Saint-Simon, VI, p
Fénelon, — C. 19
plaça. Tout cela sans empressement, sans bassesse, mais avec une franchise singulière et une vertu qui ne se démentit jamais.
Les peines ne lui manquèrent point, elle en fut accablée. Fénelon lui exposa dans un langage délicat cette belle théorie de la souffrance qui consacre k vertu : « Quand le calice plein d'amertume se présente, alors la nature frémit, on est triste et craintif jusques à la mort comme Jésus-Christ au jardm des Olives... En vérité. Madame, je serais bien fâché que vous perdissiez la moindre goutte du calice que Dieu vous présente... O que Dieu vous aime puisquil vous frappe'. »
En 169 1 le duc de Montfort, son fils aîné, reçoit une blessure : « Dieu veuille vous soutenir, écrit Fénelon, dans les fatigues et dans les douleurs où il vous met, il vous aime, vous n'en pouvez douter... puisqu'il vous met sur la croix avec son fils *. » Oh! ce bon consolateur ne veut pas que la douleur brise les ressorts de l'activité. Dieu ne le veut pas non plus; Il frappe, mais II console. Fénelon recommande à cette femme aflligée de se ménager, de profiter « des petits soulagements qui se présentent », il ne feut pas rompre l'arc à force de le tendre.
La duchesse de Chevreuse ne sait pas toujours se garder d^une certaine raideur dans la direction de ses petits-enfants. Fénelon lui écrit ces lignes qui témoignent de sa profonde connaissance du monde