‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 164 sur 294 · Cf. p. ioa, la Lettre XXXIX, à laquelle celle-ci répond · texte numérisé non relu

Cf. p. ioa, la Lettre XXXIX, à laquelle celle-ci répond

5. C'est déjà en quelque façon la distinction fameuse de Fénelon entre la partie supérieure et la partie inférieure de l'âme (Explication des Maximes, art. XIV, vrai, édit. cit., p. 122).

tient à Dieu chez nous que ce qui n'est point né de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mai» de la volonté de Dieu l ; et comment la volonté de la chair, ou l'animale, s'élève souvent sur le débris de la volonté de l'homme I Or c'est ce qui fait la peine, parce qu'à mesure que l'une (celle de l'homme), se détruit, l'autre (celle de la chair), se fortifie ; mais elle ne se réveille de la sorte, que pour contribuer à la mort de la première, sans quoi, cette première (de l'homme) ne mourrait jamais. Mais, comme par la destruction de la volonté de l'homme, celle (de la chair) est sapée par la racine, elle jette toute sa force au dehors, comme une branche qui reverdit séparée de son tronc, et dont toute la sève se jette en superficie ; mais ce dernier effort, qui semble la rendre plus verte, ne sert qu'à lui arracher le peu de vie qui lui restait. Ce sera une expérience, qui vous coûtera infiniment à faire.

Il faut une fidélité détruisante2, pour aller contre les répugnances de la nature ; mais il faut une fidélité et une souplesse infinie, pour suivre (l'inclination) de la grâce. Sans cette extrême souplesse, vous resterez toujours dans la volonté humaine, quelque amortie qu'elle vous paraisse ; vous serez toujours conduit par l'homme raisonnable, et jamais de Dieu seul. C'est de ceci que dépend tout, mais je dis tout le fond et le succès de votre état. Vous ne pouvez discerner les répugnances» qu'en vous laissant conduire à Dieu3 purement. Vous trouverez par votre expérience une règle infaillible, qui est que, lorsque nous sommes encore beaucoup naturels»

i. Jean, I, 12.

2. Cf. Fénelon, Lettres à la comtesse de Montberon du Ier janvier 170$ et du 7 juin 170g, t. VIII, p. 672", d et 701,0 : « L'opération détruisante » de Dieu.

3. C'est-à-dire: en vous laissant conduire par Dieu; cf construction analogue, fragment d'autobiographie, p. 7 et n. 2 : « Me laisser posséder à Dieu. »

les premiers mouvements sont de la nature, et, dans les choses qui choquent cette même nature, c'est toujours (je dis toujours) elle qui se présente la première ; ainsi, les premiers mouvements sont à éviter *. Il n'en est pas de même de ceux de la grâce, ou plutôt, il en est de même. Tout ce qui regarde le choix et la délibération dans une personne déjà bien à Dieu, qui est ou bien morte ou bien éteinte, c'est toujours Dieu qui parait; et la première pensée, ou plutôt un simple^penchant, un instinct d'une chose, est de lui. Il conduit avec autant d'amour que de sagesse l'homme qui veut bien s'en fier à lui.

Vous voyez bien, qu'afinque Dieu agisse puissamment, et que l'âme se laisse conduire nùment, il faut une extrême souplesse, pour perdre toute conduite de la raison. Comptez donc, s'il vous plaît, qu'il faut vous accoutumer à marcher, non par la conduite de votre esprit ni de la raison, mais par la volonté de Dieu, qui doit donner la pente à tout. Chez vous, c'est la volonté, et non l'esprit qui doit faire le choix. Or, votre volonté étant aveugle, une volonté clairvoyante (qui est celle de Dieu} doit donner tout le branle à la vôtre (tant pour l'extérieur que pour l'intérieur) ; car il faut savoir, que la conduite extérieure doit être conforme à l'intérieure ; sans quoi, nous serions comme ces animaux amphibies, tantôt dans l'eau pure de l'opération divine, tantôt sur la terre de notre raisonnement.

Toutes les personnes qui sont conduites par les lumières et illustrations2, où toutes les opérations se

i. Gf« Lettre LXVII, p. 166 ; a Mes premiers mouvements ne sont point de grâce»; cf. encore Lettres XLV, p. 119 et n. 4, etc.

2. Visions intellectuelles ; cf. Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, Traité I, Livre VII, § 3, édit. Lâchât, t. XVIII, p. 5ao : « Telles sant les illustrations de l'entendement et les pieuses affections de la volonté, qui se font en nous sans nous » ; cf. plus loin, Lettre LUI, p- i34. etc. Le mot avait déjà été employé par Fénelon (Réfutation du système du P. Malebranehe, chap. xxxm, t. II, p. 149, «0»

font dans l'esprit, et où les brillants, le distinct * et l'assuré sont la conduite principale, vont comme vous dites que vous faites à présent. Quand leur esprit n'est pas éclairé tout à coup d'une lumière de possession, où ils voient à découvert le résultat de leur pensée, ils se servent de leur raison ; et ils font fort bien, car, l'un leur manquant, ils doivent recourir à l'autre. 11 n'en est pas de même de vous, Monsieur, qui êtes conduit en foi et en obscurité, et dont le principe de tout ce qui vous doit mouvoir est dans la volonté : il faut mareber par l'aveuglement de l'esprit, pour être conduit par la très pure et sûre lumière de la foi. Les premiers possèdent leur voie et la discernent, ce qui pourtant ne leur 'en fait pas toujours éviter les mauvais pas ; c'est pourquoi, leur voie est la moins sûre, quoiqu'elle paraisse l'être davantage, parce qu'ils voient leur chemin ; mais l'aveugle dont nous parlons2, sans examiner ni route, ni sentier, est conduit (quoique sans nulle certitude apparente) très infailliblement, parce que le Tout-puissant le conduit lui-même, et souvent le porte entre les bras.

De là, il vous sera aisé de conclure que vous devez être cet aveugle, et marcher avec autant de liberté que de confiance, persuadé que votre guide, autant charitable qu'il est infini3, vous fera éviter les écueils, et posera des pierres carrées *, pour vous faire marcher le chemin qu'il veut que vous teniez. Il ne sera peut-être pas toujours conforme à vos vues et à vos inclinations, et peut-être vous plaindrez- vous quelquefois avec le Prophète 5, qu'il environne votre chemin d'épines, qu'il en bouche les avenues; mais, si vous êtes fidèle à ce que, je vous dis, qui est d'une extrême étendue et d'une très

i. Sur ce sens de distinct, cf. Lettre XIX, p. 60 et n. 2.

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