‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 216 sur 294 · Texte de Dutoit : ta · texte numérisé non relu

Texte de Dutoit : ta

surpris des choses auxquelles on me prépare, il arrive d'ordinaire que je les ai dans l'esprit, avant qu'on me les dise1. Cela fait que j'y parais peu sensible, quand on me les explique. Je ne pais même m'em pécher de croire que je vois clairement les principes de bien des choses, que vous ne me direz qu'après longtemps. Mais n'importe, je ne veux rien prématurer*, et je ne dis tout ceci, que pour vous montrer que vous devriez être plus simple et plus hardie pour toutes les choses qui sont de mon degré. Vous me mandez que c'est à moi de commander. Hé bien, je le veux, et je commande de tout mon cœur que vous soyez plus libre. Si vous ne le faites, vous manquerez et à Dieu et à moi3, et vous me nuirez.

Pour M. de B[eauvillier] 4, je lirai et relirai ce que vous me mandez, quoique je l'ai déjà lu et compris, ce me semble ; après quoi, je profiterai de la première ouverture de lui parler plus hardiment que

i. Cf. Lettre du 26 juillet, p. 226 et n. 3.

2. C'est à ma connaissance Tunique exemple de ce mot. Ce barbarisme est du reste très naturel. On peut même dire qu'il manque à la langue. Fénelon dira ailleurs, en exprimant les mêmes idées, sous une forme plus correcte, mais moins juste : « Il ne faut rien précipiter. » {Lettre à la comtesse de Montberon du 19 octobre 1709, t. VIII, p. 702, g.)

3. Lettre à la comtesse de Montberon du 29 janvier 1701, t. VIII, p. 628, g : « Vous manqueriez à Dieu et au saint par ce défaut de simplicité. » Cf: encore, à la même, lettre da i3 février 1709, id., p. 698, d.

U.. Paul de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, né en octobre 1668, destiné d'abord à l'église, puis, après la mort de son frère aîné, pourvu de la charge de premier gentilhomme de la chambre, était devenu duc et pair en 1679 par la démission de son père, qui lui laissa son titre de duc de Saint-Aignan ; mais il ne prit que celui du duc de Beauvillier. On sait que c'est lui qui fut nommé gouverneur du duc de Bourgogne.

vous ne faites avec moi. Mais, pour le faire, il faut que j'attende une occasion de le voir. Quelle apparence d'aller contre ma coutume à V[ersailles] ,dans un temps où une affaire est dans sa crise, et où beaucoup de gens s'imaginent que j'ai des prétentions l. M. de B[eauvillier] même n'en serait pas édifié et en aurait de la peine ; d'ailleurs quand je le vois, c'est pour un moment, et il est toujours pressé de me parler d'autres affaires, qu'il croit importantes à son extérieur. N'importe, je romprai simplement à la première occasion. De plus en plus tout à vous sans réserve en Notre-Seigneur*, et avec une reconnaissance que lui seul connaît. Ce 4 juillet 1689 8.

Il me semble que toute crainte 5 me fût levée lundi à la messe, et que je n'en puis plus avoir avec vous. Je ne prétends pas, Monsieur, que vous fassiez un pas exprès pour aller trouver M. de B[eauvillier], mais que vous vous serviez de la première occasion, que Dieu ne manquera pas de vous fournir. Je ne croyais pas vous avoir mandé qu'il fallait y aller exprès. Du moins je ne l'ai pas prétendu, car cela n'aurait plus le même effet. Je vous prie seulement de rompre la glace avec lui. Non

1 . Il s'agit sans doute de V « affaire » du préceptorat des princes.

a. Lettre à la comtesse de Montberon du 27 octobre 1709, t. VIII, p. 702, d : « Dieu sait combien il me fait être tout à vous sans réserve. »

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