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nua que cette réunion serait beaucoup plus facile que l'établissement d'une république distincte, avec un fils du prince d'Orange pour stathouder. Tout cela était assez clair, et il n'en fallait pas davantage pour encourager Van der Noot, auquel les destinées de sa patrie semblaient être fort indifférentes, pourvu qu'il parvînt à se venger du gouvernement autrichien.
Le cabinet de La Haye ne se borna point à ces encouragements donnés à la trahison et à la révolte par un des hommes les plus considérables du parti orangisle : il voulut agir activement dans les négociations que Van der Noot devait tenter d'ouvrir avec les cours de Prusse et d'Angleterre. Un mémoire du grand pensionnaire fut adressé au baron Van Reede, qui se trouvait à Berlin, pour le communiquer aux ministres de Sa Majesté prussienne. On commençait par rappeler assez longuement, dans ce mémoire (i), toutes les circonstances qui avaient engagé les puissances maritimes à faire de la Belgique une barrière contre les entreprises de la France; on ajoutait que, depuis lors, la politique de TAutriche avait changé ; que cette puissance, étant devenue l'amie de la France, n'offrait plus les mêmes garanties ; on en concluait que le sort des Pays-Bas ne pouvait être indifférent aux puissances opposées de vues et d'intérêt à l'Autriche et à la France, et l'on finissait par l'examen de la conduite à tenir en présence des troubles qui agitaient nos provinces. La question était posée et divisée de cette manière : « 1" Comment les puissances intéressées agiront-elles dans les circonstances présentes? 2"* A quel but importe-t-il de diriger les mesures à prendre? » Une double solution répondait à ces questions, dans les termes suivants:
« 1° La fermentation règne dans les Pays-Bas, mais il n'est pas notoire que les mécontents aient un plan fixé, et ils manquent également de chefs habiles et d'autorité légale qui servent de centre de réunion, ce qui donne lieu de présumer qu'il se pourrait bien qu'une révolution finirait par le triomphe des forces militaires sur des masses mal organisées. Par conséquent, il
(i) Résumé des négocicUions , etc., déjà cité , pp. 57 et suivantes.
serait imprudent de se com{»romettre Tis-à-yis des mécontents, d'autant plus qu'un événement, prévu depuis quelque temps (i), s^tnble devenir probable et devoir changer la face des affaires. Ce qui reste donc à faire est de faire donner, sous main, aux mécontents, l'assurance que les puissances garantes et intéressées n'abandonneront jamais les intérêts des Belges, s'ils tiennent une conduite sage et modérée. Dans le cas qu'on s'aperçoive que les mécontents agissent avec suite, et qu'ils veulent se laisser diriger par les puissances alliées, celles-ci pourraient aller plus loin, et offrir leur médiaticm à l'Empereur. Il est surtout nécessaire que les envoyés des alliés à Paris soient autorisés à faire entendre à la cour de Versailles qu'une intervention armée des Français ne saurait être tolérée.
c On pourrait aussi attendre le cours des événements; mais il faut empêcher, en tout cas, que l'Empereur ne réduise les mécontents à l'aide de troupes étrangères , et , s^il le tente , les puissances maritimes doivent s'y opposer de toutes leurs forces.
c 2^ La première mesure qu'il importe de prendre est l'établissement d'un concert secret entre les puissances alliées, afin de se soutenir réciproquement et d'exécuter conjointement les mesures que nécessiteront les circonstances du moment. Il parait que les mécontents penchent à se déclarer indépendants; quet-ques-uns désirent une réunion aux ProvinceS'Unies ; d'autres veulent se constituer d'après le modèle de la république ; mais Tun et Tautre de ces plans présentent de graves inconvénients : l'un parce que le nouvel État ne pourrait probablement pas se soutenir, l'autre parce que l'intérêt de la république et la nature de la chose elle-même semblent s'y opposer.
c De tout ceci paraîtrait résulter que le principal but des puissances alliées doit tendre à obtenir l'assurance que les Pays-Bas ne serviront jamais, directement ou indirectement, par traité ou par influence , à l'agrandissement de la France. Cette assurance pourrait être obtenue par les puissances alliées , de diverses ma-
(I ) La mort de Josqih n.
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nières, entre autres : 1** par la cession des Pays-Bas à une maison capable de les défendre^ et dont ta politique ne laisse aucun doute par rapport à son opposition aux vues de la France; 2* par le maintien de la souveraineté des provinces belges dans la maison d'Autriche, sous la condition que cette souveraineté ne puisse jamais être réunie à la couronne impériale , et que le souverain des Pays- Bas consente à donner satisfaction aux alliés, sur les différents points que leur sûreté exige de modifier.
« Le choix entre ces deux partis est difficile; un événement qui ne paraît pas devoir être très-éloigné , pourrait influer sur cette décision et déterminer la marche à suivre par les puissances alliées. »
L'événement prochain auquel il était si souvent fait allusion dans ce mémoire, était la mort de Joseph IL Depuis plus de six mois, la santé de TEmpereur était altérée. Après plusieurs chutes et rechutes, ce prince en avait essuyé une plus inquiétante que les autres, vers la fin du mois de mars. Il avait été contraint de s'abstenir de tout travail et même de garder le lit pendant quelque temps. Cependant, la santé de l'Empereur semblait être rétablie; Sa Majesté avait repris ses travaux , lorsque, dans la nuit du 13 au 14 avril, elle fut subitement attaquée d'une toux plus violente que de coutume , toux qui fut accompagnée d'un crachement de sang considérable. Ces symptômes reparurent ensuite à diverses reprises, et d'une manière si effrayante que, sentant lui-même tout le danger de sa situation, Joseph II s'était fait administrer les secours de la religion. Cette cérémonie s'était faite, avec beaucoup d'appareil, dans la matinée du 16 avril. Depuis lors, la santé du prince s'était un peu améliorée; mais il était de notoriété publique qu'il continuait à être atteint d'une maladie très-dangereuse. Les allusions du grand pensionnaire Van de Spiegel à un événement qui paraissait ne pas devoir être irès'ébignéy n'avaient donc rien d'extraordinaire ni d'étonnant.
La maladie de Joseph II était généralement attribuée aux fatigues qu'il avait essuyées dans sa dernière campagne contre les Turcs, et cette circonstance lui donnait un intérêt européen :
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car à cette époque aussi la politique avait sa question d'Orient ; Texistence de Tempire ottoman était menacée par la Russie et l'Autriche, coalisées pour le détruire. Le monde entier avait les yeux fixés sur cette grande entreprise, et si la France et FEspagne semblaient y applaudir , la Grande-Bretagne , la Prusse et les Provinces-Unies faisaient de puissants efforts pour en empêcher la réussite. Cette triple alliance ne se bornait pas à soutenir le courage de la Porte ottomane ; elle s'attachait à créer des embarras aux deux empires. Déjà l'on avait vu la Suède attaquer la Russie, au moment où celle-ci se disposait à faire passer une escadre dans la Méditerranée, et le langage des puissances maritimes, celui de la Prusse surtout, avait suffi pour empêcher le Danemarck d'agir contre la Suède, malgré les traités qui l'unissaient à Fempire moscovite. D'autre part, la diète de Pologne semblait repousser ses anciennes liaisons avec la cour de Saint- Pétersbourg et vouloir en contracter de nouvelles avec la cour de Berlin. Déchiré par les factions, ce malheureux pays n'était pas loin de se jeter dans les bras de la Prusse, pour échapper à une influence dont le poids lui paraissait insupportable.
Quant à l'Autriche, la Prusse lui était ouvertement hostile, et semblait même chercher une occasion de rompre avec cette puissance. Non-seulem^it elle avait pris une attitude menaçante en Silésie ; mais elle se montrait disposée à entrer dans toutes les iur trigues propres à causer à l'Autriche des embarras. La Hollande, ou plutôt la maison d'Orange , connivait aux projets de la Prusse. Le stathouder augmentait ses armements autant qu'il le pouvait. 11 s'était fait donner des pleins-pouvoirs pour augmenter d'un bataillon chacun des régiments allemands prisa la solde des étatsgénéraux. Nous verrons bientôt quels furent les résultats, pour la Belgique, de ces dispositions de la Prusse et de la Hollande à l'égard de l'Autriche; nous verrons aussi que, si la cour de S'-James partageait les vues de ses alliés, en ce qui concernait la question d'Orient , elle paraissait loin de vouloir favoriser leurs desseins à l'égard des Pays-Bas autrichiens. L'Angleterre ne s'était unie à la Prusse que par suite du traité de i756, qui l'avait
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forcée de rompre avec l'Autriche ; mais elle aurait vu avec regret raffaiblissement de cette dernière puissance, si nécessaire à l'équilibre de l'Europe. Il était douteux aussi qu'il entrât dans ses vues d'augmenter la puissance hollandaise, par l'adjonction à son territoire des riches provinces belgiques. La Hollande était alors, comme elle l'est encore, la seule puissance qui fit concurrence à l'Angleterre dans la mer des Indes. Augmenter ses ressources en flnances et en hommes, c'eût été rendre cette concurrence d'autant plus dangereuse. Cette observation, si simple, paraît avoir été perdue de vue par le cabinet britannique, en 1815, lors de la création du royaume des Pays-Bas. La prospérité de ce nouvel État apprit bientôt à l'Angleterre la faute qu'elle avait commise en cette occurrence, et certes ce ne fut pas sans un secret sentiment de joie que , quelques années plus tard , elle vit tomber et se scinder ce beau royaume, à la formation duquel elle avait si imprudemment coopéré.
Les circonstances que nous venons de rapporter expliquent tous les faits politiques qui suivirent. Nous devons ajouter cependant, pour ce qui concerne la Prusse, que c'était plutôt le roi lui-même, que son ministère, qui semblait entrer dans les vues de la maison d'Orange. M. de Hertzberg, ministre sage et d'une haute expérience, penchait évidemment vers les moyens de pacification. Il espérait mettre un terme à la guerre contre les Turcs, par quelques concessions à faire à l'Autriche et à la Russie. On aurait consenti, d'après son plan, à ce que la dernière de ces puissances conservât la Crimée et Oczakof , et à ce que la Moldavie et la Valachie passassent à la maison d'Autriche, pourvu qu'elle rendît la Gallicie aux Polonais. Quant aux Turcs, on leur aurait représenté leur triste situation et le besoin qu'ils avaient de la garantie de tous les États chrétiens, pour conserver une position en Europe. Mais le roi de Priisse était bien loin d'adopter ces idées. Il ne voyait pas la nécessité de donner la Moldavie et la Valachie à l'Empereur, qui n'avait pas su les conquérir, et de la Gallicie il entendait faire un foyer de troubles qui se combineraient avec ceux de3 Pays-Bas , et qui donneraient assez
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d'embarras au cabinet de Vienne pour refroidir son ardeur belliqueuse. On conçoit, d'après cela, que le mémoire du grand pensionnaire dût être bi^i reçu à la cour de Berlin, surtout par le roi, d<mt M. de Hertzberg lui-même fut obligé de suivre l'impulsion. Voici les termes dans lesquels le baron Van Reede rendit compte à M. Van de Spiegel du succès de sa démarche :
< Berlin, le 21 mai 1789.
« Je ne me suis ouvert qu'au seul comte de Hertzberg, qui , tout de suite, en a &it part au roi. Tous deux approuvent hautement la chose, et sont parfaitement décidés à la suivre et à entrer dans les mesures que Ton voudra arrêter. On observe seulement que le roi ne peut pas faire seul une démarche, qui perdrait par là même de son influence : ainsi, on désire ici un concert entre les alliés, que, d'après les relations qui existent, on croit suffisant de bouche^ manière qui me paraît même la plus convenable pour nous, parce que, moyennant cela, on assure le secret, et que votre consentement à ce concert, celui du prinœ et du petit nombre de régents que vous voudrez initier dans le secret (i), suffît, sans vous compromettre. Cependant, parce que le secret, absolument nécessaire pour le succès, sera strictement gardé, et comme ce n'est qu'au moment où il faudrait agir que LL. NN. PP. devraient en être informées, il vous serait aisé alors. Monsieur, de leur prouver l'importance pour elles de faire cause commune avec la Prusse et l'Angleterre. Pour allier le désir du roi avec la prudence, on n'écrira point sur ce sujet à M. d'Alvensleben (s); mais comme M. Ewart (s) est ardemment porté pour la chose et désire en assurer le succès, il écrira simplement à sa cour que, d'après les nouvelles qu'on a reçues, par la Hollande, des dispositions des habitants des dix provinces, il suffirait de les encourager, pour les porter à défendre leurs privilèges et une constitution garantie par les traités, et que le roi est prêt, si ses alliés veulent s'y engager avec lui , à promettre aux Brabançons l'assis-
( 1 ) C*eÉl-è*4ire le ptiti onbgble featMaenC. (i) Ministre prussien à Londres.
(s) Bfinistre anglais k Berlin. Ce diplomate semblait se méprendre singulièrement sur les dispositions de sa cour.
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lance la plus efficace contre la France, dans le cas que la France voulût secourir l'Empereur et faire occuper ces provinces par ses troupes. M. Ewart ajoutera qu'il croit que cette idée n'est pas désapprouvée en Hollande, et qu'il a lieu de croire, d'après ce que j'écrirai confidentiellement sur cet objet, que de La Haye on pourrait faire quelques ouvertures à Londres, auxquelles il ne peut que se rapporter, lui paraissant suffisant , pour le moment, d'assurer que le roi de Prusse est prêt à souscrire à ce que ses alliés lui proposeront à cet égard. On a craint de gâter les affaires, dans l'ignorance jusqu'à quel point elles étaient avancées. On n'a pas voulu , de l'aveu de M. Ewart, faire aucune démarche directe ici vis-à-vis de l'Angleterre. On croit qu'il faut vous laisser à cet égard le maître de le faire et d'y sonder le terrain à votre gré, si , comme nous le désirons , vous voulez y proposer votre plan; et comme Ewart ne doute pas qu'il n'y soit goûté , comme on saura en même temps que le roi de Prusse y souscrit, il sera aisé alors d'arrêter tout de suite la marche qui, nous étant communiquée ici , sera , j'en réponds , adoptée. On désire ici , en attendant, connaître un peu davantage les personnes vis-à-vis de qui on s'engagerait, pour être assuré que la partie est bien liée. Voudriezvous me mettre à même de satisfaire à ce désir? Je serais bien heureux si, par vos soins et sous votre ministère, un événement aussi remarquable f aussi avantageux, pour nous surtout , s effectuait. La pre* mière réflexion de M. de Hertzberg fut que, si d'une ou d'autre manière nous pouvions ensuite nous entendre avec les Brabançons, nous serions tm total très -respectable, et que cela lui ferait grand plaisir (i). »
Les vues du parti orangiste se montrent à découvert dans tous les documents émanés des agents du stathouder. Faire des Provinces-Unies et des provinces des Pays-Bas un total respectable j était leur plus ardent désir. Les états-généraux pouvaient bien n'être pas du même avis; mais il était entendu qu'on ne leur en parlerait que quand la chose serait décidée par la Prusse et par l'Angleterre, et qu'alors on leur représenterait la nécessité de marcher d'accord avec ces puissances. Telle était la tactique de
(i) Résumé des négocialionSf ek. , déjà cité , page 61.
M. le baron Van Reede , tactique qui paraît avoir été adc^lée par le cabinet de La Haye. L'Angleterre ne se prêta point , comme on s'y attendait, à cette combinaison. C'était envain que Yan der Noot, muni d'une procuration qu'il avait fait signer par quelques membres des états, était allé frapper de nouveau à la porte de M. Pitt , et s'y était fait annoncer sous le titre pompeux d'agent plénipotentiaire du peuple brabançon : le ministre de la Grande- Bretagne ne s'était pas soucié d'entrer en relation avec lui , et Van der Noot était revenu , pour la deuxième fois, de Londres à La Haye, sans avoir pu faire la moindre ouverture au cabinet de S^-James. Il lut plus heureux en Hollande : il y rencontra le général De SchliefTen , qui était envoyé par le roi de Prusse à Londres, pour tâcher d'y négocier un concert entre les trois puissances, au sujet des affaires des Pays-Bas. Van der Noot eut un entretien avec ce diplomate, le 29 juillet. H lui fit, selon son habitude, de longs raisonnements, mêlés de vrai et de faux , sur les événements qui semblaient se préparer en Belgique, et sur rintérêt des alliés à ne pas souffrir que l'Empereur s'emparât du pouvoir absolu. H prélendit que, si les impôts étaient levés sans le consentement des états, une armée de cent mille hommes pouvait facilement être entretenue en Belgique. Il chercha à faire peur au ministre prussien, en ajoutant que les Français n'épargnaient rien pour s'assurer l'affection des Belges. Toutes ces subtilités de Van der Noot étaient assez inutiles : car M. De Schlieffen n'allait à Londres qu'avec des instructions précises de son gouvernement. On trouve néanmoins , dans ces instructions mêmes, qui sont d'une date postérieure à l'entretien dont nous venons de parler, quelques passages qui semblent être des réminiscences de cet entretien. Cette pièce est trop importante pour ne pas figurer ici in extenso.
Instructions pour le baron De SchHeffen ( i ).
€ Vous êtes déjà instruit des propositions que l'avocat Van der Noot vous a faites, ainsi qu'au grand pensionnaire, au nom des
(t ) Résumé de$ négodatianê , etc., déji cité, pp. 67 et suivantes.
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états de Brabant, et voij^ recevrez encore ci-joint, pour yotre plus ample information, le précis de ce qui s'est passé entre lai et le grand pensionnaire.
€ Il est sûrement de mon grand intérêt, ainsi que de celai de TAngleterre et de la Hollande, que les Pays-Bas autrichiens ne soient ni entièrement subjugués par l'Empereur, ni cédés ou autrement associés à la France.
c Vous savez déjà les séditions qui ont eu lieu à Tirlemont, à Louvain et autre part, et cet esprit de révolte qui règne présentement en France, paraît se communiquer également aux habitants des Pays-Bas, et devenir assez général ; on dit qu'une partie de la nation, excédée du joug autrichien , est fort portée à s'associer avec la nation française, pour profiter de la nouvelle constitution que celle-ci veut se donner présentement.
c D'un autre côté, il se pourrait que TEmpereur, ayant subjugué les Brabançons prêts à se révolter contre lui , voudrait y envoyer un plus grand nombre de troupes pour les soumettre, et requérir de la cour de France de faire entrer des troupes dans ses Pays-Bas. II serait visiblement contre mes intérêts et contre ceux des deux puissances maritimes » comme il a déjà été observé, que les Pays-Bas autrichiens fussent exposés à de pareilles révolutions, et fussent ou entièrement subjugués par la maison d'Autriche, ou annexés à la m<Hiarchie française. Les susdites deux puissances maritimes ont des titres suffisants pour s'y opposer et pour prendre une part décidée au sort de ces provinces , par le traité de paixd'Utrecht et par le traité des Barrières de 1745, par lesquels elles sont devenues garantes de la constitution des Pays-Bas , et d'après lesquels la maison d'Autriche n'a acquis ces Pays-Bas, que sous la condition expresse qu'ils ne viendraient jamais sous le i)ouvoir et la domination d'un prince de France.
€ J'ai le même droit et intérêt d'intervenir et de prendre part au sort des Pays-Bas autrichiens, tant comme leur proche voisin, que comme contractant de la paix d'Utrecht, et comme électeur et membre de l'empire germanique, auquel les Pays-Bas autrichiens appartiennent depuis leur origine, et ont été encore
plus étroitement annexés, sous le titre de cercle de Bourgogne, par le traité que TEmpereur Charles V a conclu avee Tempire, à la diète d'Augsbourg, ^i IS48; de sorte que ce cercle de Bour^ gogne appartenant à la masse du corps gennanique, ne peut pas en être aliéné ni soumis k un pouvoir arbitraire, mais se trouve sous la protection et la garantie dudit empire et de chacun de ses membres intégrants : si Fun ou Tautre de ces deux cas arrivait donc, que les habitants des Pays-Bas voudraient s'associer avec la France, ou si l'Empereur voulait céder ces provinces à la France ou les faire occuper par des troupes françaises, j'aurais autant de droit que d'intérêt de m'y opposer avec mes alliés, l'Angleterre et la Hollande, et nous aurions toute raison de le faire sans balancer , si les états de Brabant et les autres Pays-Bas autrichiens, révoltés par le joug et par le changement inconstitutionnel dont on les menace, réclamaient mon assistance et ma protection, avec celle de l'Angleterre et de la Hollande. Je sais que le gouvernement hollandais est fort disposé à intervenir , dans l'un ou l'autre des cas susdits, et je me flatte que le gouvernement britannique, connaissant ses véritables intérêts à l'égard des Pays-Bas autrichiens, se trouvera dans les mêmes dispositions.
€ Vous exposerez donc, de concert avec le sieur d'Alvensleben, toutes ces circonstances aux ministres anglais, et vous tâcherez de prendre avec eux un concert sûr et déterminé , pour que , si les états de Brabant et des autres Pays-Bas autrichiens , en opposition de l'assujettissement ou de tout autre changement inconstitutionnel , dont ils seraient menacés par les cours de Vienne et de France, réclamaient ma protection et celle de l'Angleterre et de la Hollande, et publiaient, pour cet effet, un manifeste ou tel autre écrit, nous les prenions sous notre protection commune, nous leur accordions notre assistance et prenions, tant éventuellement que dans le cas existant, des mesures suffisantes pour les mettre en état de s'ériger en république et de s'associer peut^tre avec celle des sept Provinces-Unies.
€ Je ne puis rien prescrire ni suggérer d'avance sur les moyens
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et les mesures à prendre pour accorder cette protection efficace aux états des Pays-Bas autrichiens. Cest Tobjet du détail et de Texécution de cette grande et importante affaire, sur lequel le général de Schlieffen et le sieur d'Alvensleben auront soin de se concerter avec le ministre britannique , et le général de Schlieffen avec le prince d'Orange et le grand pensionnaire , ainsi que le sieur Fitz Herbert (i) , à son retour pour La Haye , et c'est sur quoi j'attends leurs rapports ultérieurs.
Berlin, le 8 août i789.
Ad contrasignand : c Finckenstein. Hertzberg. >
Ce document est un véritable chef-d'œuvre de déraison politique. Quoi ! vous reconnaissiez que l'esprit de révolte qui agitait la nation française pouvait se communiquer aux habitants des Pays-Bas et devenir assez général; vous pensiez qu'une partie de la nation belge était fort portée à s'associer avec les Français; d'une autre part, vous vouliez à tout prix empêcher la Belgique de s'unir à la France , et vous n'imaginiez pas d'autre moyen de sauver l'Europe des effets de la propagande révolutionnaire, d'y soustraire en premier lieu la Belgique , que de favoriser l'insurrection des habitants de ce pays contre leur souverain, et d'interdire à la maison d'Autriche l'exercice d'un pouvoir efficace! H est vrai qu'à côté de la France révolutionnaire se trouvait la France monarchique, et que vous exprimiez aussi la crainte de voir celle-ci faire occuper les Pays-Bas par une armée, à la demande de l'Empereur, son allié ; mais cette crainte avait toutes les formes d'une dérision. Vous saviez bien, en effet, que, déjà à l'époque où vous écriviez, le roi dé France n'avait plus d'armée; vous saviez bien que la fameuse déclaration des droits de l'homme avait détruit tous les droits du pouvoir; que le pillage, la dévastation, le d&ordre armé se promenaient sur le territoire français; que des milliers de vagabonds avaient envahi et détruit les bureaux de l'administration; que partout les troupes fraternisaient avec les milices citoyennes, quand elles ne se formaient pas en bandes de
(i) Ambassadeur brHanaiqtis à La Haye.
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voleurs ; que les gardes françaises avaient forcé leurs officiers à donner leur démission en masse, et avaient pris le beau titre de régiment de la nation; que les soldats suisses eux-mêmes avaient secoué le joug de la discipline; qu'enfin il n'était pas jusqu'aux gardes du corps du roi , qui ne se fussent insurgés contre leur capitaine , M. le duc de Guiche. Vous saviez tout cela , vous saviez même qu'on assassinait légalement dans les rues de Paris, par autorité du peuple, et voiis faisiez semblant de croire à la possibilité d'une occupation régulière des Pays-Bas par une armée du roi de France ! Et c'était à l'Angleterre que M. le baron De Schlieffen devait aller faire part de vos craintes à ce sujet! II fallait que la diplomatie fût bien habituée, dans ce temps-là, a l'emploi de moyens fallacieux, pour qu'on ne craignit point de se servir de ruses aussi palpables.
Le fond de votre pensée était que les troubles des Pays-Bas fourniraient à l'empereur d'Autriche l'occasion d'y établir un pouvoir absolu , et de tirer de ces provinces tout le parti que leurs immenses ressources semblaient promettre ; vous suppo-* siez que la monarchie autrichienne en acquerrait une force nouvelle, et vous vouliez, au contraire, en favorisant ces troubles, en les poussant jusqu'à l'état de révolution, les faire tourner au détriment de l'Empereur, affaiblir d'autant la monarchie, et combiner les embarras suscités à la maison d'Autriche sur divers points, de manière à lui hive abandonner la guerre d'Orient, lui enlever la Gallicie et lui ôter à jamais la possibilité de s'opposer aux desseins de la Prusse. Ce fut en ce sens que l'Angleterre comprit votre diplomatie, et on ne la vit s'y prêter que pour autant qu*il entrât dans ses vues d'entraver les projets de l'Autriche sur la Turquie, et d'empêcher la Belgique de prendre rang parmi les nations commerçantes (i). Si la France put , à cette occasion , occuper la pensée des ministres anglais , ce Ait comme
(i) Entre autres preuves de la circonspection avec laquelle le cabinet de S'-James se conduisit daof cette affiûre, nous citerons Teitrait suivant d'une lettre de M. le baron Van Reede au
grand pensionnaire, datée de Berlin, 3 octobre I7S9 : Les ordres d'Ewart, dont il s'est
acquitté, portent de dire que, quelque importantes que soient les affaires du Brabant, on ne les croit pas dans une position qui permette d'y entrer pour le moment, n
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foyer d'idées subversives de Tordre social, seul point de voe raisonnable sous lequel on pût alors envisager cette contrée.
On trouve la véritable pensée du cabinet de Berlin, exprimée en termes assez peu équivoques, dans la lettre par laquelle M. le baron Yan Reede annonça au grand pensionnaire de Hollande , l'envoi d'une copie des instructions qui précèdent : c Vous êtes c informé, Monsieur, des sentiments du Roi; ces mêmes senti- € ments et dispositions m'ont été confirmés deux fois par la bonc cbe de S. M. et reviennent à ceci : que le Roi sent tout Tavan- . c tage de la révolte des habitants des dix provinces, tant pour c lui-même que pour ses alliés; que Sa Majesté est d'accord qu'il c y a une liaison naturelle entre celle-ci et celle de la Gallicie; c qu'en les faisant marcher de pair, on assure le succès de l'une c et de l'autre; que le Roi est convaincu qu'il faut à tout prix c prévenir que les Brabançons ne s'unissent à la France >
Et de quelle France pouvaitnil être question ici , si ce n'était de la France révolutionnaire? Certes, on ne pouvait pas craindre que les Brabançons ne secouassent le joug de l'Autriche pour s'unir à la France monarchique, lorsque, d'un antre côté, on faisait dire au cabinet anglais qu'il était à craindre que le Roi de France ne vint en aide à l'Empereur , en £aiisant occuper les Pays-Bas par une armée. La pensée de la Prusse s'était donc révélée toute entière dans les confidences auxquelles cette lettre faisait allusion. Elle voulait favoriser les troubles des Pays-Bas pour nuire à la puissance autrichienne ; mais en même temps elle désirait prévenir l'union des patriotes belges aux révolutionnaires français. Pour atteindre ce double but, elle entendait s'emparer de la révolution brabançonne , la soutenir de manière à s'en rendre maîtresse et à la diriger. Cétail ainsi que l'avait compris AL le baron Yan Reede , et ce qui lui faisait ajouter : « Sa Majesté, en conséquence, est disposée à se prêter à tout € ce que ses alliés peuvent désirer d'elle; elle consent* à ce qu'on c donne aux députés des Pays-Bas l'assurance qu'ils demsoident, c et aussitôt que les états, après la publication du manifeste, c réclameront l'appui des trois alliés, S. M. se prêtera de son côté
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c à tout ce qae les denx autres puissances voudront fkire.... (i) » Cette lettre se terminait par un passage dans lequel les espérances du parti orangiste, se confondant avec les idées véritablement hollandaises et avec les craintes de la Prusse, conduisaient à une conclusion assez remarquable :
< On sent vivement ici, Monsieur, tout le mal qui résulterait pour nous d'une réunion des dix provinces avec la France , ce qui entraînerait tôt ou tard, avec notre entière dépendance, l'ouverture de TEscaut. Ainsi , on ne doute pas que nous et TAngleterre, également intéressée à contrecarrer cette réunion, ne nous y opposions. On voudrait fort voir les dix-^sept provinces faire tm corps ; on en sent les difficultés; mais on pense que, si elles forment ^ une république séparée, comme ce même Escaut sera toujours la pomme de discorde, tôt ou tard cette nouvelle république cherchera un appui étranger pour se procurer l'ouverture de cette rivière, et à la longue elle doit l'obtenir; qu'ainsi, le parti à prendre dans ces circonstances est embarrassant et présente bien des difficultés. Celvi iume réunion, totU hérissé qu'il en peut être, offrira cependmtt un avenir moins dangereux; mais, peut-être, d'après cela, serait-il plus à désirer pour nous, que la maison d'Autriche restât paisible possesseur, daprès la stipulation du traité des Barrières; mais cela paraissant aujourd'hui impraticable, et n'ayant que l'alternative de voir ces provinces à la France, ou es nous les assurer tfune ou iauHre nuxnière, on ne croit pas quHly ait à hésiter, i
La politique hdlandaise est assez nettement dessinée dans ces lignes tracées parla main d'un Ekllandais. Malgré son dévoûment à la maison d'Orai^e , M. le baron Yan Reede hésite à se prononcer pour la réunion. Il prévoit combien il serait difficile de maintenir la fermeture de l'Escaut, si les deux républiques venaient à n'en faire qu'une; mais les mêmes difficultés se présentent à son esprit, dans Thypothèse d'une république belge indépendante, et plus encore dans l'hypothèse d'une union des Pays-Bas avec la
(1 ) Rétumé diê négoeUUiom, etc. , déjà cité, page 66.
288 RAPËDIUS DE BERG.
France. Dans sa perplexité, il se demande s'il ne vandrait pas mieux maintenir la domination de la maison d'Âotriche, sous les dures conditions du traité des Barrières, et ce n'est qu'à cause de l'impossibilité apparente de ce terme moyen, qu'il se décide en faveur de la réunion de nos provinces à la Hollande. La maison d'Orange pouvait désirer cette réunion à tout prix ; mais il n'en était pas de même de la nation hollandaise. Celle-ci ne l'aurait acceptée que comme une nécessité , et dans le cas seulement où elle n'eût pas trouvé d'autre moyen de nous opprimer : car, malgré les alliances de son parti patriote avec la France, elle ne se souciait aucunement d'être en contact immédiat avec ce pays. Dans tous les temps , elle avait évité ce contact : lorsqu'on 4655, S. M. T. C. et les états-généraux étaient convenus par un traité d'obliger les Pays-Bas espagnols à se déclarer libres et indépendants, le roi de France avait fait insérer dans ce traité que, si les Pays-Bas refusaient de se constituer, ils seraient démembrés et partagés entre les deux alliés. L'occasion se présenta de mettre ce traité à exécution; on en chargea le prince Frédéric Henri d'Orange, un des plus grands capitaines de son siècle; mais les états-généraux , malgré le succès de leurs armes, finirent par traiter séparément avec l'Espagne, parce qu'ils craignaient de faire des conquêtes qui les eussent rapprochés de la France. Or, la politique hollandaise était la même en 1789, et ce qui le prouve bien, c'est que, aussitôt qu'il fut possible de rendre à la maison d'Autriche la possession des Pays-Bas, en lui imposant toutes les clauses du traité des Barrières, le stathouder luimême dut renoncer à ses vues d'agrandissement et la Hollande fut la première à favoriser la restauration du pouvoir autrichien dans nos provinces.