XVI INTRODUCTION
sur cette négation avec une insistance ambiguë et embarrassée, et il accumule des « raisons très fortes » pour essayer de prouver un fait^. « Elle lui a mis » des manuscrits « entre les mains »: il l'avoue. Qui pourra croire que, les ayant tenus « entre ses mains », il n'y ait point jeté quelque coup d'oeil - ? Mais sa santé et ses occupations l'ont empoché de les lire complètement et à loisir, comme il convient, quand on veut examiner et juger un livre en théologien. Et c'est là sans doute ce qui Ta autorisé à dire qu'il « ne les avait point lus » ; mais il avait été plus exact en écrivant à Tronson deux ans plus tôt: « Pour les écrits, je déclare hautement que je me suis abstenu de les examiner^. » Il n'y a donc pas entre les deux textes « la contradiction' manifeste », que voulait y voir l'abbé Gosselin.
Si atténuée qu'elle soit par ces diverses remarques, elle subsiste cependant; mais elle ne surprendra aucun de ceux qui soal familiers avec le tempérament de
1. Jd., id., p. lo-ii : « Voici une troisième raison très forte, pour montrer au lecteur combien je suis sincère en déclarant que je n'ai jamais lii ces manuscrits... On ne manquera pas de me dire qu'il n'est pas croyable que je n'aie jamais lu ces manuscrits, moi qui dis : Je n'ai pu ni dû ignorer ces écrits, moi qui me vante d'avoir examiné la personne avec plus d'exactitude que ses examinidcurA ne le pouvaient faire .. . Voilà sans doute l'objection dans toute sa force. Je supplie le lecteur d'observer les choses suivantes, etc., etc. »
2. « Que sert maintenant de disputer sil a lu ou s'il n'a pas lu ces manuscrits qu'il m'a mis en main ? Liiissons-Jui dire les choses les plus incroyables » (Bossuct, Hemarquei sur la Rèpon'ie à la Relation, cdit. Lâchât, Paris, Vives, i8G'i, t. XX, p. 227).
3. Lettre du 2G février (1C9C). t. IX, p. 78, d; cf. encore trois lettres de Fénelon, l'ime à M***, d'août 1698 (û/., p. 680, //), l'autre à l'abbé de Ghantcrac, du 13 septembre 1G98 (id., p. 523, il), la troisième surtout à l'ablié Boilcau. du C décembre 169G, où l'on apprendra les différences subtiles qu'il y a entre voir, lire et connaître des manuscrits.
Féneloli et ses habitudes d'esprit. Serait-ce la première fois qu'on aurait quelque peine à concilier ses affirmations avec les faits ? A-t-on jamais pu, malgré les plus minutieuses recherches, retrouver la rarissime ■édition de saint François de Sales, où il prétendait avoir lu une si étonnante maxime' ? Pouvait-il affirmer à Louis XIV, dans sa fameuse lettre anonyme, qu'il «n'était pas connu de lui », lorsqu'il était encore le précepteur de son petit-GIs ' ? Se sentait-il sincère, en écrivant au P. Le Tellier: « Il est très certain que je n'ai pas fait la Dénonelaliùn (de la Théologie de Haberi) ; si j'en étais l'auteitrjje n'aurais garde de le désavouei'" », et à la maréchale de Noailles : « Cette Dénonciation n'est de moi ni en tout ni en partie * », quand il avait confessé au duc de Chevreuse : « je l'ai lue et un peu corrigée, elle n'est qu'un tissu de morceaux pris de moi ^ d ? Que d'autres questions pourraient se poser à son sujet", qui toutes appelleraient la même réponse f C'est que
I. Cr. EjcpllcalloH det maximes .k, saints sur la me inliritfure. Paris Aulwuiu, In-8, MDXCVII, art. V, vrai. )>. 55 -. t C'est ce que saint Franfoia de Soles dit (Enlrel. p. i8j)... U désir île la tie il4!nelle ai ton, moi» il ne /nul désirer que la colonie de Dieu. » ; t{. les arguments de FénAlon pouc prouver l'auttenticilé de ec leilc : Bépoase d In il/dnralim dit IroU i-^ua, SXVIIl. t. lit, |>. 3^], CiVyfmW Lrllre m rvpoase aux diaira /crils, I. Il, p. fii3-4.
1. ï La penoDiu! qiii prend la liberté du vniis étrin?,.. >oiia uimo SORS Sire connue de noui n (tome VII, ]i. Sog. d).
3 Lettre du M mars 171 1, l. Vjl, p. 6go, ./.
i. Lettre du 7 juin 171 a, t. VIII, p. 06, d.
5. Utlfedui6niars 1711, t. Vil. p. 38C. j ; cf. s.ir ce |>oint lo». vHge. d'aillcura médiocre et purllal. J'A. Le Roj, La Frunic el Home <k 1700 d l^lb Paris, Didier-Porrin, in.8. iRgj, p. .ïji,
6. Pat ciemple, l'afToirc de la publication dea Mo^eimes et du Triéaaqiit, celle dos 6v>;ques du la Roebclle et ilo Luçou (cf. Le Roy, /. cil., p. 33i), la question du n troubla involonlairc d un Jj^ua-Cliriet i l-ortiele XIV dea Maximes, etc., etc.
XMIl INTRODUCTION
« tout homme est menteur », comme il aimait à le rappeler lui-même ', c'est qu'il y avait en lui surtout, comme il le confessait avec une très belle humilité, un fond de « mensonge » ^ et d'insincérité, ou, pour employer des mots moins durs, c'est qu'il était un pur gascon, et que la vérité a plus de souplesse sur les bords de la Dordogne.
L'excellent abbé Gosselin savait tout cela sans doute, si peut-être il n'osait le reconnaître publiquement ; et il aurait passé outre, suivant le conseil de Fénelon, si ces textes nouveaux lui avaient paru dignes de leur auteur. Mais, — et c'est là pour lui l'argument décisif, qu'il indique en manière de conclusion, — cette correspondance aurait « déparé sa collection » ; elle aurait déparé surtout l'austère élégance du Fénelon idéal qu'il, se complaisait à reconstituer. Donner à son liéros une posture qu'il jugeait ridicule, l'aurait fait souffrir : il ne voulut voir dans ces lettres qu'un « libelle diffamatoire, injurieux à la mémoire » d'un saint archevêque ^.
Ce sont là scrupules d'ami : il déplaisait à l'abbé Gosselin que Fénelon s'en fût allé chercher auprès de Mme Guyon une doctrine spirituelle et la direction de sa vie intérieure. Mais il faut rappeler ici les déclarations de Fénelon lui-même. Expliquant à l'abbé de Chanterac son attitude à l'égard de Mme Guyon, il reconnaît « qu'il la estimée, révérée comme une sainte et crue très expérimentée sur V oraison y) *; il écrit à Mme de Maintenon :