LE REGRET
La raison et le temps ont adouci mes maux.
D'un sentiment trompeur la tendre inquiétude N'enlève plus mes nuits aux douceurs du repos, Mes jours aux bienfaits de l'étude.
Mon œil, longtemps chargé de pleurs, Plus calme, s'est levé sur un ciel sans nuage, Des bois je ne fuis plus le silence et l'ombrage.
Et sans chagrin je vois la fleur
Se balancer sous le feuillage.
Mes amis à leurs soins touchants Ne me trouvent plus insensible.
Semblable à ce ruisseau qui coule de nos champs. Ainsi coule ma vie uniforme et paisible ; Cependant quelquefois, sur le soir d*un beau jour, Mon cœur se sent presser par la mélancolie ; , Je ne regrette plus l'amant qui m'a trahie, Je regrette encor mon amour !
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Marie-Anne Bougourd, dame Desroches, née à Saint-Malo, le 28 mai 1777, morte le 25 août 18 1 1 , a publié un volume de poèmes in- 12. (Ne pas confondre avec les dames Desroches, de Poitiers.) Anne Bougourd, devenue orpheline à Page de deux ans, fut confiée à une aïeule qui Péleva avec le plus grand soin ; elle passa quelques années dans un couvent pour son éducation ; puis, à la suppression des ordres religieux, elle vint habiter Cancale, chez une amie; c'est là qu'elle connut M. Desroches et qu'elle l'épousa.
Le sentiment de la poésie s'était éveillé chez elle de très bonne heure: à huit ans; elle en étudiait les règles dans Restaud ; à douze ans,
elle composa de charmantes prières. Son mari vint habiter Paris ; elle s'y lia avec Mesdames de Salm-Dyck et Dufresnoy. Elle écrivait dans les Muses et les Quatre Saisons du Parnasse.
Sa santé fut toujours languissante. La Biographie bretonne dit que les élégies renfermées dans son recueil de poèmes font vivement regretter la perte prématurée de leur auteur.
Nous devons à M. Fleury, bibliothécaire à Saint-Malo, la communication de deux idylles : la Jeune Mère et V Abbaye abandonnée ^ page 243 de la Biographie des Malouins célèbres, par l'abbé Manet.