‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 212 sur 347 · T. V, Lettre XXXIII, p · texte numérisé non relu

T. V, Lettre XXXIII, p

FÉNKLON A M" (.L'VOX 16:i

le dire sans me ménager, car je ne veux rien que la volonté de Dieu ; et tout le reste ne m'est rien. Je suis tout persuadé qu'il faut que la sagesse meure, mais ce n'est pas à moi, à lui donner le coup de mort. C'est la main de Dieu qui doit l'égorger, et à moi à me tenir immobile sous la main '. J'aimerais mieux souiTrir éternellement que de retarder un seul moment le bon plaisir de Dieu en ses moindres circonstances. J'accepte tout sans réserve, je laisse tout tomber-, que puis-je faire autre chose ? Faites le reste auprès de Dieu pour moi. Je veux aller aussi lentement et aussi vite qu'il le voudra. S'il veut que j'aille vite, et que par là il m'en coûte d'avantage, je compte pour rien tout ce qu'il y aura à souffrir el toutes les répugnances que je sentirai dans ce temps. A chaque jour sullit son mal, et chaque jour aura soin de soi-même'. Celui qui donne le mal sait le changer en bien. D'ailleurs il n'est plus question do mon bien, car je n'en veux plus connaître d'aulic que celui de me perdre, pour accomplir ce qui plaira à Dieu. En vérité, je ne veux point vous faire souffrir par ma résistance ; et, si je le fais sans le savoir, ne m'épargnez pas.

j. Leltre à la comtesse de Monlberon du i" janvier 170C, t. NUI. p. 67 a, g-d : « Le grand point est de ne se remuer pas sous la main de Dieu... Il faut demeurer immobile sous le couteau » ; cf. encore id., p. 5G6, g.

3. Cf. sur cette fornuilc chez Fénelon, Lettre du 3o avril iG8g, p. 132, n. I .

3. Maxime cvangéliquc (Math., VI, 3'i) <iue Fénelon aimait à faire sienne ; cf. dans les Lettres spirituelles, t. \ III, p. 5 18, g, 5/»6, d, 670, g, 610, d, 633, g, 675, d, etc.

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Je suis langiiissanl (Vesprit cl de cor|)s, comme je vous l'ai déjà mandé ; mais je suis tranquille dans ma langueur, quoiqu'elle me cause une certaine mipuissance et une certaine lenteur pour les choses extérieures. Je ménage ma tête, j'amuse mes sens, mon oraison va fort irrégulièrement; et, quand j'y suis, je ne fais presque que rêver ; je n'ai le goût d'aucune lecture, si ce n'est de vos lettres lorsqu'elles arrivent; enfin je deviens un pauvre homme \ et je le veux bien. Pour la sagesse ^ vous savez qu'il n'est pas aisé de s'en défaire ; elle n'est pas comme la chair, qui fait horreur. La raison a toujours de beaux prétextes ; mes premiers mouvements ne sont point de grâce ^, ils sont de prudence mondaine*, ou d'orgueil ; les secondes vues sont des retours sur moi-même : je laisse tomber volontiers tout cela^ Mais, quand il faut se déterminer à agir, cette multitude de vues embrouille, et on ne sait ce que Dieu veut. Souvent je prends le parti qui me paraît le plus raisonnable en esprit d'abandon, afin que, si ce n'est pas celui que Dieu veut, il m'en

1. Lellres spiritaelles, t. VIII, p. 472, ;/ : « Un homme mou ft amusé ne peut jamais être qu'un pauvre homme. «

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