L'ORAISON FUNÈBRE DE L'ABBESSE DE FAREMOUTÎERS JEANNE DE PLAS
PRONONCHE PAR FÉNELOX A l'abBAYE DE FAREMOUTIERS
le mardi i5 février 1678^.
A défaut du texte perdu de cet éloge funèbre prêché par « l'abbé de La Motlie Fénelon, parent de ladite Dame », il convient de tirer du manuscrit 11969 du fonds français qui nous en a conservé la mention, le récit des obsèques du i4 octobre précédent. Racontée en détail par la sœur archiviste du monastère, cette cérémonie nous donne une idée de ce qui fut répété, l'année suivante, au i5 février, lors de « l'inhumation du cœur » de la défunte, occasion de l'éloge prononcé par Fénelon. L'annaliste a sèchement indiqué que le discours fut reçu « avec édification et applaudissement de toute l'assemblée». Du moins cette description donne la mise en scène de ces solennités et un tableau assez exact de l'auditoire de Fénelon, à peu près celui du jour des funérailles.
Madame Jeanne de Plas, Abbesse de ce Monastère est decedée lin lundy onziesme d'octobre, aagce de soixante ans après avoir gouverné cette Abbaye trente qiiattre ans. Son decez arriva entre nnidv et une heure en présence de toute sa communauté, munie de
(i) Voir plus haut, p. 11, note i.
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ces sacrements <[ de >. Sa dernière maladie a esté une fièvre continue et inflamation dans toutes les parties nobles les quelles l'on luy a trouvées toutes cangrenées, le lendemain matin son corps fut en sevely et l'on luv mit la chemise de serge du jour de sa Bénédiction qui avoit esté réservée pour cela, le scapulaire, le grand habit d'Eglise les gands blancs à ces mai[n]s et l'anneau de la Bénédiction au doict annulaire, et aussi la trèfle de sa Bénédiction sur son voile. Le Mardy dousiesme du présent mois sur les huict à neuf heures du Matin l'on sonna son legs aux trois clochers, sçavoir les deux de l'Abbaye et celuy de la Paroisse, comme aussy aux Paroisse de sa nomination qui sont Mouron et Pommeuse et aussy à celuy de S' Augustin l'espace d'une heure et demie. Le mesme jour de mardy sur les neuf heures du matin, l'on fit entrer son Confesseur accompagné de M"" Hericart aussi R[eligieu]'' de S' Benoist pour enterer ces Entrailles qui furent mise dans le chapitre devant le siège Abbatial au mesme endroit que celles de feu Mme françoise de la Chastre sa grande Tante', et l'on dit seullement en ton le Libéra et le De profondis avec une oraison, et son cœur fut mis dans une boiste de pion ; durant les 3 jours que son corps demeura sans estre enterré il y eut tousjours deux R[eligieu]*e^ tant de jour que de nuit à dire le Pseautier. le mesme jour l'on dit vigiles à neuf leçons pour elle et le lendemain qui estoit mercredy la grande messe de Requiem.
Durant les 3 jours que l'on a gardé son corps l'on avertit tous les curez circonveisins pour ce trouver à son convoy comme aussi les R[eligieu]'^ sçavoir le Père Prieur de S* Faron de Meaux, les Pères Bénédictins de la Celle, les Pères Capucins de CouUommiers et les Pères Cordeliers de Meaux, en sorte qu'il c'est trouvé icy le jour de son enterrement plus de quatre vingt Prestres. tant R[eligieu]" que séculiers qui ont tous dit la Messe pour elle et elles ont esté touttes de Requiem.
Le i^™* du présent mois d'octobre qui estoit le jour de sa naissance et qui fut celuy de son enterrement, la première Messe fut chantée à cinq heures par les Pères Cordeliers qui estoient au nombre de six, elle fut du S' Esprit ; à six heures l'on dit Prime, en suitte des quelles M''^ les Chanoines et autres Ecclésiastiques
I . Une autobiographie autographe de cette abbesse ouvre notre manuscrit et vaudra la peine d'être publiée.
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chantèrent la seconde Messe qui fut de la Vierge et toutes celles qui n'avoient pas esté communiée à la Première le furent à celle la. En suite de la Messe le Couvent fut lever le corps pour le porter devant le crucifix qui est dans le Cloistre. La Mère sacristine marchant la première avec la Croix, deux R[eligieu]*'^'* portoient deux Cierges au deux cotez, en suitte la porte Crosse avec la crosse de l'Abbaye à la quelle estoit un crespe noir pendant d'un quartier, et puis tout le Convent selon son rang et après les censemens Ç^sic) faits le corps futaporté devant le Crucifix où il demeura jusqu'à ce que le Clergé le vint lever. En suitte le Convent remonta à l'Eglise pour dire tierce et sejrte ; après les quelles l'on lit entrer M''^ les Chanoines et autres Ecclésiastiques pour porter le corps à l'Eglise, ce qui ce fit en la manière qui s'en suit.
Premièrement marchoit la Mère Sacristine avec la croix et deux R[eligieu]*es à ces deux costez, portant deux Cierges, en suitte tout le Clergé et le Célébrant revestu d'une Chape de velours noir et ces A-Ssistans revêtus deDaîmatiquesetpuis toutle Convent, chaque R[eligieu]^^ tenant un cierge blanc auquel estoit attaché un Ecuson des Armes de la dite Dame Abbesse, comme aussi aux douse Cierges qui festoient au tour d'elle, le tout estant ainsy en ordre le Célébrant commença les prières et oraisons pour lever le Corps, les quelles es[t]ant finis, quattres Prestres levèrent le Corps, et les quattres coing du Poelle de velours noir qui estoit dessus furent portez par les Mères de S"^ Magdelaine, de S'^ Thérèse de Jésus, nièces de la dite Dame deffunte et de S' Alexis sa Cousine, douse <; Prestres >■ R[eligieu]'"'s portoient les douses Cierges et douze petits pauvres portoient les douze torches au tour de son corps et la Procession fut comencée en cette sorte. La Mère Sacristine marchoit la première portant la Croix, deux S''* Converses portant deux Cierges dans les chandeliers, puis les Ecclésiastiques. Apres suivoit M^" Antheaulme, confesseur de ladite Dame, revestu du grand habit de S' Benoist, lequel portoit le cœur de la deffunle couvert d'un crespe noir. Apres le dit S'' marchoit la porte crosse tenant la crosse de l'Abbaye, puis le Corps après lequel suivoit la Mère infirmière tenant le cierge mortuaire, de cire blanche ainsy que tout le reste du luminaire. Finalement marchoit le Célébrant avec ses deux assistans et l'on fit ainsy le tour du cloistre en commenceant du Refectoir jusqu'au chapitre oîi l'on possa le Corps et le Cœur fut mis sur un siège qui estoit disposé pour cela. L'on chanta
APPENDICES
le Vf Libéra, après lequel l'on continua la Procession dans le mesme Ordre que dessus. Montant à l'Eglise l'on passa le long du bas cosli' pour entrer à l'Eglise par derrière le Chœur, Le Couvent ce rangea aux hautes chaires et les Ecclésiastiques en bas. Le Corps fut posé devant la grande grille et après qu'on eut achevé le répons et l'Oraison, tous les Ecclésiastiques sortirent et le Convent ce retira.
En viron sur les dix heures l'on sonna le premier coup de None durant lesquelles la ÎNlerc Sacristine fit sonner les coups de la grande Messe de Requiem qu'on commansça aussi tost que None furent achevéez, durant laquelle M'^ les Ecclésiastiques furent sur la tribune pour clianter la Grande Messe oii l'on observa l'ordre qui suit. La R[everen]'i'' Mère Prieure avec la Chantre entonna tout ce qu'il y avoit à prendre comme l'introyte, le Kyrie qui fut chanté alternativement par les deux chœurs, sçavoir celuy des Ecclésiastiques et celuy des R[eligicu]^<^*, de mesme Absolve (sic) et la Prose, &c. ; durant la dite grande Messe les officiers de Justice furent tous en habit décent, les officiers de la Justice de Fareraonstier cstoient à la main droite du costé de l'Epistre, sçavoir M"" le Baillif, M^ le Lieutenant, M'' le Procureur fiscal, M"' le Maitre des Eaux et forests et tous les Procureurs postulans, à main gauche du costé de l'Evangil. M'' le Baillif de Jouy sur Morin, M'' le Lieutenant, M"^ le Procureur fiscal et les Procureurs Postulans ; A l'offerte M'' le Baillif de Faremonstier porta le cierge, M^ le Lieutenant le pain, et M'' le Procureur fiscal le vin et furent précédez par les deux plus anciens sergens du Baillage (sic') qui les conduisoient, et tous assistèrent aux Vigilles et à l'enterrement sur la Tribune. Il faut remarquer que l'Eglise du dehors et du deans (sic) estoit tendus de noir avec des Ecusons des A[r]mes de la Dite Dame Deffunte d'espace en espace, comme aussi la chapelle de grâce, le cloistre et le bas costé. Depuis que le Corps fut porté à l'Eglise jusqu'à l'enterrement il fut entouré du cintre noir oîi il y avoit environ deux dousaines et demie de cierge, outre les douse qui estoient dans les chandeliers d'argent. Le cœur estoit aussi sur un careau de velours noir disposé pour cet effet devant la grille avec deux cierges aux deux costez.
A une heure l'on dit \espres sans chanter et en sultte Compiles. A deux heures l'on sonna pour dire vigilles qui furent chantées par M""^ les Ecclésiastiques et les R[eligieu]*^* et comme les Prestres ne pouvoient pas tenir sur la tribune à cause qu'ils estoient
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<'n trop grand nombre, on les fit entrer dans le Cœur (^sic) des R[i'ligieu]^'^5 pour chanter les vigilles. Toutes les leçons furent chantées par eux et aussi les Répons, les R[eligieu]^«s entonnant seulement les Antiennes et les pscaumes. Les obsèques servirent de Landes, estant commançés immédiatement en suitte de vigilles. Le tout fut dit à l'Eglise jusqu'au Laiidate pour s'accommoder au lieu de la sépulture. Estant parvenue à ce Psaume, la -Chantre commancea in Paradisuin. Alors la crosse fut ostée de la main de l;i dite Dame deffunte où elle avoit esté mise quand le Corps fut à l'Eglise et aussi sa bague ostée de son doict et l'on luy laissa seulement l'anneau de sa Bénédiction, et puis M''* les Ecclesiastiijues levèrent le corps, et les Mères susdites prirent les quattres Loins du Poelle de velours noir et le portèrent ainsy descendant à la chapelle de grâce, la crosse de l'Abbaye marchant tousjours devant le Corps, lequel fut posé à main droite proche la sépulture durant que l'on achevoit Laudate Dominum de cœlis. Le Convent demeura sur les escallicrs à cause de la quantité de Prestres cju'il y avoit. Auparavant que le corps fut enfermé dans le Cerceuil (sic) la R^"^ Mère Prieure luy couvrit le visage du bout de son voil. Le cerceuil estant cloué l'on la descendit dans la fosse puis cliacim luy vinst jetter de l'eau Benistc deux à deux, la Crosse fut emportée et le convent se retira.
Requiescant in Pace. iVmen^.
Cérémonie de l'inhumation du Cœur de la susdite Dame Jeanne de Plus, Abesse de ce Monastère.
Le Lundy 14™'' du mois de feuvricr, l'on tandit l'Eglise de noir au dehors et au dedans, comme aussi la Chapelle de Grâce, estant le lieu de la sépulture. Apres None l'on dit Placebo sans chanter. A une heure après midi l'on dit vigiles à neuf leçons qui furent chantées par M''^ les Chanoines et les R[eligieuse]'*^'^ durant les quelles le cœur de la dite Dame defiFunte cstoit sur un siège de velours noir couvert d'un crespe noir devant la représentation, la({uelle estoit entourée du cintre noir et demeura ainsy exposé jusqu'à ce qu'il fust entcré. Le lendemain Mardy i5™"^ du présent mois, M''^ les Ecclésiastiques chantèrent la première Messe qui fut