LA HOLLANDE , DE LA PRISSE ET DE LA
Avant de continuer à observer les progrès de l'anarchie dans les villes et villages du Brabant, il est nécessaire que nous fassions une excursion à l'étranger, pour y suivre les intrigues de Van der Noot , de ce tribun désappointé et proscrit, qui écrivait à sa chère Pineau : « On verra de quoi la vengeance d'un homme est capable! » (i) On vit bientôt, en effet, que la vengeance de cet homme-là était capable de recourir aux moyens les plus odieux :
(i) M. Goelhals, bibliothécaire de la ville de Bruielles , nom a affirmé avoir vu la lettre qui contenait cette phrase.
UAPf.DIlS
car ce fut aux ennemis naturels de son pays que Van der Noot alla faire des propositions d'alliance; ce fut à la Hollande, à la Prusse, à l'Angleterre, qu'il voulut confier ses destinées : à la Hollande qui, depuis la séparation définitive des Dix-sept Provinces (1579), s'était plu à nous abreuver d'humiliations; à la Hollande et à l'Angleterre qui , après avoir envahi et mutilé notre malheureuse Belgique , n'en avaient livré les lambeaux à la maison d'Autriche que sous la condition d'une impuissance éternelle; à la Hollande enfin qui, depuis près d'un siècle, tenait les bouches de l'Escaut fermées au commerce, et qui , tout récemment encore, avait évoqué le triste souvenir des traités de la Barrière, pour empêcher Joseph II de briser d'humiliantes entraves. Van der Noot s'en allant proposer à de pareils voisins de l'aider à affaiblir son pays, à le bouleverser, à le soulever contre un gouvernement qui semblait avoir quelque velléité de le tirer de l'abîme où la politique des puissances maritimes l'avait plongé, Van der Noot était bien sûr d'être écouté. Son arrivée à La Haye coïncidait d'ailleurs avec des circonstances singulièrement favorables à ses desseins. La maison d'Orange était triomphante, et déjà, à cette époque , les princes de cette maison avaient sur les Pays- Bas autrichiens des vues que ne partagea pas toute la nation hollandaise. Quelques années plus tôt, Van der Noot eût été, peut-être, assez mal reçu par les patriotes hollandais, qui étaient alors au pouvoir; mais ils venaient précisément d'être renversés, et le stathouder avait repris sur la direction des affaires une influence décisive. Pour apprécier toutes ces circonstances, il faut s'élever au-dessus de ce mouvement de fourmis qui agitait les provinces belgiques ,et chercher un point de vue plus étendu. C'est ce qu'on verra que Van der Noot, ou plutôt ceux qui le dirigeaient s'efforcèrent eux-mêmes défaire, comme s'ils avaient voulu se priver de l'excuse de la bêtise , aux yeux de la postérité.
Le stathouder héréditaire, Guillaume V, ayant succédé à son père, à l'âge de trois ans, avait passé une partie de sa minorité sous la régence de sa mère, qui était une princesse anglaise. Il avait eu ensuite pour tuteur, pendant sept ans, le prince Louis
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Ernest de Brunswick, feld -maréchal de la république. Celui-ci cultivait l'amitié de l'Angleterre et se tenait soigneusement en garde contre les entreprises de la France. Chef des troupes de terre , il faisait tous ses efforts pour maintenir son armée sur un pied respectable. Après le traité de Hubertsbourg, qui fut signé le 15 février 1761 , il s'était empressé de remettre garnison dans toutes les places de la Barrière. Le stalhouder , parvenu à sa majorité, en 1760, resta, pendant plusieurs années encore, sous la tutelle morale du duc de Brunswick. C'est dire assez qu'il adopta son système et qu'il eut constamment ses vues tournées vers les Pays-Bas autrichiens, soit par appréhension de la France, soit par un désir secret de voir s'étendre les limites du territoire soumis à son autorité. On lui reprocha même plus tard, ainsi qu'au duc de Brunswick, d'avoir négligé l'armée navale, pour renforcer l'armée de terre, et d'être ainsi cause de tous les désastres que la république essuya dans ses guerres maritimes. Le prince de Brunswick, dégoûté par les clameurs de la multitude, donna sa démission, en 1782. Trois ans plus tard, au mois de septembre 1785, le prince d'Orange ayant été dépouillé du commandement de la garnison de La Haye , au mépris des prérogatives de sa charge, quitta cette ville et se retira à Nimègue, pour réclamer la protection du roi de Prusse, dont il avait épousé la nièce.
Ce fut vers cette époque qu'eut lieu la guerre de la marmite , et que fut conclu le traité de Fontainebleau. Joseph II avait commencé par faire démolir la plupart des forteresses des Pays-Bas , occupées par des garnisons hollandaises , faute grave dont il eut à se repentir, dans la suite, et qui lui fut reprochée par tous les historiens. C'était au commencement de 1782. L'autorité du stathouder baissait déjà, et les états-généraux, en guerre avec la Grande-Bretagne, n'étaient pas éloignés de rechercher l'alliance de la France. Ils retirèrent, sans trop de difficultés, leurs troupes des places de la Barrière. Les Autrichiens, encouragés par ce premier succès, s'emparèrent des forts de S'-Donaes, de S'-Paul et de S'-Job, situés le long du canal de Bruges à l'Écluse. Ces actes
de violence donnèrent lieu aux conférences de Bruxelles, qui s'ouvrirent le 4 mai 1784. On sait que le comte de Belgiojoso y présenta un mémoire intitulé : Tableau sommaire des prétentions de CEmpereur, et que les Hollandais y répondirent par un autre mémoire. Ces conférences , dans lesquelles on se mit à débattre les limites de la Flandre, la démolition des forts de Lillo et de Liefkenshoek , la souveraineté de l'Escaut, depuis Anvers jusqu'à l'extrémité de la terre de Saflingen, l'abandon à l'Empereur de quelques villages de la mairie de Bois-le-Duc , la cession du village et de l'abbaye de Postel , la restitution des villages de Rédemption, de la ville de Maestricht, du comté de Vroenhoven, et plusieurs autres points tout aussi épineux; ces conférences auraient pu durer fort longtemps : mais, le 23 août 1784, Joseph II déclara que, ce qu'il voulait, c'était l'ouverture de l'Escaut et la libre navigation de ce fleuve. Les Hollandais lui opposèrent l'article 14 de la paix de Munster, qui ordonnait expressément la fermeture de l'Escaut, et l'article o du traité de Vienne, de 1731 , qui , en abolissant la compagnie d'Ostende, interdisait à jamais tout commerce des Pays-Bas autrichiens aux Indes. Ce fut alors que Linguet publia, en faveur des prétentions impériales, ses Considérations sur touverture de C Escaut, et que Mirabeau, prenant fait et cause pour le parti des patriotes, qui dominait en Hollande, répondit par un écrit intitulé : Doutes sur la liberté de t Escaut, réclamée par CEmpereur; Londres, 178o. Les états-généraux firent mieux que d'écrire : ils envoyèrent l'amiral Reynst occuper les bouches du fleuve avec une escadre.
Le stathouder , à ce moment , était bien près de sa chute , et le parti dominant négociait ouvertement une alliance avec la cour de France. Les états-généraux comptaient sur cette alliance, autant pour s'assurer la victoire sur le parti orangiste , que pour obtenir des conditions favorables de paix avec l'Autriche. La France , de son côté , craignait l'union de la Hollande avec l'Angleterre, union qui aurait eu lieu infailliblement, si le stathouder avait ressaisi son influence; mais, alliée à l'Autriche, elle refusa de signer un traité avec la Hollande , jusqu'à ce qu'on eût
aplani toutes les difficultés qui pouvaient entraîner la république dans une guerre avec le beau-frère de Louis XVI. Le gouvernement français se posa en même temps médiateur entre l'Autriche et les états-généraux, et ce fut à son intercession que ceux-ci durent l'heureuse issue de cette querelle.
Cependant, l'Empereur avait voulu forcer le passage de l'Escaut. Le 8 octobre 1784, la marmite, qui donna son nom à celle guerre, avait été brisée, d'un coup de canon, sur le pont du briganlin impérial qui la portait. Gît événement avait paru devoir être le signal d'une guerre sérieuse. On avait pris les armes de part et d'autre. Les Hollandais avaient fait venir un général prussien pour commander leur armée de terre ; mais tout en se préparant à une défense vigoureuse, ils n'avaient pas négligé les moyens diplomatiques. Pour stimuler le zèle de la cour de France en leur faveur, ils avaient fait semblant de vouloir renouer leurs liaisons avec l'Angleterre : quelques négociations avaient été entamées à ce sujet avec le chevalier liarris, ministre britannique à La Haye. Le moyen leur réussit tellement que Louis XVI fit déclarer à l'Empereur, le 27 novembre 1784, qu'il s'opposerait, à main armée, à toute entreprise hostile contre la république. Il renouvela en même temps l'offre de sa médiation, et cette offre ayant été acceptée, des conférences s'ouvrirent à Versailles, le 8 décembre 1784. On sait que Joseph II , après s'être montré fort exigeant, finit par céder sur presque tous les points. Quant à la France, elle était si désireuse de terminer celte affaire, qu'elle consentit à payer elle-même une partie de la somme d'argent que l'Empereur exigeait des états-généraux, à titre de satisfaction, pour l'insulte faite à son pavillon sur l'Escaut.
Le traité fut signé le 8 novembre 1785, et deux jours après, le 10 novembre, les plénipotentiaires des états-généraux signaient un traité d'alliance avec la France. Cet acte fut le signal du triomphe des patriotes sur le parti orangiste. Non content d'avoir ôté au stathouder le commandement de la garnison de La Haye , on lui contesta le droit de nommer les magistrats des villes; les états de Hollande allèrent jusqu'à le suspendre de la charge de
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capitaine général de leur province. Enfin, une guerre civile était près d'éclater dans les Provinces-Unies, lorsque, à la sollicitation de la princesse d'Orange, le roi de Prusse se décida à y envoyer une armée de trente mille hommes, sous les ordres du duc régnant de Brunswick. Ceci se passait au mois de septembre 1787. La France avait protesté contre cette invasion; elle avait déclaré qu'elle s'y opposerait par la force des armes; mais déjà, à cette époque, la France était trop embarrassée de ses propres affaires, pour qu'elle pût songer à se mettre en campagne pour des intérêts étrangers. L'Angleterre lui signifia , du reste, que si le statbouder était attaqué, elle le défendrait, et, en même temps, elle fit mettre sa marine sur pied de guerre. Cette circonstance permet de croire que l'invasion des Provinces-Unies par une armée prussienne avait été résolue de commun accord avec la cour de Londres, et que déjà le germe de la triple alliance, dont nous aurons à nous occuper bientôt, avait été jeté.
L'armée prussienne n'eut pas de peine à pénétrer au cœur de la Hollande. Les patriotes n'avaient à lui opposer que quelques compagnies franches, qui furent bientôt désarmées. Le rhingrave Frédéric de Salm , qui avait consenti à prendre le commandement de ces troupes, les abandonna clandestinement. Après deux années d'absence, le prince d'Orange fit son entrée à La Haye, le 20 septembre 4787. Amsterdam, dont les habitants avaient le regard constamment tourné vers la mer et connaissaient les vues essentiellement territoriales de la maison d'Orange , Amsterdam résista quelque temps encore; mais elle se rendit le 10 octobre. A dater de ce moment, le stathouder rentra dans la plénitude de ses droits et prérogatives. Les états, en grande partie renouvelés, lui déférèrent , pour une fois seulement , le droit de destituer tous les magistrats des villes et de les remplacer par des personnes de son choix. Plusieurs centaines d'officiers furent cassés. Des mesures furent prises en même temps pour augmenter les forces de terre et de mer. Les états-généraux prirent à leur solde un corps de 5,000 hommes de troupes de Brunswick et un autre corps de 1,000 hommes du duc de Mecklenbourg-Schwerin.
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On conçoit que cette es[>èce de révolution dut changer entièrement le système politique des Provinces-Unies. Le traité d'alliance, que les patriotes avaient conclu avec le cabinet français, fut rompu , ou du moins annulé de fait. Par compensation , une alliance étroite avec la Grande-Bretagne fut contractée à La Haye , le 13 avril 1788. Le chevalier Harris, ambassadeur d'Angleterre, et M. Yan de Spiegel, grand pensionnaire de la province de Hollande, en signèrent l'instrument. Le même jour, 15 avril, un traité d'alliance défensive se signait à Berlin, entre les comtes de Finkenstein et de Herlzberg, au nom du roi de Prusse, et le baron de Reede, au nom des états-généraux. L'acte de garantie mutuelle des sept Provinces-Unies (î), signé le 5 juillet suivant, vint
(i) Cet acte, émané d'un peuple qui sortait d'une révolution, est un curieux monument de sagesse nationale. Nous le donnons ici pour faire voir combien les Hollandais , qui avaient passé par la république pure , étaient plus avancés en raison, que certain peuple qui fit de la raison une divinité et se prétendit seul destiné a propager son culte.
« Les seigneurs états des provinces de GueJdre, llol lande et Westfrise, Zélande, Utrecht , Frise , Overyssel et Groningue , avec ceux du pays de Drenthe , ayant réfléchi sur les causes des divisions domestiques par lesquelles la république en général , et chaque province en particulier , ont été récemment agitées , et ayant trouvé qu'elles sont résultées en grande partie des idées erronées , extrêmement dangereuses , que quelques personnes se sont formées réellement ou en apparence , et qu'elles ont inspirées à d'autres citoyens peu éclairés , au sujet de la constitution et de la forme de gouvernement de ce pays, spécialement touchant l'importance et la nécessité des dignités éminentes et héréditaires de slathouder, capitaine général et amiral général; ayant considéré , de plus, que, lors de l'heureux rétablissement du statboudérat et de la confirmation héréditaire, eu 1747 et 1748, les confédérés ont regardé comme un grand avantage pour l'État , qu'ils voyaient réunies sur la téte d'un seul et même prince ces hautes dignités, relativement a toutes les provinces et aux pays de la généralité, et qu'ils s'en sont promis une nouvelle force et solidité du lien de l'union ; que , par conséquent , lesdites dignités ayant reçu dès lors une relation plus étroite et plus immédiate pour toute la confédération , devaient être regardées , non-seulement comme une partie essentielle de la constitution et de la forme de gouvernement de chaque province, mais de l'Étal en entier, et tellement liées à l'union ellemême , qu'il est impossible que Tune fleurisse et conserve son bien-être sans l'autre ; et qu'ainsi , de même que les confédérés sont obligés de s'cnlr'aider réciproquement sur les premiers et principaux moyens par lesquels l'union doit se maintenir , et de veiller, à forces réunies , contre toute atteinte qui y serait portée , d'autant plus que l'expérience a appris , dans les derniers troubles , comment des principes les moins considérables , qui , d'abord paraissaient avoir pour but de légers changements , il est résulté néanmoins une confusion générale qui a conduit la confédération sur le point d'une destruction totale :
a A ces causes , MM. les députés des provinces susdit* s , au nom et par ordre des seigneurs états , leurs commettants , déclarent solennellement , par la présente , que les seigneurs états susdits tiennent et regardent les dignités héréditaires de statbouder , capitaine général et ami ral général , avec tous les droits et prééminences qui y sont attachés , telles et sur le pied qu'elles ont été déférées dans leurs provinces respectives , et prises en possession dans l'année 1766 , par le présent seigneur statbouder héréditaire, pour une partie essentielle de leur constitution et forme de gouvernement , et qu'ils se les garantissent réciproquement par forme de confédéra-
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ajouter encore à la force que ces traités venaient de donner au stathoudérat héréditaire, et enfin le traité de la triple alliance, conclu à Berlin , le 15 août 1788, acheva de donner à la maison d'Orange un éclat qui devait nécessairement accroître son orgueil et ses vues d'avenir.
Ce fut dans ces circonstances que Van der Noot arriva à La Haye : il eût été impossible d'en rencontrer de plus favorables à ses desseins. Le prince d'Orange avait à réparer le tort que lui avait causé le traité de Fontainebleau , conclu sous l'influence du parti patriote; il avait à récupérer le terrain qu'il avait perdu par l'abandon des places de la Barrière , abandon auquel les patriotes avaient si facilement consenti. Enfin, appuyé comme il l'était par la Prusse et par l'Angleterre, n'était-il pas aisé de lui faire entrevoir les chances d'une domination plus directe sur les Pays-Bas autrichiens. C'est ce que Van der Noot pensa, ou du moins ce qu'on lui Gt penser, et il n'hésita point, comme nous allons le voir, à exciter dans la maison d'Orange un sentiment qui ne pouvait être satisfait que par la soumission de la Belgique au joug de la Hollande. Le premier personnage politique auquel il parvint à faire des ouvertures, fut le grand pensionnaire Van de Spiegel, qui avait signé le traité d'alliance avec l'Angleterre, homme influent et tout dévoué aux intérêts du stathouder. Van der Noot fut reçu chez lui, le 10 mai 1789, et ils eurent un entretien dont le résumé nous a heureusement été conservé par le grand pensionnaire lui-même. Bien que ce document ait déjà été publié (i), il est d'une si haute importance pour le sujet que nous essayons de traiter , que nous ne pouvons nous abstenir d'en reproduire ici la traduction :
« Le 10 mal 1789, se présenta chez moi l'avocat Van der Noot,
lion , comme une loi fondamentale de l'Étal , promettant de m point souffrir que, dans une de» provinces de la confédération , Ton s'écarte jamais de cette loi salutaire et indispensable pour le repos et la sûreté de l'État. »
(i) Résumé des négociations qui accompagnèrent la révolution des Payt Bat autrichiens, avec les pièces justificatives, par L. P. J. Van de Spiegel , membre du corps équestre de la province de GueWrc, secrétaire de légation de Sa Majesté le roi des Pays-Bas. Amsterdam , cbei Johannes Muller, lMl,in-8<.
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sous le nom de Gobbelschroy, qu'il uie dit être celui d'une seigneurie appartenant à sa famille.
c II commença par me dire qu'il était autorisé cum plena, non tant par les états qu'individuellement par leurs membres les plus influents; que les privilèges des Pays-Bas étaient foulés aux pieds, quoique la paix de Rastadt les eût garantis; qu'il importait à la Grande-Bretagne, à la Prusse et à la république que la Belgique ne fût pas opprimée; que l'Empereur n'avait d'autre dessein que d'introduire des subsides perpétuels et la conscription militaire, afin d'avoir toujours de l'argent et une armée pour attaquer la république.
< Je répondis que nous avions appris avec chagrin cet état des affaires; qu'à nous Néerlandais, issus d'une même origine, le sort de nos voisins ne pouvait être indifférent; que nousmêmes nous avions autrefois tout risqué, pour conserver nos privilèges; mais que les circonstances étaient bien différentes, et que les habitants des Pays-Bas, n'ayant ni armée ni chef, seraient plus que téméraires en tentant de résister.
« Van der Noot raisonna longuement sur la révolution à laquelle la république doit son existence; mais il ne dit rien de positif concernant les moyens de résistance existant en Belgique. Il parla seulement vaguement d'une grande multitude, qui désirait avec ardeur prendre les armes, et qu'il espérait encore être à même de renforcer par des soldats aguerris, qui déserteraient le service de plusieurs puissances voisines. Le commandement devait alors être donné à un général qu'une de ces puissances démissionnerait.
< Je lui représentai combien tout ceci élait vague et peu satisfaisant, en appuyant sur l'exemple de nos soldats patriotes, et je demandai quelles étaient les intentions de son parti , s'il parvenait à triompher.
c Dans ce cas, me répondit-il, nous voulons établir une république indépendante, d'après le modèle de la vôtre; nous voulons aussi choisir un stathouder, par exempte, le second fils du prince a0 Orange; et, si la différence de religion ny met obstacle, nous désirons nom réunir à votre répttblique.
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c Je répliquai que de pareils résultats ne pouvaient être amenés que par une autorité légale, et non par une faction. Van der Noot atïirma qu'il désirait amener une union des dix provinces pareille à la nôtre, et remettre le gouvernement aux étatsgénéraux.
c J'exprimai mes craintes sur la réussite de ce plan , à cause de la jalousie existant entre le Brabant et les Flandres, et je dis que, pour ce qui regardait les projets ultérieurs, il me semblait que la nomination d'un des Gis du prince d'Orange, comme stathouder d'une république voisine, devait occasionner de graves inconvénients, tant à notre État qu'au prince d'Orange luimême ; que la république projetée ne me paraissait pas devoir se soutenir, parce que l'Empereur ayant démoli les fortifications, le nouvel État serait toujours dans un état de dépendance , sous la protection de Tune ou l'autre puissance; que ta différence de religion, il est vrai, ne s'opposait pas à une réunion des Pays-Bas à notre république, chacune de nos provinces étant souveraine en matière de religion; mais que d'autres raisons me semblaient devoir empêcher cette réunion. En somme, je demandai ce que signifiaient ces ouvertures et pourquoi l'on s'adressait à la république.
c Van der Noot répondit qu'il ne demandait, de la part du roi de Prusse, que l'assurance qu'en cas de révolte, il empêcherait que des troupes autrichiennes n'accourussent d'Allemagne, et de la part des puissances alliées, l'assurance qu'elles ne souffriraient pas que les Français se mêlassent des affaires des Pays- Bas.
< Je répliquai qu'il était facile de comprendre que nul ministre ne pouvait s'expliquer sur de pareils intérêts avec un homme sans qualification, et que, même en supposant que ces demandes ne déplaisaient pas au gouvernement de la république, il était nécessaire de se concerter sur ce point avec les autres puissances. Je demandai aussi comment lui , Van der Noot, s'était trouvé de son voyage en Angleterre.
« Il me dit qu'il avait vainement et à plusieurs reprises tenté
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d'avoir une conversation avec M. Pitt, et que, se trouvant à Londres pendant les troubles de la régence , il n'avait osé s'ouvrir à aucun autre ministre.
« Je répondis que néanmoins il devait comprendre qu'il lui était nécessaire de parler au ministère britannique, et qu'il devait se rappeler que la Grande-Bretagne s'était intéressée au sort des Pays-Bas, lorsqu'en i 757 on voulut faire occuper Ostende et Nieuport par des troupes françaises.
« Van der Noot se fit fort de démontrer à M. Pitt le danger que le commerce anglais, surtout en temps de guerre , aurait à redouter dans le cas qu Ostende tombât entre les mains des Français ou d'un souverain absolu.
« Je lui demandai s'il avait vu un ministre prussien, et je lui dis que, s'il allait à Londres, il y trouverait un diplomate prussien, auquel il pourrait s'ouvrir complètement; mais je lui répétai en même temps que nul ministre ne parlerait avec lui, s'il n'était qualifié et en état de donner connaissance des moyens de son parti, et que de plus aucune des trois puissances ne s'engagerait sans se concerter avec les autres.
c Van der Noot dit alors qu'il en savait assez, qu'il écrirait à ses amis et qu'il partirait de suite pour Londres. >
Cette note révèle un fait extrêmement important : c'est que Van der Noot et les siens comprenaient la politique des puissances maritimes , qu'ils savaient que ces puissances avaient intérêt à maintenir la Belgique dans cet état de torpeur, qui la rendait inhabile à tenter la moindre entreprise, et qui l'empêchait de reprendre son rang parmi les nations. C'était donc avec la conscience de leur opprobre que ces gens-là allaient éveiller l'attention de la Hollande, de la Prusse et de l'Angleterre, sur les projets de Joseph II , et solliciter l'appui de ces puissances, pour empêcher l'émancipation politique de nos provinces. C'était, sachant ce qu'ils faisaient, qu'ils allaient dire à l'étranger : « prenez garde! la Belgique peut se réveiller et s'organiser; un gouvernement fort, une administration régénérée peuvent la tirer de son avilissement; son commerce peut renaître; Ostende essaiera
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peut-être de faire concurrence à l'Angleterre; Anvers aussi peut finir par prendre goût à l'Escaut et vouloir user de cette voie de navigation. Prenez-y bien garde, et hâtez-vous de joindre vos efforts aux nôtres, de crainte que notre heureuse patrie ne vienne à briser ses langes; de crainte que Joseph II, cet exécrable tyran, ne la rende assez forte pour braver vos interdictions et pour profiler de tous les avantages que la Providence lui a départis. »
Nous ne savons trop comment qualifier un pareil langage. En 1789, cela s'appelait du patriotisme, et jusqu'à nos jours, tant d'écrivains ont essayé de maintenir la réputation des patriotes de ce temps, que l'on considérera, sans doute, comme une étrange découverte, celle de ce fait : que Van der Noot, Van Eupen (1), et tous les gens du comité de Bréda étaient des orangistes, dans l'acceptiou moderne du mot. Gela est cependant incontestable, puisqu'ils offrirent d'une manière assez directe au stathouder de lui livrer nos provinces. Certes, s'il s'était agi de réunir, dans des conditions de parfaite égalité, deux peuples qui avaient une origine commune et qui ne s'étaient séparés qu'à re-
(i) Pierre Jean Simon Van Eupen, né à Anvers, d'une famille bourgeoise, le 19 DOTembre 1744, promu, en 1763, à la 33' place de la 3* ligne, sur 104 concurrents , an concours général do philosophie a l'université de Louvain , dans la pédagogie du faucon , licencié en théologie dans la même université, puis successivement professeur au séminaire épiscopal d'Anvers, et curé du village de Cumplich, fut nommé, en 1775, chanoine gradué du chapitre de l'église cathédrale de Notre Dame, 1 Anvers, en remplacement du chanoine Jean François De Bruyu , président du séminaire épiscopal , décédé la même année. Au mois de mai de l'année suivante , 1776, il fut nommé doyen rural du district d'Anvers, et censeur ecclésiastique de la librairie , en remplacement du chanoine Verbe) en, qui venait de mourir. Au mois de novembre de la mémo année, il fut nommé pénitencier, en remplacement du chanoine Antoine De Vri«, promu à la dignité (farchiprélrc de cette cathédrale. Il se fil, par ses sermons, une assez brillante réputation d'orateur, mais quoiqu'il partit et écrivit assez correctement le français, il ne prêcha jamais qu'en langue flamande. Quelques biographies rapportent qu'étant déjà revêtu de dignités ecclésiastiques, une iulrigue scandaleuse avec une femme le força a s'eipatrier. Voyez Biographie nouvelle des Contemporains. Paris, 18i5, t. XX, p. 146. Biographie étran gère , par une Société de gens de lettres. Paris , 1819 , t. II , p. 227. Il prit une part active a la révolution brabançonne. Il lut nommé secrétaire d'Étal au congrès souverain, en 1789. Lors de la rentrée des Autrichiens, au mois d'octobre 1790, il se réfugia en Hollande. lien revint, en 1794, mais sa présence alarmant les conventionnels français, en mission en Belgique, ils le firent arrêter comme otage et conduire a la citadelle de Lille. Il fut transféré ensuite à la prison de Bicêtre , dont il ne sortit qu'en 1795; il se retira alors en Hollande, dans le village de Zuutphaas, près d'Utrechl, où il mourut, le 14 mai 1804. Plusieurs biographies disent qu'il fut déporté à la Guyana* et qu'il y finit ses jours, en 1798, mais cela n'est pas exact
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gret, il n'y aurait eu dans cette pensée rien qui ne fût avouable; mais après tout ce qui s'était passé depuis près de deux siècles, après les avanies sans nombre que les Hollandais nous avaient fait subir chaque fois qu'ils en avaient trouvé l'occasion ; après l'expérience que l'on avait du seul usage auquel ils pussent destiner nos provinces , la proposition de réunir celles-ci à la république des états-généraux , sous le statboudérat du prince d'Orange, était un acte de trahison, une véritable félonie. Ceux qui faisaient cette proposition, ne pouvaient ignorer que, depuis l'établissement de la république , les états-généraux avaient constamment manifesté la crainte d'être en contact avec la France; que notre pays ne leur avait jamais paru propre qu'à les tenir éloignés des Français; que, lorsqu'ils en avaient disposé à leur gré , comme au commencement du dix-huitième siècle, ce n'avait été que pour y faire construire des citadelles et pour y tendre des inondations; que le littoral seul leur avait paru bon à joindre à leur territoire , afin de pouvoir nous interdire l'accès de la mer. Us savaient bien tout cela, les meneurs du parti patriote, puisqu'ils connaissaient assez la politique des puissances, pour aller leur faire des ouvertures conformes à leurs vues. Quelles pouvaient donc être leurs espérances, et dans quel intérêt voulaient-ils faire si bon marché de l'honneur et de l'indépendance de leur pays?
II serait assez embarrassant de répondre à cette question, si nous n'avions vu, dans les temps modernes, des patriotes sortant d'une révolution transiger avec le parti vaincu , les uns pour vendre leur pays moyennant finances, les autres pour le livrer gratis, dans le but de satisfaire de petites rancunes ou de venger leur amour-propre blessé (i). Van der Noot et les siens
(i) Noui connaissons un médecin patriote, qui a voulu, peu d'années après une révolution, en mettant de nouveau son pays à feu et à sang , le faire retomber entre les mains de l'étranger, et qui n'aspire peut-être, aujourd'hui même, qu'au bonheur de placer la guillotine en permanence sur la Grand" Place de Bruxelles, par la seule raison qu'un autre Esculape , plus adroit que lui, a su se faire donner une place qu'il convoitait. Quand nous écrirons l'histoire de la révolation de 1830, nous aurons l'occasion de tracer quelques biographies contemporaines, qui ne le cèdent en rien à celles du temps de Van der Noot. Nous avons déjà recueilli , pour ce travail, de précicui documents. Bien des gens , qui ne s'attendent pas a cet honneur, seront un jour attache* au pilori de l'hisli/ire.
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pouvaient croire aussi que le stathouder, tout en jetant des troupes sur quelques points, en inondant une partie des Flandres, en fermant les bouches de l'Escaut et en nous interdisant l'accès de la mer, abandonnerait à leurs mains avides l'administration intérieure du pays; qu'il leur permettrait d'y établir une sorte de république sémi-avocassière, sémi-théocratique, et d'y exploiter à leur profit les privilèges et tous les abus que le temps en avait fait découler. Du reste , quels qu'en pussent être les motifs , le fait n'en est pas moins constant , et le document cité plus haut n'est pas la seule preuve que nous ayons à produire à l'appui de notre assertion. Nous nous proposons d'en donner plusieurs autres. En attendant , voici une pièce émanée de Van der Noot même et remise par lui au grand pensionnaire Van de Spiegei , qui semble avoir été écrite pour certiûer les faits rapportés dans la note précédente.
Canevas de réflexions politiques sur les troubles des Pays-Bas
autrichiens (î).
< Personne n'ignore que ces pays , quoique déchus de leur ancienne grandeur, par le démembrement de plusieurs provinces et de plusieurs parties des provinces restantes , sont encore une belle et florissante contrée, dont la population, proportion gardée de leur étendue, n'est égalée dans aucun pays de l'Europe : leur situation et la fertilité de leur sol correspondent avec l'industrie des habitants de ces provinces ; mais la source et la cause principale de leur ancienne opulence et de leur prospérité gisent dans les privilèges, dans la liberté et dans la constitution, dont elles ont joui depuis plusieurs siècles.
c Personne ne peut disconvenir que l'Empereur a violé la constitution de ces provinces, même le serment inaugural prêté sur la ponctuelle observation d'icelle, et qu'il s'érige en despote redoutable ; donc l'exécution de ses vues ne sera pas funeste seulement aux habitants de ces provinces , mais aussi à bien d'autres, et il bouleversera l'équilibre de la balance politique de l'Europe.
{ ») Résumé de* négociation* , <J*ji «lé, page M.
DE BEHG.
« Quoique jusqu'à présent il n'étende pas les limites des provinces , il n'agrandit pas moins ses domaines et ses forces : en supprimant les abbayes, les couvents, les confréries et autres fondations ecclésiastiques, il s'approprie leurs biens , il anéantit l'état ecclésiastique, il s'enrichit de plusieurs millions par an ; en introduisant la conscription militaire, comme il est résolu, il augmente ses forces militaires, au point que l'exécution de son système le met à même d'avoir en tout temps dans ces pays cent mille hommes sur pied : ces pays ont fourni à la France quarante huit millions de florins par an, lorsqu'elle en a été en possession dans la dernière guerre qu'elle a eue contre la maison d'Autriche, sans les milices qu'ils ont fournies en outre. Quel est le souverain voisin qui peut résister à un despote aussi puissant?
c De plus , ses vues despotiques ne se bornent pas à tyranniser les habitants de ces provinces, mais elles tendent à s'agrandir à tous égards ; son plan est médité depuis longtemps, il est réfléchi et formé de longue main; enfin il menace la tranquillité de toute l'Europe; tout bon politique doit le 'sentir et en convenir.
« Les circonstances, calculant les probabilités politiques, ne laissent pas douter qu'il agira par préférence contre la république de Hollande; il l'envisage comme la plus faible de ceux contre qui il a conçu d'agir ; il a déjà manifesté ses vues, en exigeant quelle évacuasse les barrières, comme elle a fait ne les connaissant pas tors, elle s'est privée dun garant qu'elle avait contre toute surprise de sa part; mais cette évacuation des barrières ne Ca pas contenté, elle ne remplissait pas son but ; il a demandé ensuite Couverture de C Escaut, mais il est constant que la fin de sa demande ne tendait pas à procurer la liberté de la navigation de la mer aux Brabançons , puisqu'il en avait le moyen sans t ouverture de t Escaut, en exécutant le plan de creuser le canal projeté en IGDo; son but était de se rendre maître de l'Escaut, même de s'emparer de Flessingue, Middelbourg, Rotterdam, et plusieurs autres villes en deçà de cette dernière ville.
« Tout homme sensé comprend que l'Empereur, exécutant son plan dans les Pays-Bas, devient redoutable à tous les souverains
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de l'Europe : il sera l'ennemi de la république de Hollande, il n'épargnera rien pour s'emparer de tout ce qu'il pourra des sept Provinces-Unies ; il les envisage encore comme une partie de la succession de la maison d'Autriche, enlevée par la force : il est plus que probable, dans les circonstances des choses, qu'il tentera tout sans aucun ménagement et sans prendre aucun égard aux traités de ses prédécesseurs , puisqu'il n'observe pas ceux qu'il a faits lui-même, et il est indubitable qu'ayant les forces militaires que l'exécution de son système dans les Pays-Bas lui procurera , que dans une nuit il peut s'emparer , par surprise , des villes de Bergen-op-Zoom , Bréda et Geertruydenberg, surtout pendant l'hiver que les eaux sont gelées : s'étant emparé de ces villes , il aura le moyen de poursuivre ses conquêtes sur la république, surtout sur la province de Hollande.
« Ce n'est pas la république seule qui est en butte à cette invasion : Son Altesse Sérénissime le prince stathouder héréditaire est exposé à des pertes énormes; en premier, il s'emparera de tous ses biens situés dans la baronnie de Bréda et ailleurs dans les pays envahis , il s'appropriera tous ses fiefs en Brabant , sous prétexte de félonie.
c Après un calcul exact de toutes les probabilités politiques, après un mûr examen de toutes les circonstances, tout bon politique doit convenir qu'il est de la plus haute importance pour la tranquillité de l'Europe et pour le maintien de l'équilibre de la balance politique, que l'exécution du système de la maison d'Autriche, soit non-seulement arrêtée tout court, mais qu'il y soit mis des obstacles à ne jamais pouvoir y parvenir dans la suite.
c II importe encore plus particulièrement à Leurs Majestés les rois de Prusse et de la Grande-Bretagne, pour d'autres raisons qu'on pourrait déduire en temps et lieu, et il importe à la république de Hollande, pour les raisons ci-dessus rapportées en précis et autres qu'on doit concevoir et apprécier.
c Les circonstances présentes sont si favorables à porter le coup aux vues de la maison d'Autriche, qu'on ne peut pas douter de la réussite, pourvu que Leurs Majestés les rois de la Grande-
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Bretagne, de Prusse et la république de Hollande ne s'y opposent pas; il s'agit seulement qu'ils y concourent indirectement, même sans s'exposer à une guerre avec la maison d'Autriche ou avec la France : outre le maintien de l'équilibre de la balance politique, et la tranquillité future de l'Europe, qui sera le fruit de ce coup à porter, il en résulte encore des avantages très-considérables, tant pour Leurs Majestés les rois de la Grande-Bretagne , de Prusse et la république des Provinces-Unies, que pour les États et sujets respectifs; mais, si on néglige de saisir les circonstances, le coup sera manqué immanquablement, et on n'y parviendra plus jamais, si on laisse échapper l'occasion favorable qui se présente en ce temps. »
A travers les grossières finesses et les étonnantes suppositions dont cette pièce abonde, perce évidemment la crainte de voir Joseph II faire quelque chose d'utile au pays. Yan der Noot avertit les puissances étrangères de l'importance politique et commerciale que pourraient prendre nos provinces, si elles venaient à être gouvernées par une main ferme et habile; il en exagère les ressources en finances et en hommes, afin d'exciter, sinon leur crainte , du moins leur envie. Il prévient la Hollande que Joseph II, quand il le voudra, forcera le passage de l'Escaut et reprendra les portions de territoire qu'elle a usurpées. Rien enfin de ce qui peut réhabiliter les provinces belges, n'est omis dans l'énumération qu'il fait des projets criminels de l'Empereur. 11 n'est pas jusqu'à l'évacuation des places de la Barrière, qui ne soit pour lui un sujet d'incrimination. Ce rôle avait quelque chose de si odieux, et la manière de le jouer était si ignoble, que Ton est étonné de l'accueil, en quelque sorte bienveillant, qui fut fait à Van der Noot. Le grand pensionnaire, on l'a vu dans la note précédente , lui indiqua la marche à suivre pour ouvrir des négociations avec la Prusse et avec l'Angleterre. C'était assez lui laisser entrevoir qu'il y avait chance d'obtenir le concours de ces puissances et celui de la république. Il alla jusqu'à lui dire que la différence de religion ne s'opposait pas à une réunion des provinces belges et hollandaises. II insi-