‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 219 sur 294 · Même sentiment dans la Lettre XIII; cf. p. 45 et n · texte numérisé non relu

Même sentiment dans la Lettre XIII; cf. p. 45 et n

F^NJELON A M- GUYON 194

pour m'occuper de Dieu. Malgré cette sécheresse, cette langueur et cette distraction^ la solitude et le silence me soulagent. Je suis content, pourvu que je sois seul dans ma chambre, à m'amuser à des riens, comme un enfant1. Il y a céans un enfant de deux ans et demi, avec lequel je joue quelque fois un moment2; mais pour les grandes personnes, elles m'incommodent : je ne sais que leur dire ; leurs discours me déplaisent. Je trouve néanmoins que, quand il faut que j'aille en certains lieux et que je parle pour le besoin, je me ranime. Si je raisonnais sur cet état de langueur et d'impuissance, je ne me croirais propre à rien. 11 me semble que Dieu veut m'atterrer et me faire invalide, avant que de me mettre en œuvre. J'ai sur tous les desseins connus et inconnus de Dieu un certain amen continuel au fond du cœur pendant tout mon silence3.

Pour l'union avec vous elle est intime, et, quoique je ne puisse, dans mon degré, correspondre avec tout ce que Dieu vous donne pour moi, j'ose me rendre ce témoignage que je fais à proportion autant que vous. J'attends votre réponse sur les choses que je vous ai

i. Cf. Lettre du 9 juin 1689, p. 161 et n. 2.

2. Mme Guyon a fait allusion à cet enfant dans sa lettre du 1 5 juin, p. 173 et n. 2.

3. « L'habitant de la cité sainte porte au fond de son cœur un fiai et un amen continuel » .(Lettres spirituelles, t. VIII, p. 572, g); « Il faut chanter dans votre cœur cet amen... dont retentit la céleste Jérusalem ; c'est un acquiescement continuel à la volonté de Dieu » {Id,, id., p. 539, d); cf. encore Instructions, t. VI, p. 167, g, et plus haut Lettre XXVIII, p. 75 et n. 6.

mandées, touchant M. deBfeauvillier]1. Ne ménagez rien, et dites-moi tout ce que vous croyez que je doive faire. Je vais pour deux jours à la campagne avec M. de P[aris(?)]. Ce 5 juillet 1689.

Peut-être m'attendrez-vous ou m'auriez-vous cherchée. C'est pourquoi j'ai cru devoir vous avertir que, quelque besoin que j'aie de vous parler, je ne le pourrais devant3 lundi. Car j'ai été trente heures aussi mal que l'on puisse d'une fièvre violente avec des redoublements et des douleurs d'entrailles étranges. Les douleurs m ont quittée de hier au soir. Du moins elles sont légères et rares. La fièvre n'est presque plus rien. Le matin il ne me reste que la faiblesse. Je me trouvais déjà si mal mercredi que je ne pus qu'à peine vous répondre, quoique je ne vous témoignasse rien.

Mon cœur a été si uni au vôtre durant toutes mes douleurs, qu'elles n'ont servi qu'à nous serrer plus en Dieu, qui me semble être d'autant plus la vie de l'âme, - non sensiblement, mais très intimement, — que le corps est accablé.

11 y a en vous un feu secret, qui brûle continuellement, quoiqu'insensiblement. 11 n'est jamais un moment sans exercer sur 'vous son activité secrète ; evt, quoique sa flamme ne fasse aucun éclat, il ne laisse jamais un moment son sujet, et il le consume peu à peu, et le transforme insensiblement en lui-même. Cette sourde, mais

Page 1