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cette volonté. Il y a même dans cet amour un goût caché, que vous n'apercevez peut-être pas à cause de sa délicatesse, et qui est un très grand réveil pour la volonté : ce qui me fait voir, qu'elle n'est pas si sèche que vous dites, quoique la nudité yous la fasse paraître telle.
Il y a peu de personnes que Dieu se prépare comme vous, pour en faire ce qui lui plait et pour vous manier à son gré. Il affaiblit chaque jour vos résistances et vos forces. Dieu tient continuellement votre cœur auprès du mien, et me, fait connaître et goûter les opérations toutes d'amour sur vous, à mesure qu'il vous les cache à vousmême par un effet de ce même amour ; et, en vous les cachant et me les découvrant, il veut que je vous les dise. De sorte que j'ai un goût et une manifestation continuelle de votre cœur, sans que je puisse m'en divertir un moment non plus que de Dieu, qui n'est jamais séparé de vous ni de moi, et qui se manifeste d'autant plus à moi qu'il vous y manifeste davantage i ; si bien que, comme je trouve Dieu incessamment dès que j'entre dans mon fond, je vous y trouve d'une manière qui m'est très nouvelle, et fort intime, car quoique je vous fasse paraître beaucoup d'amitié, j'en ai encore plus ; et cependant je ne puis donner ce nom à ce que j'éprouve pour vous, à cause que cela n'est nullement sensible, ni dans ma volonté, mais c'est une chose qui est mise en moi avec agrément, et d'une manière si intime et spirituelle, qu'il est impossible de le comprendre sans expérience. Cela est cependant si fort, qu'il me paraît que je serais plutôt divisée de moi-même que de vous ; et en même temps si profond dans l'intime de l'âme, qu'il me paraît qu'en mourant je ne changerais point de disposition, et que je vous emporterais de cette sorte dans le ciel, où vous me seriez en Dieu là haut ce que [vous]*
i. Cf. fragment d'autobiographie, p. 6 et n. 3. a . Les crochets sont de Dutoit.
m'êtes ici en Dieu ; et où je ferais incessamment auprès de lui ce qu'il m'y faut faire ici. Je vois que tout ce que l'on me fait faire et souffrir à présent n'est que pour vous ; non que vous m'ayez nulle obligation pour cela, puisque cela est en moi sans choix ni élection, quoique plein d'agrément, parce qu'une volonté souveraine s'est faite ma volonté, après m'a voir enlevé la mienne. Je crois que je vous écrirais sans peine en mourant. Si vous êtes importuné, ne vous en prenez qu'à Dieu * .
LXXX1I. — M™ GUYON A FENELON*
Je vous ai fait réponse8 que je n'avais jamais prétendu que vous fussiez exprès, pour parler à M. de B [eauvillier], mais que vous n'en perdissiez pas l'occasion. J'attendrais à vendredi ; les choses ne changeront pas de face jusqu'à ce temps. Ne vous étonnez pas de votre sécheresse. Tous vos efforts là-dessus ne feraient que l'augmenter. Ce n'est point une longue oraison, qui vous doit appliquer présentement, mais un abandon souple et continuel. Plus vous avancerez dans la foi, plus vous perdrez toute saveur. Ne vous contraignez point, je vous prie ; soignez votre corps. Quoique vous vous trouviez si mort et si différent de vous-même, tout vous sera donné dans l'occasion, selon votre besoin, pourvu que vous ne vous donniez rien par vous-même, vous efforçant de surmonter votre état, pour parler et pour agir. Vous avez raison
i. Comme on l'a vu par la reprise de certains détails, cette lettre est la réponse à la précédente. Elle y avait d'abord répondu, déjà très souffrante, le mercredi 6, par un petit billet perdu (cf. le début de cette lettre et de la suivante). Celle-ci a été écrite après la crise de 3o heures, le 7 ou le 8 juillet.