‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 90 sur 119 · iupédii'S · texte numérisé non relu

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portions d'un acte inutile. Maître absolu dans le duché de Brabant, la première chose qu'il eût eu à faire, s'il avait voulu conserver ce pouvoir, c'eût été de s'en servir contre les ennemis du gouvernement et de leur ôter l'envie de reprendre leurs menées révolutionnaires. C'était ainsi que d'Alton en aurait agi (i), et il eût au moins été conséquent dans sa conduite. Mais le ministre plénipotentiaire avait une politique plus raffinée : après avoir brûlé ses vaisseaux, il aurait voulu pouvoir encore s'échapper par quelque faux-fuyant. Il parlait de gagner les esprits; il croyait pouvoir s'assurer du peuple des campagnes, par l'abolition de quelques droits. Peut-être y avait-il encore* possibilité de réussir de ce côté, mais il ne suffisait pas d'abolir des droits pour y parvenir. La suppression du séminaire général pouvait seule amener ce résultat. Si le gouvernement avait convoqué les évêques et qu'il eût fait au clergé un sacriûce facile, le peuple des campagnes n'eût plus songé peut-être à se soulever : car le clergé aurait eu d'autant moins d'intérêt à produire le désordre , que l'exemple de ce qui se passait en France, et même dans la principauté de Liège, devait lui en faire craindre les suites. Les élections avaient fait de la France une sorte de tour de Babel , où il était facile de prévoir qu'à force de parler sans s'entendre, on finirait par s'entr'égorger. Personne ne se doutait alors qu'il se trouverait un jour des écrivains assez habiles pour prêter un caractère de grandeur à ce tohu-bohu de prétentions et de projets extravagants.

(i) Voici comment le généra! d'Alton s'exprimait a ce sujet dans un rapport à l'Empereur, daté du 19 juin :

a Pour rendre cette révolution heureuse, il serait nécessaire maintenant de purger le conseil du gouvernement et de rompre celte aristocratie qui gouverne sans réserve depuis Cobenzl , et enfin d'atterrer l'hydre monacale en réformant d'un coup toutes les abbayes dont les chefs se sont montrés si rebelles aux volontés souveraines. Si, sur le nombre monstrueux de cent et huit de ces maisons qui existent aux Pays-Bas , on en diminuait un tiers, qu'on pourrait distribuer dans celles qui resteraient, et si, en même temps on créait quelques établissements pour le soulagement de l'humanité, comme cela s'est pratiqué en Allemagne, bien loin d'accuser le souverain d'irréligion, on te bénirait et rendrait justice à ses vues éclairées et bienfaisantes. Ces deux opérations feraient plaisir a la nation et seraient très-avantageuses aux intérêts du souverain. Mais en refondant le conseil du gouvernement, on n'aurait rien fait si on continuait a employer U» deux frère» dans le pays : ce serait éterniser le despotisme et le monopole du pouvoir qui a existé si longtemps ici, l'un des frères étant a la tête du conseil de Brabant et l'antre ayant celui du gouvernement totalement à sa disposition. »

( Mémoire» pour tervir à la justification du général d'Alton , déjà cités, \>. 130. )

A Liège, le commencement de la maladie révolutionnaire se manifestai t par des symptômes tout particuliers et vraiment étranges. Depuis quelque temps on avait établi une salle de spectacle dans cette ville : le goût de la scène s'y développa tout à coup d'une manière si effrayante, que deux théâtres d'amateurs s'ouvrirent presque en même temps. Mais ce qui surtout offrait un caractère alarmant pour la raison publique , c'est qu'on ne se contentait plus d'assister en spectateur aux représentations scéniques : tout le monde voulait jouer la comédie et surtout la tragédie. On vit jusqu'à des prêtres monter sur les planches (i), dans un théâtre fondé sur les immunités ecclésiastiques. Quelques-uns de ces acteurs improvisés furent applaudis avec tant de fureur, qu'ils se crurent du talent et partirent pour Paris, afin de s'y produire sur une scène plus digne d'eux. Les journaux du temps

(i) On trouve daas le Journal général de r Europe ( 1789,1. Il, n° 50, p. 67, det annonça, artidei et avis divers) , une lettre datée de Liège , Î5 mars 1 789 , qui contient le curieux passage

suivant : « Il est vrai que , par un reste d'indifférence plutôt que de respect pour d'anciens usa*

ges, on souffre encore que le grand théâtre reste fermé en carême; mais ou en est ucNIntiiuiazé avec usure. Au défaut de mimes soudoyés, on a substitué deux théâtres ou écoles de moeurs bourgeoises, dont les acteurs pourraient figurer avec les meilleures troupes. L'un placé sur les immunités ecclésiastiques ne ressemble pas mal aux théâtres de Rome, où les hommes, comme on sait, remplissent les rôles de femmes; l'autre réunit les deux sexes et n'en est que plus attrayant. Deux membres du clergé y ont brillé surtout et enlevé tous les suffrages. J'ai assisté à une do leurs représentations, et Rosette m'a enchanté; Rosette m'a presque enflammé. Mais quelle a été ma surprise, le lendemain, en passant par la cathédrale, de voir Rosette â l'autel et dire la messe! »

Le fait auquel il était fait allusion , au travers de ce persifllage, était vrai; on n'en saurait douter, après avoir lu une lettre de l'abbé Ista, bénéficier de la cathédrale, insérée dans le même journal, n* 49. L'auteur se plaint beaucoup de ce qu'on l'a enveloppé dans l'accusation portée à la charge de son ami l'abbé D., et il blâme hautement celui-ci d'avoir pu s'oublier au point de flgnrer au théâtre et de s'exposer aux sifflets de la multitude. « J'ai remontré, dit-il, â mon ami , le tort qu'il s'est fait ; je l'ai engagé à se retirer d'une société qui ne pouvait que nuire infiniment a son avantage ; je l'ai fait avec la douceur de l'amitié, parce que je sais que l'homme le plus vertueux n'est point exempt de vices : je me serais bien gardé d'instruire les trois quarts de ses concitoyens d'un écart qu'ils ignoraient ; mon zèle n'eut été que scandale, etc. »

Les curés de Liège, indignes de ce qui se passait , adressèrent , sous la date du 20 mars 1789 , à leur prince-évéque, une requête énergique, dana laquelle on remarque les passages suivants : « Il doit être connu à V. A. combien l'histrionisme a gagné dans notre cité , depuis la fatale érection du théâtre. C'est là l'époque de la décadence des mœurs et du triomphe du libertinage U s'est élevé depuis un an , au milieu des calamités publiques, une jeunesse effrénée

qui , montée d'abord sur des trétaui dans un grenier, s'est exercée dans l'art funeste de fomenter les passions et d'attiser le fea dévorant de l'impureté. Knbardie par les applaudissements de l'imbécile frivolité, cette troupe d'efféminés s'est bientôt partagée en deux bandes, d'où va se provigner. dit-on , une troisième branche. Un de leurs repaires est même établi sur les immuni i pour braver le bras séculier tous l'égide des sacrés <

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et de la localité citent particulièrement un monsieur Gaspard, qui, ayant pris cette résolution, emporta les regrets et les vœux du public liégeois. Nous ne sachons pas qu'on ait jamais entendu parler des débuts de ce grand artiste au théâtre français.

Quand on considère quels sont les éléments ordinaires des révolutions, on est porté à croire qu'une révolution eût été impossible dans les Pays-Bas autrichiens, si le gouvernement l'avait voulu; que même les efforts de la propagande y eussent échoué. Les habitants des campagnes étaient littéralement sous le joug du clergé, et ils n'avaient pas la moindre velléité de secouer ce joug. Il en était de même du peuple des petites villes et d'une partie de la population des grandes villes. Les esprits forts étaient en très-petit nombre et ne se trouvaient guère que parmi les avocats et les nobles. En supposant qu'ils fussent parvenus à ameuter les Nations et les Serments de Bruxelles, il n'y avait pas assez d'énergie, dans tous ces bons bourgeois, pour résister à un bataillon de troupes régulières. Quant au reste du pays, le pouvoir n'avait qu'à faire cause commune avec le clergé, et non-seulement il n'aurait pas eu de révolution à appréhender, mais il aurait trouvé des ennemis acharnés de toute révolution tentée dans un esprit français (i). Ceci n'est pas une simple suppo-

(i) Sous ce rapport , les me» do général d'Alloo étaient singulièrement erronées. 11 croyait la révolution française favorable aux desseins de l'Empereur, et s'imaginait que le peuple brabançon était mûr pour entrer dans ce nouvel ordre d'idées- 11 écrivait a l'Empereur, sous la date du 19 août 1789 : « Ce n'est pas d'aujourd'hui que les prêtres cabalent avec impunité; ce n'e»l pas aussi d'aujourd'hui qu'ils sont protégés par l'aristocratie , dont la manœuvre a toujours eu pour but de ramener l'ancienne constitution, en faisant naître mille difficultés dans tous le» changements qu'on a voulu introduire, et sur lesquels le peuple a toujours été tenu dans l'obscurité, parce qu'éclairé sur les avantages du nouveau système, il n'aurait eu qu'une vois pour en demander l'établissement , et l'aristocratie aurait été à sa (in. Tout ce qui me reste a dire , est que l'exemple de la France , qui , en se créant une nouvelle constitution , suit presque 1rs mêmes principes sur lesquels est fondé le nouveau système, fournit la plus belle occasion passible pour ouvrir les jeux au peuple, sur les avantage* qu'il a refusés , et les lui faire désirer. » Et sous la date du 16 septembre , il ajoutait : « Le gouvernement n'a point la confiance de la nation, et il parait détenir, de moment en moment, plus urgent de lui donner une constitution quelconque. Celle qui se construit en France a beaucoup d'analogie avec le nouveau système : on la recevrait ici à bras ouverts, et on y gagnerait au moins le tiers état. Si, d'un côté, les nobles et le clergé en étaient mécontents, de l'autre, on s'attacherait le tiers-état, qui est partout la partie essentielle de la nation. » ( Mémoire pour servir à la justification du général d'Alton, etc., déjà cité p. 1*9 et 185.)

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