‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 75 sur 119 · CHAPITRE XXIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIT

FBEMIEBE ASSEMBLÉE PES ÉTATS DE BRABANT, DE 17RB. — DËrÊCRTF.

DU 17 JMI.LBT.

Le vendredi, 23 mai 1788 , les états de Brabant s'assemblèrent dans le lieu ordinaire de leurs séances. Un des premiers objets, dont ils eurent à s'occuper, fut la dépêche du 3 avril , concernant les boetmeesters des Nations. Il fut fait lecture de cette dépêche en assemblée générale ; il fut ensuite donné communication de la dépêche du 22 uiai, citée à la fin du chapitre précédent, et puis, enfin, on lut successivement les divers règlements relatifs aux droits et prérogatives des arrière-membres des trois

RAPÉDILS

chef-villes : le règlement de 1662 pour la ville de Louvain, les règlements de 1545, 1586, 1619 et de 1700, pour la ville de Bruxelles, le règlement de 1659, pour la ville d'Anvers. Mais, après toutes ces lectures, la délibération fut close, et aucune résolution ne fut prise. Il ne fut pas même question de répondre au gouvernement général : de sorte que Van der Noot et ses boetmeesters]\furent tacitement maintenus dans leur prétention de se mettre à la place du tiers-état. Voici, du reste, un extrait textuel du procès-verbal de cette séance :

c Naer dese deliberatie, is lecture geschiedt van den brief

van HH. CC. HH., de date derde der voorlede maend april, geregistreerd op den 4 derselve maend , belreflende de boelmeesters van de Nalien van Brussel , tôt dien is gelesen den brief van HH. CC. HH. van den 22 deser maend , hiernaer volgende , ende daerenboven syn voorgelesen de reglementen op het stuck van de acbterleden der dry hoofdsteden geémaneert, als namentlyck voor de hoofdsladt Loven 1662, voor Brussel annis 1545, 1586, 1619 ende 1700, voor Antwerpen anno 1659; dogb en is des aengaende geene besondere résolu lie genomen geweesl. »

Pendant que les états semblaient ainsi vouloir encourager les prétentions anarchiques de Van der Noot et des siens, la ville de Bruxelles était en proie à une vive agitation, et le gouvernement paraissait en redouter les conséquences. Les troupes avaient été consignées et des patrouilles parcouraient les rues en tous sens. Vers midi , la garnison fut renforcée par quatre compagnies de grenadiers, deux du régiment de Wurtemberg et deux du régiment de Murray. Ces troupes arrivaient de Luxembourg. A quatre heures, un violent incendie éclata dans la rue de la Magdeleine, chez un épicier nommé Plctinckx. Le tocsin se fit entendre aussitôt, et l'on craignit que ce ne fût le signal de la sédition. Au lieu de s'occuper de l'incendie, la garnison prit sagement les armes. Le bataillon de Murray alla se ranger en bataille sur la place du Sablon; le bataillon de grenadiers occupa la place Royale, avec deux pièces de canons; deux compagnies du régiment de Ligne gardèrent le trésor royal au Parc; la grand'garde fut renforcée

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et se tint sous les armes, les canonniers à leurs pièces. Les autres troupes prirent position sur les remparts. Les dragons de d'Arberg et les hussards de Blankenstein firent des patrouilles. Les portes de la ville furent fermées. L'archiduc Albert était accouru de Laeken à cheval, pour partager les dangers des membres du gouvernement.

Les dispositions prises par l'autorité militaire eurent un heureux résultat. L'incendie fut éteint par les habitants, à l'aide des pompes dont les communautés religieuses étaient pourvues. Aucun fait grave ne signala celte journée, malgré tous les efforts des agitateurs. Le lendemain cependant on arrêta la Pineau, et on la conduisit à la porte de Halle. L'huissier Devos, du conseil de Brabant, (ut chargé de cette expédition, avec l'assistance de cinquante hommes du régiment de Ligne. La garnison était consignée. Nous aurons occasion de parler encore de cette femme, qui joua dans la révolution un rôle plus sérieux qu'on ne le pense généralement.

Le seul moyen de calmer l'effervescence des bourgeois de Bruxelles, était d'obtenir promptement le consentement des états au subside ordinaire. Bien ne fut négligé pour atteindre ce but. Nous avons déjà parlé des moyens de séduction mis en œuvre par le ministre plénipotentiaire : il ne se borna plus à insinuer quelques promesses, à laisser concevoir quelques espérances; s'il gagna les états, ce fut par des concessions réelles, ce fut en pourvoyant à une grande partie des abbayes vacantes, et en redressant ainsi un des principaux et des plus anciens griefs de l'état ecclésiastique. Déjà , au mois de janvier de cette année, il avait été pourvu à quatre abbayes d'hommes (1). M. De Trautt-

( i ) L'Empereur avait nommé :

1» A l'abbaye de Villcrs (de l'ordre de Cisleaui), dom Bruno Cloquclle, natif d'Alh, qui fui le 63* et dernier abbé de Ville». Celte riche abbaye était vacante depuis le 4 avril 1782 , par le «levés de dom Robert De Bavay , né a Bruxelles, eu 1711 , vicaire général de l'ordre de Cistcaux dans les Pays-Bas , membre des états de Brabant , etc. , qui avait gouverné , peudaut 18 ans , ce monastère, ayant été nommé abbé en 1764. L'abbé de Villers prenait les titres de seigneur de Tbil , Melleri , Schooten, Su-Maric , S'-Job-in-Ghoor , Uorst , etc., etc.

S* A l'abbaye noble de S'*-Gertrude (chanoines réguliers de l'ordre de S1 Augustin), à Louvain, Joseph François baron De Woeltnonl, né a Frocout, près de Huy, lequel avait été proviseur et ensuite prieur de ce monastère, pendant six ans. Il en fut le il' et dernier abbô.

IIAPÉDUS

raansdorfT annonça encore aux états la nomination d'un abbé nouveau et de onze abbesses (i). C'était le seul moyen efficace

Son installation eut lieu, le 25 février 1788. Il remplaça Guillaume Adrien baron De Rcnesscdc Bar, juge synodal de l'archevêché de Matines, conservateur des privilèges de l'université de Louvaio , membre des étals de Brabanl , etc. Mort le 8 mars 1785 , celui-ci aTait eiercé , pendant 20 ans, la dignité abbatiale, à laquelle il avait été appelé en 1768.

3- A l'abbaye de Saints Corneille et Cypricn , à Ninovc (de l'ordre des Prémonstrés) , Jean Patnelacre , 48' et dernier abbé de ce monastère. Il remplaça Ferdinand Van der Eecken, mort le 8 octobre 1783, après avoir gouverné cette maison , pendant 30 ans. L'abbé de ce monastère portail le titre de seigneur de Ninove, de Woubrechlegcm , de S'-Antellc , d Ucrbeckc et de la lerrc franche de Catthero.

4° A l'abbaye de S» Martin, à Tourna) (de l'ordre de S' Benoît ) , doni Ignace Leboucq, 40* abbé de ce monastère, nommé en remplacement de dom Robert Delzenne, mort eu 1784 , après avoir eiercé, pendant 25 ans, la dignité abbatiale. Dont Ignace mourut eu 1791, et cul pour successeur dom Michel Marchant , mort à Tournay, le 16 janvier 1814 , qui fui le dernier abbé de S'-Martin. D'après Uoverlant de Bauwelacre, Essai chronologique pour servir à {Histoire de Tournay, t. III, p. 293, <• lors de la nomination de dom Ignace Leboucq a la « dignité abbatiale , eu 1788, il ne put lever ses prov i»ions qu'en souscrivant a Bruiellcs l'obîi- « galion de payer annuellement vingt mille florins au gouvernement autrichien. * D'après le même auteur : « A chaque nomination d'abbé, le gouvernement autrichien chargeait ce monts « 1ère de quelques pensions viagères en faveur de ses officiers ou protégés , ce qui se renouvel - » lait aussi à l'inauguration de chaque souverain. Ces pensions étaient connues sous le nom de ii pains d'abbayes , de ce que, originairement les souverains y plaçaient, pour le reste de leurs « jours , leurs anciens officiers, par forme de retraite gratuite. »

( i ) L'Empereur nomma , dans cette circonstance :

1* A l'abbaye de S'-Adrien , a Grammont ( ordre de S» Benoit ) , Ghislain Van Davermaet , prieur de ce monastère, en remplacement de Robert Van Adorp, mort en 1780. Van Racvcrmael fut le dernier titulaire de cette abbaye.

2° A l'abbaye noble de Forêt (religieuses bénédictines), près de Bruxelles, dame Marie Thérèse De Ruedan , 34* el dernière abbesse de cette maison. Elle remplaça dame Marie Josèphe De Bousies de Rouveroy , morte le 13 octobre 1785 , après avoir gouverné pendant 25 ans ce monastère, dont elle avait été installée abbesse , le 19 octobre 1 760. Apres l'entrée des Français , en 1794, madame de Ruedan se réfugia à l'abbaje de Hemclpforte, près de WurUbourg, en Franconie, et y mourut , le 18 janvier 1798.

3* A l'abbaye du Val-dcs-Vicrges ou Maegdendael ( religieuses de l'ordre de Cisteaux ) , à Oplinter , près de Tirlemont , dame Bernardine d'Everlange de Witry , 34' et dernière abbesse de celte maison , en remplacement de dame Victoire Manderlier , morte en 1785.

4» A l'abbaye de la Ramée (de l'ordre de Cisteaux), près de Jodoigne, dame Constant De Sivery , dernière abbesse de ce monastère. Elle remplaça , dans la dignité abbatiale, dame

Lors de la suppression de cette abbaye, on découvrit dans un cachot infect une religieuse nommé Marie Dieudonnée Minet, qui y était enchaînée depuis huit ans, et renfermée dans an sac depuis plus de dix mois , par ordre de l'abbé De Bonefle cl de l'abbessc Constance De Si vrv , sous prétexte d'aliénation mentale. On trouve des documents curieux sur cette affaire , qui fit beaucoup de bruit à cette époque , dans le Républicain du Xord, du 24 brumaire an V (14 novembre 1796). el dans YEcko des feuilles politiques et littéraires, ci-devant Esprit des gasitlt*, t. XXXIV, p. 508, n* 60, du 27 brumaire an V ( 17 novembre 1796); p. 554, n*66, du 11 frimaire(l" décembre); et p 554, n° 67, du 13 frimaire an V (3 décembre 1796). Par arrêté du 25 brumaire an V, l'administration centrale du département de la Dyle ordonna que des poursuites criminelles seraient dirigées contre l'abbesse de la Ramée , du chef de détention arbitraire. Cet arrêté fut reproduit par tous les journaux du temps , ainsi que le proecs-

Séraphine Wouters, morte en 1784.

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pour obtenir le concours des états. Aussi les vit-on voter le subside, dès le 27 mai. M. De Trauttmansdorff, comme s'il eût craint de ne plus trouver l'occasion de placer son oubli général du passé, se hâta de faire publier ce document : « Sa Majesté » , y était-il dit , t rend à la nation et à ses représentants son an- < cienne bienveillance et sa confiance. Résolue de maintenir la c constitution actuelle de ses provinces belgiques, elle soccuc pera constamment de tout ce qui peut contribuer à leur bicn- « être et à leur prospérité. »

Le lendemain , 28 mai , les deux pièces de canon qui se trouvaient à la Grand'Place , depuis les troubles , étaient transportées à la caserne des Annonciades; le surlendemain, 29, tous les membres des états dînaient chez LL. AA. RR. au château de Schoonenberg, à Laeken; le 31 , ils votaient une adresse à l'Em-

verbal dressé par la municipalité de Jodogne , le 19 brumaire de la même année. Ces poursuites paraissent avoir été étouffées peu de temps après.

S" A l'abbaye de Groeningen ( religieuses de l'ordre de Cisteaux ), près de Court ray , dame Victoire Gillon , 3* et dernière abbesse de cette maison. Elle remplaça dame Constance Du Toicl , morte en 1783.

6* A l'abbaye de Spermailles ou Espermailles (de l'ordre de Cisteaut ), à Bruges, en remplacement de dame Marie Thérèse De Brabaodere , morte en 1786, dame Marie Thérèse De Waepenaert , qui fut la 37' et dernière abbesse de ce monastère.

7* A l'abbaye du Saulchoir ( de l'ordre de Cisleaux ) , aux environ* de Tournay , en remplacement de dame Robertiue Philippe, morte en 1783, dame Amélie Ilerrier, qui Tut la 31* et dernière abbesse de cette maison.

8° A l'abbaye de Notre-Dame du Mont-d'Or (de l'ordre de Cisteaux) , a Wevclghem , près de Courtrai, dame Alberique De Madré, 36* et dernière abbesse de ce monastère, en remplace ment de dame Caroline De Palyn , décédée en 1784.

9* A l'abbaye d'Espinlieux ( de l'ordre de Cisteaux ) , à Mons , Angéline Crapols , qui en fut la dernière abbesse, en remplacement de dame Marie Catherine Uardy , morte en 1785.

10* A l'abbaye de l'Olive (de l'ordre de Cisteaux), en remplacement de dame Marie Catherine N opère, morte en 1787 , dame Natalie Van der Noot , dernière abbesse de cette maison.

H* A Fabbave de Notre-Dame du Refuge ( de l'ordre de Cisteaux ) , a Alh , en remplacement de dame Marie'lgnace Mahieu , morte en 1783, dame Benoîte Scops, dernière abbesse de cette maison.

12* A l'abbaye de Claire-Fontaine ( de l'ordre de Cisteaux ), près de Luxembourg , en remplacement de dame Marie De Jodanville , morte en 1784 , dame Catherine d'Eyseneck , dernière abbesse de cette maison.

Au mois d'août suivant, l'Empereur nomma encore abbesse du monastère de S*-Trond ( chanoinesses régulières de l'ordre de S1- Augustin) , à Bruges, dame Anne Hennessy, qui remplaça dame Isa beau De Witte, morte en 1784, et fut la 31' et dernière abbesse de cette maison.

Au commencement du mois de septembre , l'abbaye de Notre Dame d 'Orrai ( de l'ordre de Cisteaux), dans le duché de Luxembourg, fut conférée à Barthélémy Lucas, qui remplaça Etienne Scholtus, mort en 1787.

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