‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 295 sur 347 · CX.II. - FÉNELON .\ M'»^ GL YON · texte numérisé non relu

CX.II. - FÉNELON .\ M'»^ GL YON

.Je dois encore vous parler de mon oraison : Je crains de la faire, et Dieu permet, soit par ma négligence ou autrement, que je n'en trouve guère ni le temps, ni la facilité. Je ne saurais m'y soutenir longtemps de suite, soit par ma santé, soit par mes occupations, soit par ma sécheresse, soit enfin par ma lâcheté. Ce qui devrait, ce me semble, m'étonner davantage, c'est que je n'ai aucun regret de voir mon oraison qui se dessèche et qui m'échappe, et qui me laisse dans une grande dissipation. Je me trouve indifférent et insensible sur tous ces inconvénients, qui devraient me paraître d'autant plus grands, quejesuis ici plus exposé. Au lieu que j'ai un regret cuisant sur

1. Sur cette construction de lintinilil substantif avec par, cf. I.ctln' «lu ;?o septembre 1C89, p". 2^5 et n. i.

2. Cette lettre, étant la réponse à la préréilente. doit être des premiers joui's d'octobre.

;;. T. \ . Lettre LU, p. M'n-:;.

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mes failles extérieures, je ne sens auciine peine sur ce vide intérieur ; au contraire, je n'ai jamais été plus tranquille, plus libre, plus dégagé, plus simple et plus liardi dans ma conduite, quoique j'y fasse bien des fautes, qui viennent de dissi[)alion, et môme assez, souvent d'infidélités passagères. Au reste, toutes les fois que la dissipation cesse, je me trouve en étal d'abandon et de loi pure, immobile, en sorte qu'il me semble que j'ai toujours demeuré par le fond de la volonté sans interruption en Dieu, quoique je n'aie point pensé à lui et que j'aie fait et dit plusieurs choses, qui, par elles-mêmes et par mon infidélité en les faisant, devraient m'en avoir éloigné. Aussi, si je consulte ma conduite et mon oraison, je ne trouverai rien que ce qui est dans le comnmn des chrétiens grossiers, qui n'ont pas secoué le joug de la crainte de Dieu'; encore même j'ai une chose qui me mel fort au-dessous d'eux, car je me vois entièrement déchu par rapport aux grâces passées, au lieu qu'ils n'oni jamais reculé dans le chemin de la vertu ; mais, si je regarde un certain fond inexplicable "^5 je vais à l'aban-

1. Fcnelon csl volontiers ironique et méprisant à l'égard des personnes qui craignent Dieu : « On dit : c'est une personne qui crainU Dieu ; en elTet, elle ne fait que le craindre sans l'aimer, comme dos enfants craignent le maître qui donne le fouet » (Iiisiructions, XVIU, t. VI, p. loo, g). « Dieu veut des enfants qui aiment sa bonté et non des esclaves qui ne le servent que par crainte de sa puissance » (id.. XXIX, t. VI, p. i3'i, <7) ; cf. encore id., XXVII, 1. Vi, p. 182, g, etc.. et plus loin Lettre CXIX, p. 3o3.

2. « Au reste je ne ])uis expliquer mon fond. Il m'écliappc, il me paraît changer à toute heure » {Lettres spirituelles, l. VIII, p. 589, g) <( Mon état ne se peut expliquer, car je le comprends moins que personne « (id., id., p. 080, d) ; cf. plus loin, Pncsies. n" VII, p. 340.

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don, pour laisser tout faire à Dieu, et au dehors et au dedans, sans vouloir ni me remuer sous sa main ', ni me mettre en peine de moi, dans tout ce qu'il lui plaira de faire ou pour moi ou contre moi-même. J'avoue qu'en ce sens je n'ai jamais élc autant au large que j'y suis depuis mon entrée à la cour. Voilà ce qui me vient maintenant dans l'esprit. J'espère que Dieu vous donnera ce qu'il faudra, pour m'en faire part. Je ne saurais penser à vous que cette pensée ne m'enfonce davantage dans cet inconnu de Dieu, oii je veux me perdre à jamais-. Ce lo octobre 1689.

GXIII. — M"- GUYON V FÉNELON ^.

Je ne crois pas que vous deviez faire elforl, pour faire beaucoup d'oraison de suite ; mais je ne crois pas aussi que vous n'en deviez plus faire. Il faut rendre à Dieu ce petit tribut d'aolion, de nous exposer souvent devant lui, quand ce ne serait que pour peu de temps : c'est proprement vous tenir en repos, non en arrêtant votre esprit, ce qui nuirait à votre santé, mais en vous exposant malgré les égarements de votre esprit, le laissant comme il lui plaira*; et ce repos vous soulagera, loin de vous

1. « Le grand point est de ne se remuer pas sous la main de Dieu » {Leltre du i"' janvier 170O à la comtesse de Monlberon, t. VIII, p. 672, d).

2. « Enfoncez-vous en lui jusqu'à vous y perdre et à ne vous plu:trouver » (^Lellre d la marquise de Risbourg, t. VIII, p. 709, d). « Je le prie de vous entraîner dans cet abîme d'ainotir, où toute sagesse humaine j)erd pied n (Lettre à Mme Je Maintenon du 12 mars 1691, id., p. /I<j5, (/).

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