‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 269 sur 294 · Sans doute au duc de Ghevreuse · texte numérisé non relu

Sans doute au duc de Ghevreuse

4. Pour cette lettre et pour les suivantes non datées, je conserve presque partout Tordre du manuscrit de Dutoit. Les garanties qu'il présente sont, comme on l'a vu jusqu'ici, minimes. A défaut d'autres pourtant, on ne saurait les négliger. Il est certain, par exemple, que cette lettre est postérieure à l'entrée de Fénelon à la Cour, comme le prouve l'allusion à son « emploi » ; cf. Introduction, I, § III, p. xxvii.

5. Discours chrétiens et spirituels, t. II, Disc. LIV, p. 327-9.

autre chose par son opération, que de dissiper les obstacles.

[Lès âmes réagissent différemment sous L'action de Dieu, selon qu'elles se laissent exposées paisiblement h ses rayons ou qu'elles interposent des nuages entre elles et lui.]

11 me paraît à- l'égard du pur amour, qu'on ne démêle point assez ce que c'est que les trois vertus théologales, en sorte qu'on fait comme un mélange de l'amour d'espérance et de la parfaite charité.

On peut avoir et ia foi et l'espérance, sans avoir la parfaite charité : mais, sans avoir Tune et l'autre de ces vertus, on ne peut avoir la même charité ; ainsi, loin de les exclure, elle les renferme en elle-même.

[La charité sans intérêt ni crainte.]

D'où vient que le parfait amour chasse la crainte 2 ? C'est que la crainte ordinairement a un rapport à soi. Il n'y a que la crainte filiale qui rejette tout rapport à soi, laquelle peut subsister avec la charité, et c'est une crainte chaste de ne pas assez plaire au Bien-aimé : mais elle est sans trouble. Toute chaste pourtant et toute paisible que soit cette crainte, elle est encore surpassée par la charité : elle n'est pas rejetée comme la première, mais outrepassée ; parce que la pure charité outrepasse toutes choses, pour se perdre dans son divin objet '.

[La charité demeure éternellement et ne s'arrête qu'en Dieu même.]

i. M., t. II, Disc. XLVIII, p. 286-290.

a. I Jean, IY, 18. La citation est reprise par Fénelon (Lettre à la comtesse de Montberon du 17 septembre 1691, t. VIII, p, 60/4, d).

3. Sur la conception quiétiste de la « crainte de Dieu », cf. la lettre de Fénelon du 10 octobre 1689, p. 290 et n. 1.

:m FÉNELON ET M« GDYON

Le pur amour est si droit, qu'il ne se recourbe jamais l, il est si impétueux, que rien ne retarde sa course; il est si subtil, qu'il ne peut subsister que dans sa fin ; il s'entretient et se nourrit de soi-même; il n'a aucun repos qu'il n'ait dépouillé et détruit son sujet, lui ôtant tout bien, quel qu'il soit, qui pourrait le terminer ou lui servir d'empêchement. Il est tel, qu'il faut ou qu'il détruise et consume les obstacles avec impétuosité, ou qu'il quitte le sujet qui le veut arrêter, afin de se perdre dans sa fin.

Le pur amour est souverain et jaloux : sa jalousie le rend cruel, sa souveraineté ne souffre point de partage, il exerce son empire de telle sorte, qu'il s'enflamme et s'irrite par une répugnance, et ne souffre point de compagnon. 11 est impitoyable et cruel, et cependant impassible et indivisible. 0 amour, de qui je ne puis rien dire, consume les cœurs où je voudrais t'envoyer !

[Le pur amour ne se soucie point de son sujet, mais seulement de m>ii divin objet.]

Je vous avais écrit une assez grande lettre... Mais comme je suis un peu brouillon, je l'ai écartée8 dans mes papiers, et je la cherche depuis hier, sans pouvoir la trouver. J'ouvre à Dieu toute l'étendue de mon coeur, pour recevoir, cet esprit de petitesse et d'enfance

i. Fénelon, Instructions, XX, t. VI, p. 1 17, g ; « un amour encore un peu mêlé et recourbé sur soi » ; cf. Lettre III. p. 18 et n. 2.

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