‹ Ferdinand Raimund - Le Paysan MillionnaireChapitre 3 sur 4 · SCÈNE UNE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNE

Pustarius, Ajaximok, Zenobius, Antimone, Boremax, Selima, Zulma, la Nuit, le Matin, le So, d’autres personnages allégoriques.

Une grande salle de fête, illuminée par des lampes magiques de différentes couleurs, fixées sur des candélabres, qui ornent les panneaux du décor. Au fond, une grande porte en forme d’arc dissimulée par un rideau bordé d'or ; les magiciens et les fées sont assis en cercle, servis par quatre génies descendant du ciel en livrée ailée ; ils apportent de temps à autre des plateaux d'argent garnis de gourmandises, puis s’en retournent au ciel avec les plateaux vides. Au milieu du théâtre, quatre esprits - deux violons, un alto et un violoncelle - interprètent sur des instruments dorés devant d'élégants pupitres, un quatuor Le jeune Boremax en soliste au violon. Deux furies et un triton l’accompagnent. Ce quatuor dialogue avec le chœur :

CHŒUR DES MAGICIENS ET DES FÉES. — Quel concert magnifique Cette musique vous prend aux tripes Piètre pianotage, PAmphion !

Triste harpiste, même l’Apollon ! Quand on écoute de tels artistes, Bravo bravo, quels rhapsodistes.

Bravo bravo (Decrescendo.) Bravo bravo.

Applaudissements nourris. Les quatre esprits posent leurs instruments et s’inclinent. On emporte les partitions. « Bravo, Bravo. »

ZENOBIUS. — Bravissimo, Messieurs ! Quelle belle exécution, vous surtout.

Il désigne le triton.

PusTARIUS. — Ysten nuzek', beau quatuor ça, qui avoir composté ? ZENOBIUS. — L’adagio est d’un dauphin.

PUSTARIUS. — Et le furioso ?

ZENOBIUS. — D'une furie.

PUSTARIUS. — C’est bien, ça, furie parfaite pour faire furioso. BOREMAX. — Maman, moi, personne ne me félicite.

ANTIMONE. — Mais tais-toi.

PUSTARIUS. — Le jeune seigneur jouer pas trop mal non plus.

ANTIMONE, ayant pendant ce temps essuyé la sueur sur le front de son fils. — Pas trop mal ? Vous m’excuserez, mais vous frôlez lincident diplomatique, vous devez dire sublime, magnifique, il est le premier violoniste de tout le royaume des fées, c’est moi qui vous le dis.

ZENOBIUS. — Au fond, c’est d’abord les autres qui devraient le dire, et après seulement vous. {À part :) La vanité de cette femme me tape sur le système.

ANTIMONE. — Non, c’est moi qui dois le dire, moi, c’est mon unique enfant ! Qui serait capable de le juger de manière plus impartiale que moi, sa mère. Bien qu’en raison de ma jeunesse et de mes attraits, jamais on ne devinerait que je suis sa mère.

PusTARIUS. — Non, j'aurais prise vous pour grand-mère.

ANTIMONE. — ‘Trêve de plaisanterie, vous n’avez pas idée combien ce garçon me coûte ?

PusrARIUS. — Moi je ne donnerais pas huit kreutzers pour lui.

ANTIMONE. — Il a comme professeur l’un des tout premiers maîtres du monde, que je fais chaque jour monter depuis la terre avec mon carrosse de nuages ; pour chaque leçon, je paie deux cents schillings.

1. Ysten nuzek : hongrois, «Isten uccse», Nom de Dieu. Pustarius parle avec l’accent hongrois

(NaT)

ZENOBIUS, à part. — On va la faire enrager. (À Antimone :) Ga ne sert à rien. Son doigté est parfois. apoplectique.

BOREMAX. — Oui, moi aussi, j’ai eu cette impression.

ANTIMONE. — Comment ça, apoplectique, apoplectique ? Ce n’est pas de sa faute, c’est vous qui avez l’ouïe apoplectique. (Boremax pleure.) Gessez d’humilier mon enfant. Pouah, mon Boremaxi, faut pas pleurer, tu entends, faut même pas leur prêter l’oreille, à ces épouvantails.

BOREMAX. — Bien sûr, qu’ai-je à faire d’eux, ils sont bien moins doués que moi.

ANTIMONE. — Oui, mon garçon, ça c’est bien, là tu es sage. ZENOBIUS. — Ça c’est bien, ah ça me plaît, ça !

PUSTARIUS. — Ça c’est bonne éducation, des douceurs au garçon et des ducats au maître.

ANTIMONE. — Et tu apprends à souffler dans la clarinette, et dans le cor anglais. Parfaitement. Attendez voir, à force de souffler, il va finir par m'élever dans les airs pour de bon.

PUSTARIUS. — Pas la peine, vous êtes assez boursoufflée comme ça. ANTIMONE. — Arrêtez de m’offenser, ou je quitte la réception — Elle va pour sortir

ZENOBIUS. — Mais restez. Lakrimosa nous a-t-elle convoqués pour que nous nous disputions ? Elle va faire son apparition d’un instant à l’autre ; le temps d’accueillir son cousin qui vient d’arriver de Donaueschingen ; comme personne n’est autorisé à loger au palais, il est descendu comme vous autres à l’Auberge des Sorciers.

ANTIMONE. — D'accord, par politesse, je veux bien rester, mais je ne saurais supporter les affronts en silence.

PusTARIUS. — Voilà femme trop aimable, si un jour moi marier, > ) j'en prendrai pas une autre, mais elle non plus.

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