‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 154 sur 347 · T. I, Lettre Cil, p. 3i6-33o · texte numérisé non relu

T. I, Lettre Cil, p. 3i6-33o

3. Sur la nuit ou mort active, cf. Lettre VII, p. 3o ot n. 3.

4. Cf. Lettres III, p. 23, VIII, p. 3i, XXXIX, p. loô. XLI, p. ii3.

M"-' C.UYON A FENELON 9:J

rez les vertus qu'en les peidanl. Ce ([ui- je dis des vertus, je le dis de tout le reste '.

[Précipices sur 1<; clieinin <lc la loi.]

C'est dans ce temps-là que celte volonté amortie, se réveille ; non point par un choix, c[ui lui soit propre, do craindre ou de désirer '\ mais par sa pente naturelle, qui ne se perd que par sa mort. Et sa mort exclut également toutes répugnances et tous désirs ; non seulement dans l'état pur, simple et nu de la foi, mais dans l'état le plus périlleux en apparence. Car ily abiendcladilVéronce de perdre tous désirs et toutes répugnances dans l'état simpleet général quevous portez, oude(ne)les (point) conserver dans la perte la plus affreuse et la plus désespérée. C'est pourtant cet état d'involonté^ et d'exclusion de toutes répugnances, qui fera toujours votre fond. Car votre appel n'est à aucun don, pratique, ni sainteté particulière, pas même de suivre pas à pas la Providence, ce qui est un elîet de votre état, et non pas l'essentiel de votre état. L'essentiel de votre état est la perte entière de toute volonté, non seulement ([uant à son sentiment, mais réellement. C'est ce qui fera que Dieu aura sur vous une conduite singulière et rapportante * à vous seul, propre à ce qu'il a mis en vous.

I. Fénelon, LcUre à Mme de Mainlenon. t. VIII, p. 5oi, d : « On ne trouve Dieu seul i>urcnicnl que dans cetle perle de tous ses dons. » Sur cette formule, qui a si Ibrt scandalisé Bossuet et Godet-Dcsmarets. cf. mon article de la Hevae d'Histoire litlêraire de In France, janviermars i()o6, /oc. cit., p. 53, n. j et 58, n. i.

?.. Sur cet emploi de l'infinitif, cf. Lettres X, p. 38. XVI, p. ûa. XXVIII, p. 75.

3. Ce terme plaira à Fénelon. qui le re|)rcndra ; cf. Lettre XXXIX, p. io4 et Lettre du 2G juin 1689, p. 182. Il faut distinguer Vinvolonlé de la non-volonté, «pii est blâmée par lui (Explication des Maximes. art. V. vrai, édit. cit., p. 5i): cf. encore Lc/fr« spirituelles, VIll, 505, (/.

tt. Sur cet accord du participe présent, cf. Lettre III, p. 18 et n. i.

Car, outre sa conduite générale pour toutes les âmes qui sont conduites en foi, il a une conduite de mort singulière, et qui est appropriée à l'état, à la qualité et à la constitution d'un chacun. Ce qui ferait mourir les autres, ne ferait qu'elilcurer votre peau, à cause du fond ferme et solide que Dieu a mis en vous. Vous êtes un homme non point pour être saint ni vertueux, mais pour être selon le cœur de Dieu : c'est proprement pour être fait volonté de Dieu ; oui, c'est l'unique chose que Dieu veut de vous : sa volonté sera votre vie, votre règle, votre loi. C'est une volonté essentielle, qui est particulière pour chacun de nous, et qui n'a nul rapport à cette volonté générale, déclarée et connue de tous ; aussi n'esl-elle que pour les âmes, à qui elle se découvre un peu au travers de la plus extrême obscurité.

Cette volonté essentielle, tant qu'elle conduit l'âme dans sa perte, et qu'elle ne l'a pas encore introduite dans son premier principe et dans l'unité conformée, — quoiqu'elle soit très certaine et infaillible en elle-même, — laisse cependant mille incertitudes à l'âme qui la possède. La certitude lui serait un appui, et empêcherait sa perte totale : elle ne trouve son assurance que dans son désespoir absolu '. 11 est aisé de ne rien espérer, lorscjuil n'y a rien à craindre et à éprouver ; mais cela n'est pas de la sorte, à moins d'un courage et d'une fidélité au delà de l'imagination, pour n'avoir nul retour sur soi, nul intérêt de l'éternité dans la perte assurée (ce semble) de cette même éternité.

Vous croyez avoir des répugnances ; et ce que vous avez, n'est point cela. Nous ne devons envisager pour répugnances que celles qui regardent la conduite de Dieu sur nous, qui nous font appréhender un état plutôt

I. Cf. les textes cités, Leitre XXWII, p. 92, n. 3; cf. encore clans le t. Vtl du Vieux Tfsfamcnl de Mme Guyon le commentaire de Job, VII, 16.

M« GUYON A FENELO.N" o:

qu'un autre, et (jui enfin sont en nous des marques di vie. Ces répuirnanees ne peuvent |x>int ;^encore) être en vou<. parce qu'elles sont incompiitibles avec votre état (présent) d'amortissement, et parce que Dieu n'exiço (encore) rien de vous, qui puisse vous faire craindre. î>i cela était, vous verriez revivre les craintes, les fraveurs. et les désirs secrets, qui sont l'apanaire de la volonté vivante : car votre \olonté ne mourra jamais que par l'expérience de ces réveils et de ce qu'elle a de vivant. Le mort se laisse jeter dans la boue, se mettre sur le trône, avec la même égalité, parce qu'il ne sent plus, ne vivant plus. Il n'en est pas de même de celui qui vit et voit ce (.|u'on lui lait. Quoiqu'il soit souple à laisser l'aire ce que l'on l'ait de lui. la crainte naturelle le saisit. Ce que vou-i avez ne peut point proprement s'appeler répugnances de la volonté, puisque ce sont des choses extérieures et hors de vous. Ce sont de simples répugnances naturelles dechoses qui ne vous conviennent pas. par lesquelles on meurt à ces mêmes choses.

Quoique ce que je vous écris paraisse peutnè'tre ne vou< convenir pas tout à fait à présent, où votre volonté, avant la pàlure qui lui est nécessaire, est rendue comme s;»ns appétit (ce qui lait, que chei vous rien n'embrasse ni ne délire une perfection supérieure à ce que vous avez, et qui est une très h>.>nne disposition), cependant ceci vous sera très utile : vous connaîtrez un jour que je vous ai dit la vérité ' ; et tout ce que vous lisez, et qui vous plaît à présent, vous paraîtra un jour fort dilTéreut. Vous goûterez les choses et les comprendrez selon l'état qui vous sera présent : vous les vovez maintenant d'un." minière, et vous les verrez alors d'une autre, en sorte qu'elles seront ajustées à toute votre vie. L'écrit des Torren(s' vous fora voir votre état dans tous les étals de

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