Cf. Lettre VIIL p. 3i et n
330 FENELON ET M- GUYON
11 me semble que je suis embarque sur un fleuve rapide, qui descend vers le lieu où je dois aller ; je n'ai qu'à ne me laisser pas accrocher, ni aux branches <les arbres, ni au sable, ni aux «rochers qui !)ordent le rivage. Le cours du fleuve fait le mien, et je n'ai qu'à ne pas m'arrèter; il faut que je me laisse toujours porter, sans m'amuser, ni aux contradictions, ni aux agréments du dehors, nia la sécheresse, ni à l'onction du dedans, ni au goût des vertus et de l'oraison, ni aux tentations, ni aux infidélités intérieures. Tout cela n'est que le rivage que l'on découvre en passant, où Ton ne pourrait s'arrêter un instant, sans se raidir contre le courant de la grâce '.
M. N. se trouve bien de ce que vous lui avez conseillé, et je suis très content de votre réponse là-dessus. Il me paraît que le procédé le plus édifiant que je puisse tenir ici est de ne demander jamais rien, ni pour moi ni pour les miens, aux personnes qui ont la principale autorité. Ce désintéressement est ce qu'on goûte le plus ; il y a même dans ce procédé une certaine noblesse, qui charme les honnêtes gens, et qui fait taire les envieux. D'un autre côté, je crains de me complaire dans ce désintéressement, de m'en faire une pratique, et d'avoir même une mauvaise honte là-dessus. C'est ce qui me fait douter, si je dois parler ou non à un ministre pour un pauvre neveu ", qui me
I. « On veut bien se laisser mener au cours de la Providence, comme un homme qui se laisserait poricr pur le ronranl d'un fleuve » {Instructions, XXII, t. VI, p. 122, g).
■1. Peut-être celui dont Mme Guvon a dij.i parlé (I.cllrc XV, p. 52 et n. i).
M-^ (UVON A KKNKLON 331
]tiic instamment de le rocommaniier. Que Icrai-jo? Mande/.-moi sans façon ce que vous en pensez.
Je n'ai pas manqué de m'unir à vous à la messe <lans ces saints temps '. Comment va votre santé ?.îe suis à vous, Madame, en Notrc-Soi^'neur de plus on plus et sans réserve".
c\x\Mii. — M"" (.1 \()N ^ ki:nelun '
Quelque faute que vous fa.ssie/, il faut en porter la peine iiùinont, sans y ajouter la moindre réllexiou, ainsi que Aous le pratifpiez. Quoique vous pariiez comme tout naturellement et sans vue actuelle de Dieu, il ne laisse pas d'être toujours le même dans votre âme, y opérant toujours également, quoiqu'inconnùment. Cet état, tout iiaturel en apparence, appartient à la pui'e foi, étira toujours en augmentant dans la suite, sans que votre àme cesse pour cela d'être proche de Dieu.
Je ne comprends pas ce que vous appelez vue de Dieu, si ce n'est un certain je ne sais quoi dans le fond de la \olonté, qui donne la vie à nos actions, et est la seule chose qui se puisse réveiller chez vous. Car je ne crois