SONNET
Enveloppe -toi de mystère, O mon âme !... fuis vers les cieux ; Voile à l'ombre du sanctuaire, Voile ce front, s'il est joyeux.
Cache ces pleurs ; vis solitaire ; Et non pas pour ces oublieux Qui changent Texil de la terre En saturnale sous nos yeux.
SYLVANE (madame LEBORGNE) i63
Joie ou pleurs, quand la mort réclame Ce corps, qui de droit lui revient, Joie ou pleurs : tout cela n'est rien.
Brûle donc, immortelle flamme !
Joie ou pleurs, qu'importe, ô mon âme ?...
Le Dieu qui t'aime le sait bien.
UN SOIR A CASTELLIN
Rives de Castellin, combien vous étiez belles, A cette heure paisible où, dans l'ombre du soir. Vous dérobiez soudain les splendides dentelles De vos bois endormis, qui, sur l'horizon noir, Découpaient leur profil, et regardaient, sans nombre, Leurs fantômes géants courir parmi l'eau sombre !
Encadré par les joncs, j'aimais, ô Castellin, Ce beau miroir perdu dans une vasque immense ; J'aimais ta solitude et le profond silence Que troublait seulement Técluse du moulin.
Et quand dans le ciel bleu paraissaient les étoiles, Comme leurs clairs rayons poétisaient la nuit ! Comme alors sur les prés, du brouillard qui s'enfuît On voyait se tisser au loin les fines toiles... C'était bien l'heure sainte, où le monde, envahi
Par un calme divin^ jusqu'au matin repose ; Mon Dieu ! vous avez fait si belle toute chose !
Jamais, ô Castellin, mon cœur épanoui
N'oubliera ces instants de calmes rêveries.
Mon cœur te cherche, il t'aime^ et veut revoir encor
Ton beau lac immobile... et l'imposant décor
Que vous êtes, le soir, solitudes fleuries,
Quand des astres sans nom, traçant leurs sillons d'or.
Illuminent le ciel au-dessus des prairies.