INTRODUCTION XCIII
pour être un vainqueur ; et il semblerait qu'il n'ait eu ses premiers triomphes que pour sentir plus âpre l'amertume d'être partout un vaincu : « Il faut être vaincu1 », disait-il à Mme Guyon avec une tristesse résignée, Mais chacune de ces défaites était une étape dans la victoire progressive de son idéal sur son tempérament, de « l'Kvangile éternel » qu'il avait reçu de son amie sur les désirs mondains d'une humanité trop vivante. Une à une son amour de Dieu toujours plus sincère et plus prenant éteignait en lui toutes les ardeurs terrestres, comme dans sa cathédrale « à l'office du chœur, le grand éteignoir, promené par la main d'un de ses chapelains, éteignait tous les cierges par derrière l'un après l'autre2 ».
Ainsi s'est réalisée à travers cette vie la prédiction de Mme Guyon, que « Dieu le lui avait donné, pour le faire mourir par l'opposition de son naturel3 ». Il voulait chercher Dieu, mais il ne savait chercher que soi. Les événements, qui ne ménageaient à son orgueil ni les blessures ni les mutilations, le ramenaient toujours vers Dieu par la souffrance* ; et c'est vers lui enfin qu'il est resté tendu dans la foi et dans l'amour. Sa vie a été une course ardente, souffrante et sinueuse vers le Dieu caché. Il est accouru d'abord « à l'odeur de ses parfums5 » et l'a suivi a à la piste 6 ». Il a trouvé une route obscure et une « nuit sans étoiles7 ». Il a hésité, tâtonné, erré, reculé. II s'est senti triste et las ;
i. Poésies, n« V, p. 343.