil municipal de Paris, dans sa séance du 4 mai 1878, à l'instigation de M. le D' Bourneville, invita l'Administration de l'Assistance publique « à confier à des accoucheurs les services hospitaliers destinés aux femmes enceintes, aux femmes en couches et aux nourrissons et à nommer les accoucheurs à la suite d'un concours imposant aux candidats des connaissances générales et spéciales ».

Une grande Commission fut immédiatement constituée et, après de très vives résistances contre lesquelles ont particulièrement lutté le Thulié et le Dubrisay, après de très longues diseussions, puisqu'elles ont duré pendant trois années, un arrêté duj Directeur général de l'Assistance publique, M. Quentin, en date du 18 octobre 1881, créait « pour les services d'accouchements dans les hôpitaux, un ordre nouveau de praticiens prenant le titre d'Accoucheurs des hôpitaux » .

En 1882, un premier concours avait lieu ; quatre titulaires étaient nommés qui entraient à la Charité, à Saint-Louis, à Lariboisière et à l'hôpital Tenon. Plus tard, Beaujon et la Pitié ont été pourvus de chefs de service.

« L'Assistance publique — disait, il y a quelques semaines, M. Peyron — avait l'espérance, elle a aujourd'hui la certitude qu'en améliorant la situation matérielle presque partout horriblement défectueuse de ses services d'accouchement, elle améliorerait encore la statistique. » Aussi a-t-elle continué à marcher dans cette voie de progrès : la maison d'accouchement Baudelocque a été créée ; à Lariboisière, à la Charité, des maternités nouvelles ont été organisées. L'Assistance publique a aussi transformé la maternité de Saint-Louis, elle a considérablement amélioré celle de Tenon, il y a quelques semaines, elle a inauguré la luxueuse, la splendide maternité de l'hôpital Beaujon ; il y a quelques jours, elle a ouvert un service de cinquante-six lits à l'Hôtel-Dieu annexe ; dans quelques mois, la maternité de l'hôpital Saint-Antoine recevra des femmes en travail, et l'hôpital Boucicaut, qui est en construction, aura aussi ses salles de femmes en couches.

Jusqu'ici, deux grands services obstétricaux étaient restés aux mains des chirurgiens : ceux de la Maternité et de l'hôpital Gochin, à la tête desquels se trouvaient M. le professeur Gucniot et M. le professeur adjoint Bouilly.

M. Guéniot, atteint par la limite d'âge, a dû quitter l'enseignement et toutes vous avez pu apprécier son sens clinique si parfait et sa grande habileté opératoire.

M. Bouilly a gardé ses salles de l'hôpital Gochin qui se ' transforment progressivement en un service de chirurgie gynécologique ; aucune de vous n'a oublié la simplicité, la clarté, la limpidité de ses leçons.

La Maternité a donc été confiée aux Accoucheurs des hôpitaux et le Conseil de surveillance de l'Assistance publique a imposé à cette maison une organisation nouvelle : il a donné à l'accoucheur en chef non seulement la direction de l'enseignement, mais aussi le contrôle et la responsabilité de tous les services obstétricaux. En cas d'absence, un accoucheur adjoint le remplace dans ses fonctions ; le service de médecine reste aux mains d'un médecin des hôpitaux. Mes si distingués collègues, M. Auvard et M. Charrin, sont appelés, en outre, à contribuer à l'enseignement.

Récemment, après avoir énuméré les utiles réformes accomplies sous sa direction, M. Peyron disait : « Deux hôpitaux font encore tache dans le tableau, ce sont la Pitié et l'Ecole d'accouchement de la Maternité. Ces taches, j'ai l'ardent désir de les voir disparaître : il faut, il est indispensable que la Maternité, notre vieille Maternité, soit rajeunie et mise en état de soutenir ses glorieuses traditions. »

En etret, non seulement l'hôpital mais aussi les locaux de l'Ecole, votre salle d'étude et vos dortoirs sont dans un état lamentable. Le conseil municipal et le conseil de surveillance se sont émus de leur côté. Dans sa séance du 8 avril dernier, le conseil municipal, sur la proposition de MM. Paul Strauss et Dubois, a demandé qu'on fasse d'urgence nettoyer les locaux existants et qu'on lui fournisse les plans et les devis pour une construction destinée au service d'accouchements. Grâce au désir et au bienveillant concours de tous, il n'est pas douteux que ces projets seront bientôt réahsés

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Telles sont les modifîcalions apportées dans les hôpitaux, elles sont considérables, vous le voyez, et cependant nos édiles et l'Administration ne s'en sont pas tenus là.

Les parturientes ne sont pas admises que dans les maternités : lorsque la place y fait défaut, on les envoie chez des sages-femmes de la ville, dites sages-femmes agréées : dès 1882, en même temps qu'ils prenaient la direction des services hospitaliers, les accoucheurs ont été chargés de l'inspection chez les sages-femmes : ils y doivent pratiquer les opérations d'urgence et faire deux visites à chaque nouvelle accouchée. Cette organisation a donné les meilleurs résultats.

L'Assistance publique et le Conseil municipal ne s'occupent pas seulement des femmes qui accouchent, leur sollicitude s'étend encore sur celles qui sortent des maternités, sur les femmes enceintes et sur les nourrissons.

Le 10 juillet 1889, sur la proposition et sur le rapport de M. Paul Strauss, ont été votées des études relatives à l'établissement, à Fontenay-aux-Roses, d'un asile pour les femmes récemment accouchées ; il a été construit et il fonctionne depuis le 4 août 1892.

Le 7 mars 1890, sur une nouvelle proposition de M. Paul Strauss, on a décidé la création d'un asile-dortoir pour les femmes enceintes, sous le nom d'asile Michelet, il a été inauguré le 21 décembre 1893.

Déjà un autre asile avait été, le 17 juillet 1890, largement ouvert aux femmes grosses, c'est celui de la rue Fessart qui, l'an dernier, en a reçu 824.

De son côté, l'Administration de l'Assistance publique avait réservé des lits aux femmes enceintes dans les services de Baudelocque, de la Charité, de Lariboisière, et récemment quarante lits de plus ont été créés pour elles à la Clinique de la rue d'Assas.

Le Conseil municipal, sur la proposition de M. Paul Strauss, a même institué des secours de grossesse. Depuis le mois de janvier 1894, une somme de cent mille francs

est consacrée tous les ans à l'Assistance à domicile des femmes enceintes hors d état de subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur famille.

En s'intéressant si vivement à la mère, c'est aussi son enfant qu'on veut secourir; on y est parvenu de plusieurs manières. Cela m'oblige à continuer mon énumération ; elle vous paraîtra peut-être un peu longue, mais l'énumération des bonnes œuvres est-elle jamais trop longue ?

A la demande de M. Paul Strauss, le Conseil municipal a, le 24 juin 1891, autorisé l'Administration de l'Assistance publique à faire construire, à la Maternité, un pavillon pour recueillir les enfants nés prématurément : c'est celui des Enfants débiles auquel s'est si vivement intéressée M'"" Henry dont vous connaissez l'extrême bonté.

L'action bienfaisante de M™" Henry s'est étendue plus loin ; grâce à la générosité d'une de ses amies, M"'" Delibes, conseillée par elle, un nouvel asile pour les petits enfants va être ouvert aux portes de Paris. Pour l'aider à faire accepter et compléter cette organisation par le conseil municipal, ]^jme pienry a encore trouvé l'appui de M. Paul Strauss.

Les mères qui sortent de l'hôpital ou des asiles ont souvent besoin de conseils pour diriger l'hygiène et l'alimentation de leurs enfants ; quelquefois aussi leurs seins ne fournissent pas assez de lait et elles ont besoin d'être aidées. C'est pourquoi nous avons, en 1892, demandé à M. le Directeur général de l'Assistance publique d'organiser, sous notre responsabilité, une consultation pour les nourrissons sortis de notre service de la Charité. M. Peyron a bien voulu nous y autoriser. De tous nos forces nous avons encouragé l'allaitement maternel et, dans les cas seulement oii il était insuffisant, nous l'avons complété avec du lait stérilisé dans notre laboratoire. Les résultats ont dépassé toutes nos espérances ; aussi nous a-t-on permis de créer une consultation semblable

à la Maternité. A tour de rôle, Mesdames, vous en avez vu le fonctionnement et vous en avez constaté les heureux effets.

Le Conseil général de la Seine a décidé de généraliser cette méthode ; elle est appliquée dans le XP arrondissement sous la direction d'un de nos anciens internes, M. "le D"" Chavane, que, dès la première heure, nous avons associé à nos recherches sur l'emploi du lait stérilisé.

Vous voyez. Mesdames, combien sont nombreux les progrès réalisés dans ces vingt dernières années.

En résumé : scientifiquement, les admirables travaux de notre grand Pasteur ont produit l'antisepsie et la stérilisation du lait qui permettent de conserver la vie à tant de femmes et à tant d'enfants.

Administrativement, la création des Accoucheurs des hôpitaux, la réorganisation et la création des diverses maternités, la surveillance des malades envoyées chez les sages-femmes agréées, la création de l'asile Ledru-Rollin pour les femmes récemment accouchéef? , la création d asiles pour les femmes enceintes, la création du service des Enfants débiles, l'organisation de consultations pour les nourrissons : voilà le bilan. Et tous, le Conseil municipal, le Conseil général, le Conseil de surveillance de l'Assistance publique et notre éminent Directeur général, M. Peyron, ont, à tour de rôle, rivalisé de zèle.

De tous les pays que j'ai visités en Europe, aucun, je puis vous l'assurer, n'a réalisé d'aussi grands progrès que le nôtre ; aucun n'a tant fait pour le bien des femmes et des nouveau-nés.

On cherche les moyens d'empêcher la dépopulation de la France ; les meilleurs ne sont-ils pas ceux qui permettent de conserver les enfants qui viennent au monde et les mères qui leur donnent naissance ? C'est ce que vous ferez aussi vous-mêmes, demain, quand vous mettrez en pratique les enseignements que vous avez reçus à la Maternité.

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Votre rôle, modcsLc en apparence, n'en sera pas moins très important dans la société. Vous ferez votre devoir, tout 'votre devoir, et de la sorte, avec ceux qui ont tant fait depuis vingt années, hommes de science et administrateurs, vous contribuerez de votre mieux au bien et à la grandeur de la patrie.

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A LA IM A'l'EI'.MTÉ LES UOCTEUUS ET LES ÉTUDL\NTS EN MÉDE

Dans la Malernilé, hôpital dont l'entrée était jusqu'ici interdite aux médecins et aux étudiants, j'inaugure aujourd'hui un enseignement nouveau.

Permettez-moi de vous donner à ce sujet quelques explications.

Le 4 mai 1878, le Conseil municipal de Paris, sur la proposition de M. le Bourneville, invita l'Administration de l'Assistance publique à confier à des accoucheurs les services hospitaliers destinés aux femmes enceintes, aux femmes en couches et aux nourrices, et à nommer ces accoucheurs à la suite d'un concours imposant aux candidats des connaissances générales et spéciales.

Une Commission fut instituée qui lint de nombreuses séances, et le i8 octobre 1891, M. le Directeur général de l'Assistance publique prenait un arrêté dont l'article 2 était amsi conçu : a II est créé pour les services d'accouchements dans les hôpitaux et pour les services d'accpuchemenls chez

' Lnçnii nùu: 11! 19 lu.irs I,S!)(i. Lr l'niijn'f! nn-dir/il . 21 iii.ii-s I89(i, p. 182.

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les sagos-femmes agréées, un ordi-c nouveau de praticiens (jui prendront le titre d'Accoucheurs des hôpitaux. »

Dix services des hôpitaux étaient nominalement désignés pour être donnés aux accoucheurs ; mais l'article G disait : u Deux de ces services, la Maternité et Gochin, sont distraits des autres et laissés aux mains des titulaires actuels ».

Cette restriction n'était môme point, paraît-il, suffisante, car dans un nouvel arrêté, en date du 14 mars 1882, on Hsait : «L'article 6 est modifié de la façon suivante : Les mots « Aux mains des titulaires actuels » seront remplacés par ceux-ci : « Aux mains des chirurgiens des hôpitaux. » Ce qui voulait dire que la Maternité et l'hôpital Cochin resteraient toujours entre les mains des chirurgiens des hôpitaux.

Ainsi donc, la Maternité, le^ service d'accouchements le plus important de Paris, l'École des sages-femmes si réputée, ne devait jamais, dans l'avenir, avoir à sa tôtc un accoucheur !

En pratique, cette disposition n'a offert, pendant longtemps, aucun inconvénient. En elïet, en 1882, le chirurgien on chef de la Maternité était M. Tarnicr, et quand il fut nommé professeur, un autre chirurgien des hôpitaux lui succéda, M. Guéniot, agrégé d'accouchements à la Faculté. Tous deux avaient été nommés au concours chirurgiens des hôpitaux, c'est vrai ; mais tous deux étaient essentiellement accoucheurs et personne n'était plus digne que M. Guéniot de succéder à notre illustre maître, M. Tarnier

Lorsque M. Guéniot, atteint par la limite d'âge, prit sa retraite, il ne se trouva, croyons-nous, aucun chirurgien pour réclamer sérieusement la place de la Maternité. On avait eu hcau faire un-arrêté restrictif et, pour plus de sécurité, le compléter par un autre arrêté plus précis, tout rentrait dans la logique. U en est généralement ainsi dans notre pays : le bon sens finit par l'emporter, très tranquillement, sans secousse.

Comme nous avions eu l'heureuse fortune d'arriver au premier rang dans le premier concours, nous avions le droit de choisir la place de la Maternité, et M. Peyron, à plusieurs reprises, nous demanda de l'accepter. L'affectueuse insistance de M. le Directeur général nous honorait beaucoup, mais nous n'avions aucun désir de quitter la Charité. On y avait organisé un service dans lequel était rassemblé tout ce que nous pouvions désirer; ce service contenait cinquante lits, de nombreux élèves français et étrangers y suivaient notre enseignement libre; consultations, laboratoires, personnel instruit et profondément dévoué, tout s'y trouvait, et nous obtenions de très beaux résultats. Pourquoi partir? N'était-ce pas quitter la proie pour l'ombre ?

Et puis, quelle différence entre la situation de chef de service dans un des hôpitaux de Paris et celle de chef de service à la Maternité ! Cette maison était encore soumise à des règlements datant de 1802 et de 1807; la sage-femme en chef y jouait un rôle presque prépondérant; le chirurgien, appelé pour y pratiquer .les opérations quand on croyait sa présence nécessaire, n'avait à sa disposition que deux salles, une de huit lits pour les femmes enceintes présentant un cas de dystocie, une de douze lits pour les cas de gynécologie; et, comme cette dernière avait été laissée au chirurgien adjoint, vous voyez ce, que le chef de service avait réellement à sa disposition : huit lits ! Aussi, quand elle apprit que la Maternité allait devenir vacante et être otTerte à l'un de ses membres, la Société des Accoucheurs se réunit-elle et demanda- t-elle à M. le Directeur général de l'Assistance publique quelle serait la situation de l'accoucheur en chef de la Maternité.

M. le Directeur général et le Conseil de surveillance lirent un nouveau règlement, qui s'imposait tellement qu'aucun accoucheur ne fut même convoqué devant la Commission qui

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le préparait. Le voici, en quelques mots, dans ses grandes

iii»nes.

L accoucheur en chef a la direction de l'enseignement théorique et pratique de l'École des sages-femmes; l'accoucheur en chef a la direction générale et la responsahilité de tous les services obstétricaux de la Maternité. Il a le contrôle et la responsahilité de la salle de travail et des salles des femmes en couches. Le service des enfants débiles est confié à ses soins. Un accoucheur adjoint contribue avec lui à l'enseignement, le remplace pendant les vacances et fait la consultation des femmes enceintes trois fois par semaine. La sage-femme en chef participe à l'enseignement théorique et pratique, suivant un programme tracé par raccoucheur en chef, et elle est chargée, sous le contrôle de l'accoucheur en chef, de la réception journalière des femmes enceintes.

La Société des Accoucheurs pouvait accepter pour ses membres cette situation ; elle le fit.

Personnellement, pour me décider à quitter la Charité, je demandais trois choses : r la création de laboratoires ; 2" l'organisation d'une consultation de nourrissons pour surveiller Icurallaitement et leur hygiène; 3" l'autorisation de faire, une fois par semaine, pendant trois mois, une legon clinique aux docteurs et aux étudiants en médecine.

Cette dernière demande paraissait surtout audacieuse. La Maternité étant une école d'élèves sages-femmes, une sorte de pensionnat de jeunes filles, comment pouvait-on demander à y introduire des médecins et des étudiants? La réponse était facile : la Maternité ne serait ouverte qu'une fois par semaine et pendant deux ou trois heures ; durant ce temps, les élèves sages-femmes seraient dans leur salle de cours et dans leur salle d'études, en un mot, dans l'École, qui se trouve séparée du service hospitalier. Elles resteraient donc ainsi parfaitement isolées et je pourrais essayer de faire profiter un peu le corps médical du riche matériel de la Maternité.

'■'IV l'KMMES EN COUCHES ET NOUVEAU-NÉS

M. lo Directeur général et les membres du Conseil de surveillance m accordèrent ce que je demandais; j'avais eu la l)onne fortune d'être appuyé par les médecins qui fout [larlie de ce Conseil, en particulier par notre émincnt Doven, M. Brouardel, par MM. Périer, Lannelongue, Dubri'say, Millard, etc..

Entré ici en janvier 4893, j'aurais voulu commencer cet enseignement des l'année dernière ; cela ne me fut j)oinl possible. La Maternité était loin, très loin de se trouver dans les conditions exigées actuellement pour un hôpital et pour une Ecole d'accouchements. M. le Directeur général le savait Jtien. Les membres du Conseil de surveillance et ceux de la cinquième commission du Conseil municipal vinrent en faire la triste constatation. Ils résolurent le nettoyage, l'appropriation d'urgence des locaux exislanls ; ils demandèrent qu'on étudiât lés plans et les devis [)our reconstruire la Maternité. Les peintres et les maçons envahirent l'hôpital ; il était donc impossible d'y faire des leçons.

Yoici ce qui existe actuellement.

Une salle d'examen et de réception ; une salle de bains ; une salle d'accouchement et ses annexes ; une salle d'opération ; deux salles de femmes en couches contenant chacune 32 lits (64 lits), une salle de suspectes avec 12 lits; une salle d'isolement avec 12 lits aussi; au total 88 lits pour les femmes accouchées.

Deux salles de femmes enceintes, l'une pour les femmes ne présentant rien d'anormal, contenant 30 lits, l'autre de 12 lils pour les cas pathologiques ou dystociques, au total 42 Hts. Tous les deux jours, une consultation est faite le matin par l'accoucheur adjoint. De plus, tous les jours après midi, à 2 heures, il y a réception i)ar la sage-femme en chef, pointes malades qui veulent entrer. Cette réception constitue une source considérable d'enseignement pour les élèves sogesfennnes.

KEMMl.S EN COUCHES ET N 0 U V E A IJ-N fi S

Nous avons encore le service des Débiles où sont surveilles de 30 à 40 enfants nos avant terme soit à la Maternité, soit en ville.

Enfin une consultation pour les nourrissons a lieu tous les samedis et aussi le mardi : 40 à 60 femmes nous amènent régulièrement leurs enfants ce jour-là.

Des laboratoires pour l'histologie, la microbiologie, le lait et la photographie complètent le matériel d'enseignement. Nous avons donc des éléments nombreux de travail.

Les salles sont sans cesse pleines ; il se fait en moyenne 200 à 220 accouchements par mois ; une centaine de femmes environ sont envoyées chez les sages-femmes agréées pour y accoucher; d'autres sont dirigées sur les hôpitaux ; mais tous les cas intéressants ou difficiles sont gardés à la Maternité. Notre service est alimenté, au point de vue de la dystocie, par la consultation de l'accoucheur adjoint, par la réception de la sage-femme en clief, et par un certain nombre de cas (jue m'adressent personnellement les médecins de la ville ou mes anciens élèves, ce qui fait que nous avons dans l'année la dystocie d'au moins cinq à six mille accouchements.

Comment sera fait cet enseignement? Il comprendra deux [)arties.

Dans la première, je réunirai et vous montrerai soit des femmes enceintes, soit des femmes en couches ou des enfants présentant quelques particularités intéressantes, et encore ne vcrrez-vous qu'une minime partie .de ce qui existe en une semaine à la Maternité. Des observations seront lues par mes internes, observations suivies do réflexions. Tout sera fait pour que vous puissiez profiter des faits cliniques les plus intéressants.

La seconde parfie se composera d'une leçon clinique sur des faits nouveaux, dystociques ou autres, sur des questions en discussion actuellement en France et à l'étranger et sur •les recherches personnelles. De plus, notre consultation des

t'Kj FEMMIÎS F,X COU CHUS HT NO U V HA [J- \ |';S

nourrissons me permclira de vous parler de riiygiènc ni de rallailemcnt infanliles. Avec les débiles, je pourrai vous entretenir des observations faites, des résultats obtenus chez ces enfants prématurés qu'il est si difficile de faire vivre. Vous le voyez, je n'aurai que l'embarras du ciioix.

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