Les écrits qu'elle fera déposer chez M
La raison, pour laquelle on a usé de cette autorité, sur moi à l'égard de la communion *, c'est, selon que je l'ai compris ce matin, parce qu'ayant, à cause de la fièvre, besoin de cure, — je m'en abstenais ou me privais de communier. Le père de famille a fait comprendre qu'il en usait avec ses enfants avec une familiarité et une liberté infinie ; et, comme il ne donne pas de bornes à son amitié, il n'en donne point à la liberté2. Si vous improuvez cela, et que vous m'ordonniez autre chose, j'espère que je pourrai peut-être vous obéir 3. Il me serait difficile de vous faire comprendre ce que votre àme m'est en Notre-Seigneur, et à quel point elle m'est donnée. Je vous parle simplement, sans pouvoir m'en défendre.
Je n'ai aucune raison pour ne point donner la copie des écrits à M. B, puisque je n'ai point de secrets pour elle. Je n'en avais qu'une seule et unique, qui est que je sens toujours plus que Dieu veut que je vous confie toutes choses : ainsi il me suffit, pour lui obéir, de les mettre en lieu de votre connaissance, et que vous en disposiez aussi absolument que s'ils étaient chez vous. Les
i. Fénelon avait sans doute demandé des explications à Mme-Guyon sur ce besoin irrésistible de communier, dont elle parle dans la Lettre précédente, p. 7^.
2. Sur cette sainte liberté des enfants de Dieu, dont Fénelon a déjà parlé (Lettre V, p. 26 et n. 3), cf. aussi les Commentaires par Mme
-Guyon de la IIe Épitre aux Corinthiens, III, 9-12 et de celle Aux Hébreux, II, i5 (Nouveau Testament, édit. de 1790, t. V, p. 3^9 et VI, p. 723).
3. Même sentiment, Lettre XXXYIII, p. ioj. /,. T. V, Lettre X, p. 223-4.
5. Cf. Lettre précédente, p. 75, n. h. — Dans une lettre perdue, Fénelon lui demandait probablement si ce dépôt de manuscrits, fait là où il lui indiquait, lui paraissait avoir quelque inconvénient.
FENELON A M- GUYOX 77
originaux resteront chez (M. de Chevreuse l), dans la même cassette où je les ai mis, avec quelques lettres qui ne seront pas inutiles à garder. Si je meurs, les uns et les autres vous laisseront disposer de tout, soit pour les garder ou les supprimer *. Je ne crois pas cependant mourir sitôt3 : et vous êtes bien éloigné d'avoir rempli tous les desseins de Dieu sur vous, car ils sont grands4. Je consens d'être une victime éternelle, qui brûle sans cesse pour vous devant lui 3, et j'espère que vous connaîtrez un jour, soit dans le temps, soit dans l'éternité, ce que Dieu fait de moi pour vous ; vous verriez un ordre de grâce et d'amour qui vous ravira. Comme je craindrais de vous importuner, et que je ne serai peut-être pas la maîtresse de ne pas écrire ce qu'il me donnera pour vous, je l'écrirai et le mettrai dans mes originaux avec un L. et un F. 6, et ce qui sera de cette sorte, vous sera un témoignage un jour qu'ils étaient pour vous. A Dieu 7, en Dieu même, dans le sein duquel vous me trouverez toujours, comme je vous trouve sans cesse.
Je reçois dans ce moment le billet 9 où vous me
i. Il n'y a que N que dans le texte de Dutoit ; mais on a vu plus haut que Mme Guyon avait mis ses originaux dans une cassette chez le duc de Chevreuse (Lettre VI, p. 28).
2. Le second soit de l'alternative est souvent remplacé par ou au xvne siècle.