‹ Fenêtres et jalousiesChapitre 2 sur 17 · SCÈNE PREMIÈRE JOSUÉ, FERNAND · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE JOSUÉ, FERNAND

JOSUÉ, à la fenêtre de gauche. Musique de scène.

La fenêtre est entrebâillée... ça veut dire que ma charmante voisine me permet de venir lui rendre visite.

FERNAND, à la fenêtre de droite.

La croisée de Florestine, ma jolie voisine, n’est pa< fermée, cela veut dire que je suis attendu.

JOSUÉ, l’apercevant.

Une tête d’homme, c’est étrange !

FERNAND, do même.

Un masculin, c’est singulier!

JOSUÉ, riant.

Ah ! quelle bonne tête !

FERNAND, de même.

Quel drôle de pif!... Si je criais au voleur, il se sauverai peut-être!... (criant.) Au voleur!...

JOSUÉ

Taisez-vous donc ! Je ne suis pas un voleur, je suis le voisin de gauche de mademoiselle Florestine.

Comme ça se trouve ! Je suis son voisin de droite, escalier R.

JOSUÉ

Et moi, escalier... la lettre avant!

FERNAND

La lettre avant?... (Riant.) Ah I très bien! Monsieur, est-ce que vous ôtes à votre aise ?

JOSUÉ

Non, je n’ai pas le sou!

FERNAND

Moi, je vous avoue que je suis très gêné sur le rebord de cette fenêtre. Si j’osais vous prier dç prendre la peine d’entrer ?

JOSUÉ

Je répondrais... entrons... ça entre assez dans mes vues... sautez le premier !

(ils sautent dans la chambre. La musique cesse.)

FERNAND, en charge.

Vous, qui de l’hospitalité Violez si dignement les lois...

Pourriez-vous me dire, monsieur, ce que cette fenêtre ?

JOSUÉ

vous faisiez sur

C’est positivement la question que j’allais avoir l’honneur de vous adresser.

FERNAND

Mon Dieu ! j’y venais probablement pour le même motif que vous.

JOSÜÉ.

Je suis fou de mademoiselle Florestine, je ne ferme pas l’œil de la nuit... excepté pour dormir... et je viens ici pour lui montrer ma langue.

FERNAND

Vilain spectacle, monsieur.

JOSUÉ

Je lui montre ma langue à l'œil... c’est-à-dire pour rien Ilomme des toits, sachez que je m’occupe de belles-lettres.,- Je suis peintre de lettres... un état élevé.

FERNAND

En effet... très élevé, puisqu’on l’exerce en haut d’une échelle. Mais, comment connaissez-vous mademoiselle Florestine, la plus jolie blanchisseuse de fin du quartier?

JOSUÉ

Il y a un mois, avant mon départ pour Longjumeau... (Je peux"bien vous dire ça à vous que je vois pour la première fois.) Je lui montrais a confectionner de jolis bâtons ; je suis son professeur de bâton, (il montre un cahior qu’il prend sur la table.) Autrement dire : d’écriture !

(il repose son cahier. )

FERNAND

Il y a un mois que vous ne l’avez vue?... Eh bien, mon cher, apprenez donc que, depuis, elle a fait de grands progrès avec votre serviteur, (il passe à la table et prend un enhier.) Il y a trente jours que je lui apprends à griffonner des A, des A énormes, avec une grosse panse.

(il repose le cahier.)

JOSUÉ

Ohl je suis supplanté 1 Oh 1 oh 1 oh 1

FERNAND, chantant.

Qu’il était beau Le postillon de Longumeau!

JOSUÉ

Vous ôtes gai, Monsieur Panse d’A.

FERNAND

Très gai,môme. Monsieur Gros-Bâton!... Est-ce qu’il y a longtemps que la fenêtre de mademoiselle Florestine vous est ouverte?

JOSUÉ

Six semaines, sur lesquelles il faut supprimer un mois que j’ai passé à illustrer la façade d’une pharmacie de Longjumeau.

FERNAND

Rien que la façade?

JOSUÉ

Pourquoi cette question?

FERNAND

Dam!... chez un pharmacien... on aurait peut-être pu vous faire barbouiller autre chose que le devant.

JOSUÉ

Ne m’échauffez pas les oreilles, ou je retourne chez ce pharmacien chercher des armes.

FERNAND

Chez l’apothicaire? Des armes?...

JOSUÉ

Non, Monsieur. Je lui fais confectionner deux boulettes : l’une, empoisonnée, pour vous, et l’autre à la vanille pour moi!

FERNAND

Vous ôtes fou!... Voyons, faisons plutôt connaissance. Comment vous appelez-vous ?

JOSUÉ

Je m’appelle Josué.

Josué ?... Celui qui...

FERNAND

JOSUÉ

Non! vous n’y êtes pas !... Ne pas confondre avec le fameux gendarme de l’antiquité... Je n’ai jamais arrêté le soleil!... Comme je vous l’ai renarré, je suis peintre; et

Je suis étudiant en droit... oui, je fais mon droit de travers, ei... depuis trente jours je loge fenêtre à fenêtre près de notre gentille voisine. Un matin qu’elle arrosait ses fleurs, je lui proposai ma compagnie. D’abord elle me ferma la fenêtre sur l’aquilin, puis elle se ravisa et m’accepta à titre de maître d’écriture et je lui ai fait faire des progrès.

JOSUÉ

De quelle façon, Monsieur Panse d’A ?

FEKNAND.

Il ne s’agit que d’écriture, Monsieur Gros-Bâton. Ali ! au lieu d’être une pauvre ouvrière, si c’était une jeune fille du monde... combien de demandes en mariage pleuvraient sur sa famille !... Mais, elle n’a pas de famille I

JOSUÉ, attendri.

Moi, non plus, je n’ai pas de famille. J’ignore ma souche. Moi aussi, j’exerce les fonctions d’orphelin... je suis Josué, tout court. Josué tout pané, tout débiné, tout ratatiné, rien dans les mains, rien dans les poches, rien sur l’extrait de naissance.

FERNAND

Vraiment?

JOSUÉ

CHANT

Oui, ma naissance est un mystère, Un arcane, un mythe à chercher, Je n’ai pas gros comm’ça de père,

C’est gênant quand j’veux m’épancher.

Quand j’y pens’ ça m’met en colère!

Entre nous, c’est fort embêtant :

Ça m’surprend peu d’n’avoir pas d’père Quand j’vois qu’ des enfants en ont tant. } Je puis bien n’avoir pas d’père Quaud j’vois qu’ des enfants en ont tant.

FERNAND

Ah 1 que je vous plains !

JOSUÉ

Vous êtes bon, VOUS î... (il reut l'embrasser.)

FERNAND, le repoussant.

Oui, je suis bon, mais ma bonté ne va pas si loin que çal

JOSÜÉ.

Ilélas ! si j’avais un nom de famille pour reposer ma tète... fût-ce même celui de Panuchon ou de Ralatouillet, je dirais à Florestine : Soyez madame llatatouillet !

FERNAND

Elle, votre femme? Vous, le mari de cet ange?

JOSUÉ

Moi, la femme de cet ange... non! Elle, le mari de cet ange... non 1 Je m’y perds!... (il passe.) Ce que c’est que l’émotion!... Mais si jamais mon noble père se déclare...

FERNAND

Vous connaissez donc votre père?

Pas tout à fait... mais ça va venir, car les camarades d’atelier viennent de m’apprendre... (Je peux bien vous dire ça à vous que je vois pour la première fois.) Ils viennent de m’apprendre qu’un superbe monsieur, en grand équipage,

était venu me demander chez mon patron tandis que j'étais à Longjumeau. Il a laissé son adresse, lisez!

(il lui montre une gronde enveloppe, dans laquelle il y a une petite carte.)

FERNAND, lisant.

Se présenter : Ilôtel des Quatre-Vents, quai des Morfondus, demander M. de Panoufki.

JOSÜÉ.

Ça ne peut être qu’un père qui s’appelle Panoufki. J’ai sans doute dans mes veines du noble sang des Panoufki!...

FERNAND

Yous êtes peut-être allié aux calorifères Scliouberski !...

JOSÜÉ.

Mon cœur brûle de joie!... Ah ! c’est que pour éteindre les dettes d’un Schouberski, il faudrait un rude pompier!

(Voyant Fernand mettre la carte dons sa poche et la lui reprenant.) Ah !

mes papiers de famille !

J’entends notre voisine qui monte l’escalier, Rangeonsnous chacun devant notre fenêtre respective.

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