‹ Femmes Poetes BretonnesChapitre 38 sur 46 · UN VIEUX PORTRAIT · texte numérisé non relu

UN VIEUX PORTRAIT

C'est un très vieux portrait d'une très jeune fille, Quelque aïeule sans doute : on ne sait plus son nom; Dans un grenier rempli d'épaves de famille, Hier, on Texhuma des fouillis d'un caisson.

Elle est charmante avec sa coiffure poudrée, Un simple velours noir autour de son cou blanc» Sa taille longue et mince, étroitement serrée Sous les nœuds-papillons du corsage collant.

Son chat sur ses genoux, à la main une rose, Elle s'alanguissait en un demi-sommeil ; Et l'artiste a fixé sa ravissante pose, Sans avoir attendu le moment du réveil.

Les yeux sont presque clos ; un reflet de pervenche Glisse à peine au travers de leurs longs cils brunis. La bouche rit encor : du jeune front qui penche Les rêves enchantés ne se sont pas ternis.

Comme elle s'abandonne â la molle caresse De sa grande bergère en lampas du Levant, Où le temps est si court, si douce la paresse. Qu'elle doit y venir se câliner souvent.

MADAME SOPHIE HUE iSl

Son chat sur ses genoux, confiante, vermeille, Aurore, frais printemps, vie en sève, elle dort ; Et le peintre cruel, pendant qu'elle sommeille, A posé devant elle une tête de mort !

Les lugubres débris qui furent un visage, Des lèvres et des yeux pleins de charmes vainqueurs, Semblent lui parler bas, haineux jetons, sans âge, Sans prunelles, sans voix, sinistrement moqueurs.

C'est un très vieux portrait d'une très jeune fille : Fronton ruban né d'or et biseaux de cristal, Plus triste à regarder dans son cadre qui brille Que sous de pâles fleurs un cercueil virginal.

Celle qu'on couche là peut-être eut sa chimère. Et, cœur en deuil, au moins de souffrir a cessé ; Celle qui dort ici, qu'attend la vie amère, N'avait pas encor commencé.

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