‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 32 sur 347 · INTRODUCTION' XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION' XXXI

|)ar 1 élude infatigable de tous les textes ecclésiastiques à son futur rôle de « Père d(r l'Kglise' ». — Fénelon, moins soucieux de polémique générale, ayail d abord recliorclié le contact direct et pei'sonnel des âmes. Sans doute, c'est dans ces années de jeunesse qu il a écrit le Traité du ministère des pasteurs (1688) et la Réfutation du système du P. Malebranche^ ; mais ce ne sont pas là des œuvres spontanées : ce sont les dissertations très distinguées d un excellent et très docile disciple de Bossuet. Ses années de séminaire finies, il était entré dans le ministère paroissial, à Sainl-Sulpice même. Il prêchait beaucoup, sans souci des règles, qu'il a si joliment raillées dans ses Dialo- () nés sur rÉloquence; il prêchait « affectueusement* », avec enthousiasme et émotion \ 11 confessait, dirigeait, se gagnait des amitiés et se ménageait des relations dans la haute société. L'archevêque de Paris, flarlai de Chanvallon, n'avait pas laissé longtemps sans emploi ces talents de séduction et de conquête: depuis 1678. il était supérieur des Nouvelles-Catholiques.

Pourtant, dans I abbé mondain, presc{ue précieux, il restait queh{ue chose du gascon idéaliste, qui avait

1. « Je suis Père (le VEijlise, me dit-il » {Ln Vie \ de Mme J.-M.-B. de la Mothe-Guyon | écrite par elle-même | qui contient tontes les expériences de la I vie intérieure. Nouvelle édition, 3 vol. in-8, à Paris, chez les libraires associés, MDCCXII, \Vb partie, chap. xix, t. III, p. 7.33). C'est aussi le mot employé par La Hruyère dans son discours de réception à l'Académie (.édition des Grands Écrivains, t. II, p. 463).

2. Ecrite vraisemblablement en i684, la Réfutation a paru pour la |iremièrc fois en 1820 dans l'édition de Versailles, t. III, p. 1-276.

3. Fénelon à Seignelay, Lettre du 3o juillet i686 (^Lettres inédites lie Fénelon publiées par l'abbé Verlaque. Paris, Palmé, in-8, 187'!. p. 49).

4. Bausset. Histoire île Fénelon. I, § \i au t. X des Œuvres, p. 9.

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grantli sur les bords de lu Dordoguc : cspi-il ai'deul, iniagiuatioM avciitureuso cl privée du sens de l'iinpossihle, mêlant dans ses asjuralions cl dans ses projets le fantastique cl le réel, celui qui écrira le Télêmaque se grisait lout jeune de beaux rcvos, qu'il poursuivait passionnément, sans les sentir inattingibles. Tout le chimérique généreux qu'il porlei'a plus tard dans la politique, dans l'éducation ou dans la réforme sociale se retrouve déjà au début, dans sa vie religieuse. On connaît la lettre enthousiaste et folle, qu'il écrivit à 24 ans, dans une heure de vision apocalyptique: « Je pars, et peu s'en faut que je ne vole... La Grèce s'ouvre à moi, le sultan effrayé recule, déjà le Péloponèse respire en liberté, et l'église de Corinthe va refleurir.. . Je vois déjà le schisme qui tombe, l'Orient et l'Occident qui se réunissent, l'Asie qui soupire jusqu'au bord de l'Euphrate et qui voit renaître le jour après une si longue nuit'. » H faut relire toute cette lettre : le passage de la réalité au rêve y est à peine saisissable ; on sent assez que, dans l'esprit de ce jeune prêtre, ils ont tous deux la même vie. Cette ivresse spirituelle, légèrement atténuée dans les mots, se laisse encore deviner, dix ans après, derrière les somptuosités oratoires du sermon pour la fêle de l'Epiphanie-. C'est la même piété trépidante et insatiable, avec je ne sais quel désir de foi primitive, de pastorale évangélique, d'innocente et sainte barbarie.

11 était alors, — il restera toujours, — très pieux. Dans sa Réfutation du système du P. Malebranche, il

1. Lettre (lu (j oi'tohrc (1C7O) au duc de Beauvillier (?), t. Vil. j). Agi , </- !iQi, 'J-

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