I. T. m, no CM, p. i
Je n'aurais jamais cru
Ce que j'expérimente :
Je ne Tài jamais connu.
Ah ! c'est ce qui me tourmente I
Hélas ! tout m'épouvante !
Il faut être perdu.
J'ai fait ce que j'ai pu Pour me tirer de peine.
Mon esprit est abattu.
Ma plainte se trouve vaine ; II faut porter ma chaîne Il faut être vaincu.
L'Amour est un trompeur :
Il étale ses charmes, Il fait sentir sa douceur, Lorsqu'il veut gagner les âmes ; Les brûlant de ses flammes, Il en est le vainqueur.
Mais on ne connaît pas L'état où l'on s'engage ; Il faut souffrir le trépas.
Cependant avec courage.
Au plus fort de l'orage.
Il faut franchir le pas.
On est si enfoncé Dans l'amour de soi-même, Que l'on se croit égaré.
Lorsqu'il faut briser sa chaîne, On ressent une peine.
Dont on est étonné.
344 FÉxNELON ET M"'«= GUYON
Il n'en coûte si cher, Que parce que Ton s*aime ; Si l'on voulait s'oublier»
On sortirait de soi-même Et Ton verrait sa peine Bientôt diminuer.
Je vois bien qu'à présent Je change de langage; Mon esprit est fort content, Je m'accoutume à l'orage, Je n'ai plus de courage, Mais mon cœur y consent.
Qu'importe de périr.
Puisque l'objet que j'aime Ne saurait rien ressentir De toute faiblesse humaine !
C'est moi qui sens la peine, Pour lui est le plaisir*
Non, ce n'est point aimer Que penser a soi-même !
Il ne faut point s'étonner Dans la perte la plus extrême ; Il faut souffrir sa peine, Et ne rien ménager.
Dieu possède tout bien.
Et moi toute malice * :
Il est tout, je ne suis rien.
I. InslrucUon, XX.VII, t. VI, p. 182, g : « Dieu tout bien, la créature tout mal ».
RÉPONSE DE M'»e GUYON 345
Qu*il règne et que je périsse !
Je fais ce sacrifice
A mon souverain Bien.
(Même sujet ; air : Si tu voulais, Lisette.)
Je vous plaindrais peut-être, En voyant tant de coups, Si je ne savais que mon Maître Veut devenir un avec vous.
Il vous aime sans doute Après tant de rigueur :
Il a dessein» quoiqu'il vous coûte, D*être maître de votre cœur.
Je serais criminelle.
Secondant son dessein, Si par une pitié cruelle.
Mon bras n'était votre assassin.
Quoi? Faut-il que je tue Ce que j'ai de plus cher I Et que, rendant mon âme nue, Dans son sein je plonge le fer I
Isaac par son père
Ne fut pas immolé.
Car Dieu, suspendant sa colère
Arrêta le couleau levé.