‹ FénelonChapitre 4 sur 4 · XLI]I · texte numérisé non relu

XLI]I

Ainsi vécut et mourut Fénelon. Son nom est resté populaire et plus immortel encore que ses œuvres, parce qu'il répandit plus d'àme encore que de génie dans ses ouvrages et dans son siècle. Ce qu'on adore en lui, c'est luimême. Son nom est son immortalité. Les hommes sont plus justes qu'on ne croit dans leur rétribution. Fénelon aima, ce fat son génie ; il fut aimé, ce sera sa gloire. De tous les grands hommes de ce grand siècle de Louis XIV,

aucun n'a laissé une mission si douce à regarder : il y a de la tendresse dans l'accent de tout homme qui parle de cet homme. Sa poésie enchante notre enfance; sa religion respire la douceur de l'agneau, symbole du Christ; sa politique même n'a que les erreurs et les illusions de l'amour trompé; sa vie tout entière est le poëme de l'homme de bien aux prises avec les impossibilités des temps.

Il n'a rien opéré, dit-on, des biens qu'il méditait de faire. Il a fait plus : il en a donné l'idée, il a appliqué dans sa pensée son évangile à la société, il a voulu le rogne de Dieu sur la terre, il a enseigné aux rois les droits sacrés de l'homme en enseignant aux peuples les devoirs du citoyen. 11 a eu la soif de l'égalité chrétienne, de la liberté réglée, de la justice, de la morale, de la charité dans les rapports des gouvernants avec les peuples; des peuples avec les gouvernants ; il a été le tribun de la

vertu, le prophète de l'amélioration sociale; il a versé son âme dans l'âme de deux siècles ; il a adouci et christianisé le génie de la France; quelquefois le poète de la chimère, mais toujours le poète de la charité. La conscience lui doit une vertu déplus, la tolérance; les trônes un devoir de plus, l'amour des peuples ; les républiques une gloire de plus, l'humanité. La France a eu des génies plus mâles, elle n'en a eu aucun d'aussi tendre. Si le génie avait un sexe, on dirait que Fénelon a eu l'imagination d'une femme pour rêver le ciel, et l'âme d'une femme pour aimer la terre. Quand on prononce son nom ou quand on ouvre son livre, chacun croit voir sa figure; on croit entendre la voix d'un ami. Y a-t-il une gloire qui surpasse en élévation et en solidité tant d'amour?

Quand on voudra faire son épitaphe, on pourra l'écrire en ces mots :

ft Quelques hommes ont fait craindre ou briller davantage la France ; aucun ne la fit plus aimer des nations. »

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