Cf. Lettre XXXII, p. 79 et n
5. Où se trouve le commentaire de l'Épîtrc aux Romains ; cf. Lettre précédente, p. 1G0, n. 3.
6. Nouveau Testament, édit. cit., t. VI (t. II des Epitres de saint Paul), p. 489-580.
au nom de Dieu*. Nulle gêne ni contrainte. L'Epitre aux Romains est ce qu'il vous faut.
La profondeur de la science et de la sagesse de Dieu est incompréhensible à la science et à la sagesse humaine. C'est pourquoi Dieu vous choisira toujours des moyens de salut tout opposés à la science et à la sagesse humaine. Soyez persuadé que, quelque profondeur qu'ait l'esprit humain, il ne peut jamais atteindre à connaître les routes incompréhensibles de Dieu, et que les sentiers, par lesquels il conduit ses serviteurs les plus chéris, ne tombent point sous la connaissance de l'homme, qui ne pourra jamais les pénétrer avec tous les efforts des raisonnements humains ; et ce qui est surprenant est que presque tous les hommes s'ingèrent de juger des serviteurs de Dieu. Et qui peut lui dire : Pourquoi conduisez-vous de la sorte ? 0 profondeur des secrets d'un Dieu * ! vous enlevez ceux à qui il vous plaît de les manifester, qui sont ordinairement les plus petits et Jes plus méprisés des hommes.
Ne vous violentez pas pour prendre un temps d'oraison: n'y allez point, si le Maître ne vous y convie. Ce n'est point à vous à prendre de ces temps ; cela appartient aux hommes qui se conduisent eux-mêmes, mais non aux petits entants, qui ne savent pas ce qu'on leur fait faire.
Il n'est pas le temps des épreuves. Soyez persuadé que vous n'en aurez qu'autant que vous serez homme fort. Les enfants, qui cèdent et se laissent mener sans raisonnement, comme l'on veut, et qui ne font nulle attention à ce qu'on leur fait faire, n'ont point toutes les peines qui arrivent dans les voies de l'esprit, qui ne viennent que de propriété, de résistance, ou faute de gens, qui, ayant marché les premiers par les routes impénétrables
i. Sur cette formule d'adjuration, cf. p. i et n. 4.
a. Souvenir de l'épître de la Trinité. Mme Guyon résume ici le commentaire qu'elle en a fait, îoc. cit., t. V, p. 207-208; cf. plus haut Lettre LXIII, p. 106.
164 FÉNELON Et M« GUYON
des volontés de Dieu, aident à y passer. Souvent, croyant bien faire, Ton se nuit beaucoup.
[a Donner au corps ses besoins » ; ne pas se troubler des mensonges involontaires » ; a aller à Dieu avec un cœur large ».]
J'aime [l'abbé de] L[angeron] dont vous me parlez, sans le connaître, et je crois que tout ira bien. Lorsque les personnes de bon naturel entrent tout de bon, elles font bien. Vous ne sauriez mieux faire pour lui, que d'en user comme vous faites. Il faut insensiblement l'entraîner avec vous dans la pure foi. Voilà un écrit de la foi, qui lui sera je crois utile. S'il vous convient, M. de C[hevreuse) le fera copier, pour le lui donner. Vous pouvez lui donner des écrits ce qui vous plaira. Celui du [Purgatoire1^)] l'instruira et le conduira insensiblement dans la foi. Je ne crois pas que ce soit par politique que vous ne parlez pas le premier de ces matières à M. de [Langeron]2. Je crois qu'il faut plus de simplicité avec lui, car assurément il sera bien à Dieu. Il y a une union de vous à moi, qui s'est liée dans le ciel, pour s'y consommer éternellement. Elle n'est pas moins utile pour n'être pas sensible 3.
Je rends grâce à Dieu et à vous, Madame, de la dernière lettre que vous m'avez écrite. Si vous connaissez quelque chose à quoi je manque et qui arrête les desseins de Dieu sur moi, je vous conjure de me
i. Traité de la purgation de Vdme après la mort ou du purgatoire (Opuscules, édit. cit., t. II, p. a8i-3i4).
a. Texte de Dutoit : M.D.Z. Mais il s'agit certainement de l'abbé de Langeron ; cf. en effet ce que dit Fénelon ' de son ami à la fin de la lettre précédente : « Je ne lui parle jamais le premier sur cette matière ».
3. Cette lettre, répondant à la précédente, doit être du 10 ou n juin.