II
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pour les surveiller, une compagDÎe de Clairfiiyt à Licfataert, et une compagnie de Bender à Poederlé , dans la direction de Turnhout, tandis qu'ils étaient du côté opposé. Ce ne fut que vers onze heures du matin qu'il apprit, d'une manière à peu près certaine, qu'un grand nombre de patriotes se trouvaient à Meerhout. Il prit alors le parti d'ordonner un mouvement général.
Le colonel Reim, qui jusque-là avait attendu l'ennemi à Herenthals , reçut l'ordre de se porter sur Gbeel avec son bataillon , quatre compagnies de Clairfayt et un escadron de dragons. Il lui était enjoint de pousser une forte reconnaissance sur Meerhout, le lendemain, 7 novembre, au point du jour. Une division de Qairfayt, ,avec une pièce de six, plus un brigadier et six dragon^ furent envoyés à Oevel, d'où ils devaient correspondre avec Gheel. Les quatre compagnies de Regniac qui étaient à Iteghem, se transportèrent à Tongerloo« Toute la cavalerie de Berlaer et de Heyst-op-den-Berg suivit le général d'Arberg à Westerloo; une partie en fut détachée à Zoerle-Parwys. Le bataillon de Ligne et le détachement de cavalerie , placés sous les ordres du général Schroeder, firent un mouvement de Heerenthout à Herenthals, en laissant de petits postes pour garder les ponts sur la Nèthe.
Arrivé à Weslerloo, le général d'Arberg apprit des nouvelles certaines de la marche des patriotes ; il sut qu'après avoir poussé une pointe vers Diest, ils s'étaient repliés sur Meerhout. II résolut alors d'aller les y attaquer le lendemain, et il donna avis de cette résolution au lieutenant-colonel De Gontrœuil, pour que celui-ci se mît en mesure de le seconder, au besoin. Mais Van der Mersch n'avait nulle envie de l'attendre : le premier mouvement de retraite qu'il eut opéré , avait suffi pour jeter le découragement et le désordre parmi ses troupes. Les poltrons s'étaient mis à crier qu'ils étaient tous perdus , qu'on les avait trahis , que le comité de Bréda les avait trompés, c Un très-^rand nombre se débandèrent et passèrent, les uns en Hollande, les autres au pays de Liège. L'abattement fut tel, qu'à Meerhout, le chef fut obligé de faire des démarches humiliantes ; la troupe refusait de garder les postes vers l'ennemi; l'artillerie, c'est-à-dire les trois seules
pièces arrachées à Turnhout, et le trésor , étaient abandonnés. En vain Van der Mersch employa-t-il la prière; il se vit dans la dure nécessité de capituler avec la troupe , moyennant la promesse d'une double paye , pour éviter la défection totale de son armée* >
Nous avons laissé parler un témoin oculaire, E. J. Dinne, l'auteur du mémoire écrit pour la justification de Van der Merscb. Quoi qu'il en puisse être de la vérité de ce tableau ^ toujours est-il que Van der Mersch, parfaitement instruit de tous les mouvements des Autrichiens, évacua Meerhout dans la soirée du 6 novembre, et se dirigea sur Turnhout, par Moll. Environ 200 hommes de sa troupe et une partie de ses bagages, qui étaient considérables, ne sortirent de Meerhout que bien tard dans la nuit. Ils auraient infailliblement été pris, si le colonel Keim avait exécuté Tordre qu'il avait reçu d'envoyer, au point du jour, un fort détachétaient de cavalerie, soutenu d'infanterie, pour surveiller les mouvements des insurgés et les attaquer dans la plaine : car ils étaient encore à MoU à midi. Mais le colonel se l)orna à envoyer un sous-officier et huit dragons , qui s'arrêtèrent à une demi-lieue de Meerhout, et lui-même resta à Gheel jusqu'à dix heures du matin, n'ayant jusque-là obtenu aucune information de ce qui se passait. Il s'ensuivit que le général d'Arberg en personne, avec un escadron de cavalerie, un officier et trente grenadiers, s'avança le premier vers Meerhout, sans savoir si l'ennemi y était encore, ou s'il av^t battu en retraite. Le reste de sa cavalerie, ainsi que les deux divisions de Regniac, devaient le suivre de près. Un officier envoyé en reconnaissance avec douze dragons et quelques grenadiers, lui fit amener, sous escorte, un habitant du lieu, le seul qu'il eût rencontré, lequel lui apprit la retraite des patriotes. Il ordonna alors d'envahir le village, mais en prenant les plus grandes précautions, en faisant enfoncer tontes les portes et visiter toutes les maisons, à mesure que la troupe avançait. Les soldats se livrèrent à cet exercice avec d'autant plus d'ardeur qu'on leur permit de piller, et qu'il fut même fait un partage régulier du butin. Le général d'Arberg
ne crut pas devoir s'en cacher, dans sa correspondance avec d'Alton : il raconta ce fait comme étant dans la nature des choses. Seulement il fit remarquer qu'il restait encore beaucoup d^objets, et que probablement dans la nuit suivante, les habitants ayant pris la fuite, tout ce qui restait serait pillé par les paysans des environs, qui l'imputeraient au militaire.
Le lieutenanl-général d'Ârberg ne resta qu'une heure à Meerhout; il retourna à Gheel et donna l'ordre au colonel Keim, qui l'avait enfin rejoint, de retourner à Herenthals avec ses deux bataillons et sa cavalerie* Le général Schrœder devait partir le lendemain matin pour Poederlé, avec quelques dragons et trois divisions de Ligne; d'Ârberg lui-même avait résolu de se porter le lendemain sur Herenthals , afin d'y concentrer toute sa troupe et de préparer l'expédition de Turnhout. Mais déjà ses soldats étaient fatigués , leurs souliers étaient usés ; le général d'Arberg donna l'ordre à tous les capitaines d'infanterie de £aire raccommoder les chaussures. Il semblait que l'armée eût fait une campagne, et elle avait été d'Herenthals à Meerhout!
Le lieutenant-colonel De Gontrœuil avait fait aussi un mouvement en avant. Il s'était porté de Diest sur Tessenderloo et Vorst, pour empêcher les patriotes de se jeter dans le pays de Liège. Le général d'Arberg lui ordonna, le 8 novembre, de faire des patrouilles aux environs de Meerhout, et de détacher à Verle un officier et 56 chevaux avec dix hommes d'infanterie, pour observer Tessenderloo et entretenir des commîunications avec Diest et Westerloo.
Toutes ces précautions, de même que les préparatifs du général d'Arberg , pour recommencer la campagne et aller faire le siège de Turnhout, étaient parfaitement inutiles : car Van der Mersch n'ayant aucune nouvelle de l'expédition promise en Flandre, et se voyant seul en présence d'une armée qui devait l'écraser à la première rencontre, avait jugé prudent de regagner la frontière hollandaise. Il était arrivé, le S, à Bar-le-Duc, traînant avec lui ses trois pièces de canon, et les débris de sa troupe qui était plus fatiguée encore que celle du général d'Arberg.
Scfarœder ayant envoyé, dans la soirée de ce jour, un ofiQcier et vingt hommes d'infanterie, fouiller le bois de Grootenhoutboscb , ce détachement poussa jusqu'à Turnhout, où il ne trouva plus personne.
Ainsi se termina la première campagne de Van der Merscb. Telles furent les prétendues marches et contre-marches du général patriote. Il avait été de Turnhout à Meerhout et même au delà , et puis il était revenu à son point de départ. Cette savante manœuvre ne parut pas être extrêmement goûtée par le comité de Bréda : car Van der Noot écrivit immédiatement au général la lettre suivante :
c Monsieur,
€ Nous avons appris avec la dernière surprise votre arrivement, ainsi que de l'armée, à Bar-le-Duc, et que vous proposez de relâcher M. Crumpipen, sur sa parole d'honneur, malgré que nous vous avons fait connaître qu'il n'est pas dans notre pouvoir d'y acquiescer. Vous le retiendrez à l'armée, sans le laisser s'en éloigner un pas. Quant aux opérations ultérieures à faire, je vous viendrai parler encore aujourd'hui , pour les concerter et réguler.
c En attendant, je suis, avec toute la considération possible,
c Monsieur,
€ Votre très-humble serviteur, € Signé H. C. N. Van der Noot, q.q.
c Bréda, 8 novembre 1789. »
Van der Noot se rendit effectivement à Bar-le-Duc; il était accompagné de deux ou trois doyens des métiers d'Anvers, et, comme il venait pour tout réguler, il se mêla nécessairement de tout. Van der Mersch avait ordonné de transporter les canons et les armes à Âlphen : Van der Noot ne voulut pas, et les fit rester à Bar-le-Duc, où les Autrichiens seraient venus les prendre, deux jours après, si le curé Janssens ne les avait soustraits à leurs recherches. L'agent plénipotentiaire du peuple brabançon eut avec le général en chef de ses armées une altercation très-
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vive. Il aurait youlu que celuÎK^i se fût jeté dans Ruremonde. ou qu'il se fût emparé d'une petite ville, telle que Léau, farte de soUmême, comme il disait, et où te comité pût siéger tranquiUement et avec assurance. Il blâmait hautement Van der Merscb d'avoir traité le chancelier avec trop d'égards, et surtout de l'avoir ramené sur le territoire hollandais, où l'on ne pouvait le garder, au lieu de le jeter dans un couvent de capucins, sur la frontière.
Ce pauvre chancelier ayant été envoyé, comme nous l'avons déjà dit, au quartier-général de Van der Mersch, oelui-ci avait tâché de lui rendre sa captivité supportable, autant que possible; mais il n'avait pu se dispenser de le faire transporter à sa suite dans une charrette , quelque incommode que fût pour lui-même la présence d'un pareil témoin. Arrivé à Bar-le-Duc, Van der Mersch proposa au comité d'accepter la parole d'honneur de M. De Crumpipen, qui promettait de se représenter à la première réquisition; mais cette proposition lut repoussée avec cplère ; on fît emmener le prisonnier à Groot-Sundert , et ensuite à Bréda , où il feUnt bien enfin le relâcher. Car à peine les patriotes avaient-ils repassé la frontière, que le gouvernement de Bruxelles adressa aux étatsgénéraux une note, qui leur fut remise par M. Schraut, chargé d'affaires de l'Empereur à La Haye, et qui tendait : c 1** à faire désarmer les mécontents Brabançons qui se trouvaient sur le territoire de la république; 2* à faire mettre en liberté, nonseulement le chancelier De Grumpipen, mais aussi le grandbailli de Tumbout et son frère, ainsi que quelques commis des douanes que les mécontents avaient emmenés sur ce territoire; 5<» à faire arrêter la personne de Henri Van der Noot« >
Dans une séance des états-généraux, tenue le 15 novembre, et à laquelle assista le prince stathouder, ils prirent une réso^ lution portant en substance :
c Que, quant au premier point, LL. HH. PP. avaient dooné les ordres nécessaires, qui avaient dqjà été exécutés; que, pour ce qui était du second, elles pouvaient assurer sans détour qu'elles ne souffriraient jamais que qui que ce soit fût détenu pri* sonnier sur le territoire; qu'elles avaient déjà donné des preu^
ves de CM dispositions dans le cas de M. De Crumpipen^ et que , amune leurs ordres ne s'étaient pas bcMrnés à ce^seul cas, elles les réitéreraient encore par surabondance : LL. HH. PP. s'assnraot néanmoins que le gouTemement général voudrait bien leur laisser à elles de punir la violation de leur territoire, de telle &çon qu'il conviendrait à la nature des circonstances; mais, relativement au troisième article , la saisie du sieur Van der Noot, LL. HH. PP. remarquent que ledit Van der Moot ne leur est pas connu ; qu'il ne jouit point chez elles d'une protection particul ière , et que le prétendu mamfeste n'a jamais été porté officiellement à la connaissance de leur assemblée ; que néanmoins la liberté constitutionnelle de la république dicte que , quiconque ne s'y rend pas indigne de la société civile , doit y jouir de la protection des lois , aussi longtemps qu'il y obéit; comme aussi LL. HH. PP. ne se sont jamais plaintes à aucune des puissances voisines, chez lesquelles il a été donné à des personnes ayant eu une part active aux troubles de la république, un asile dans leurs états ou même des grâces et distinctions particulières, quoiqu'il n'ait pas été inconnu à LL. HH. PP. que quelques-unes de ces personnes ont abusé de ces concessions gracieuses , d'une façon qui n'a pu être agréable à LL. HH. PP.; qu'ainsi, puisqu'il a été satisfait aux deux premiers chefs , elles s'assurent qu'il ne sera plus insisté sur le troisième. >
Quel que fut le ton d'aigreur qui régnait dans cette réponse des états-généraux, le gouvernement des Pays-Bas n'avait pas le droit de s'en plaindre, après l'accueil qu'il avait fait aux patriotes hollandais réfugiés à Bruxelles. Deux de ses griefs venaient à cesser, par le fait du désarmement des troupes de Van der Mersch, et par la mise en liberté du chancelier (i); le troisième n'avait pas été sérieusement articulé : car M. De Trauttmansdorff, qui n'ignorait plus les relations de Van der Noot avec le cabinet de La Haye, savait très-bien que la Hollande ne consentirait pas à livrer son protégé. Ce qui montre encore combien
(i) M. De Grumpipen fui reconduit à Bruxelles, où il arriva le 15 novembre, sous l'escorte d'un piquet de cavalerie.
300 RÀPÉDIUS DE ftERG.
toutes les rësolutions du ministre plénipotentiaire manquaient de maturité, c'est que peu de jours après avoir demandé l'extradition de Van der Noot, il entrait assez directement en relation avec lui, afin d'obtenir la paix. M. De Trauttmansdorff prc&tSL, pour nouer cette négociation, de la présence à Bruxelles du baron Van der Borch , drossart de Bréda , qui avait accompagné le chancelier, et voulant donner au comité révolutionnaire un premier gage de ses intentions bienveillantes , il^mmença par faire mettre en liberté les comtes De Duras, De Spanghen, Preud'homme d'Ailly, De Lannoy et De Coloma. Nous verrons bientôt qu'une fois entré dans cette voie de concession , le gouvernement n'eut plus la force de s'y arrêter, et que la pente devint insensiblement si glissante et si rapide, qu'en moins d'un mois elle le conduisit au fond du précipice.