T. V, Lettre LUI, p
4 « Depuis ma longue lettre écrite, je viens d'apprendre, Monseigneur, etc. » {Lettre au duc de Bourgogne du a4 septembre 1708, t. VII, p. 274, d).
5. La plainte a dû revenir à plusieurs reprises dans les lettres de Mme Guy on à M. et Mme de Chevreuse ; cf. en effet la lettre inédite du 3o septembre i6g3 (Mss de Saint- Sulpice, Ier Recueil Chevreuse, p. 28): « J'aime toujours Bi [c'est-à-dire Fénelon] de tout mon cœur, quoiqu'il ait peu de foi. Je donnerais mille vies pour lui, et il tient chez moi tellement le premier rang que rien ne le peut efTacer. Je sens pourtant bien qu'il n'est pas tout à fait comme je le souhaite, etc. » ; cf. plus haut lettre du 11 juillet 1689, p. 206 et n. 2.
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suis pas pire que vous-même : vous m'avez dit vousmême que vous outrepassiez ces choses sans les juger1, et les donnant simplement telles que vous les ayez reçues, sans décider. Voilà comme je fais. Je ne crois rien ni vrai ni faux. Je ne doute pas même, car je ne juge point du tout, mais j'outrepasse simplement, respectant ce que je ne connais pas. Aussi n'est-ce point du tout par ces choses, — non pas même par celles qui sont déjà vérifiées', — que je tiens à vous. J'y tiens par la voie de pure foi, très conforme à tous les principes les plus exacts de la doctrine évangélique8, par la simplicité que je trouve en vous, et par l'expérience des morts à soi-même, et de souplesse dans les mains de Dieu, qu'on tire de cette conduite. Tout le reste est au-dessus de moi, et regarde des états dont je suis bien éloigné4. Il me suffit d'être entièrement uni à vous selon mon degré5, et sans regarder plus haut. Mais vous pouvez compter que cette manière d'outrepasser tout ce qui est au-dessus de moi, ne diminue en rien la confiance et l'union.
Quand je ne juge point, il est certain que je ne m'en abstiens jamais avec effort, et par une certaine
i. Cf. Lettre LVI, p. i43 et n. i.
2 . Allusion à la place prédite dans les « anagrammes » ; cf. lettre du 3o avril 1689, p. 122 et n. 2.
3. « L'oraison que Dieu vous fait éprouver est très conforme à l'Évangile » {Lettre au P. Lami du 2 octobre 1710, t. VIII, p. 6^9, g).
4. « Voilà ce que j'imagine sur un état que je n'ai pas éprouve » (Lettre dn 11 mai 1689, p. i38).
5. « Votre amie est bonne selon son degré » (Lettre à la comtesse de Gramont du 2 4 juin 1703, t. VIII, p. 662, g) ; cf. encore Lettres spirituelles, t. VIII, p. 544, d et 55i, g.
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prudence naturelle. Non, je crois simplement toutes ces choses très faciles à I}ieu et par conséquent très croyables. Je ne compte pour rien la sagesse humaine1, qui s'en moquerait, et je suis ravi de devenir enfant sur tout cela ; mais je ne vois pas de quoi juger sur les faits particuliers, et je n'ai pas besoin de le faire. Ce que je crois me suffit pour les biens que j'ai à tirer de vous, sans aller rechercher des motifs d'en croire davantage. Je vous avouerai de plus, que je me sens porté à croire que vous vous trompez quelquefois sur les gens et sur leur disposition, quoique je ne croie pas que vous vous soyez trompée sur moi : c'est là une tentation que je vous ai avouée plusieurs fois. Elle va de temps en temps jusqu'à craindre que vous n'alliez trop vite, que vous ne preniez toutes les saillies de votre vivacité pour un mouvement divin, et que vous ne manquiez aux précautions les plus nécessaires2. Mais, — outre que je ne m'arrête pas volontairement dans ces pensées, — de plus, quand je m'y arrêterais, elles n'y feraient rien, ce me semble, centre le vrai bien de notre union, qui est la droiture et la voie de pure foi et abandon, où je veux vous suivre. Quant aux affaires temporelles, j'aurais peine à croire que vous ne fissiez pas de faux pas. Peutêtre Dieu vous tient il à cet égard dans un état d'obscurité et d'impuissance, pendant qu'il vous
i. Cf. Lettre XXXIX, p. io3 et n. 2.
a. Cette crainte répond bien au caractère « précautionneux » que Fénelon a déjà reconnu dans d'autres lettres ; cf. Lettre du 1 1 juillet 1689, p. a 06, Lettre V, p. 26 et n. 1. •
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«Vlaire sur le reste. Encore une fois, je suis infiniment uni à vous au delà de tout ce que je puis dire et comprendre. Ce 16 octobre 1689.
J'arrive tout présentement d'un grand voyage, je dis présentement, puisque je n'ai eu que le moment de repos depuis mon arrivée. Je vous dirai, pour répondre à cette première lettre2, que c'était un songe que j'expliquais à Mme de C[hevreuse],où je vous disais en rêvant que vous n'aviez pas de foi en moi, et que vous me l'aviez avoué ; c'était pour la divertir que je lui contais ces fariboles. Jugez si je suis assez folle, pour vouloir que vous ayez de la foi en un néant. Vous êtes toujours bien, lorsque vous êtes comme Dieu vous fait être pour moi ; je suis très unie à vous en Notre-Seigneur. Il le sait, puisqu'il le fait. J'avoue que je réussis mal dans les affaires temporelles, ce qui se vérifie assez bien par leurs mauvais succès3 ; mais je connais clairement que c'est pour hésiter plus que sur les autres, pour trop demander conseil, trop donner au respect humain et à la condescendance, ne suivant pas 4 un je ne sais quoi, dans le fond, qui me redresse toujours. Il faut porter les suites des croix attachées à mon peu de courage.
Je vous dirai simplement cependant que, pour les au-