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L. Garnibr. — Ferments

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Ces deux phénomènes, ce dédoublement avec hydratation préalable, ne sont-ils pas le résultat d'un même processus, ne sont-ils pas dus l'un comme l'autre au micrococcus? L'expérience démontre que les productions organisées des urines des herbivores en fermentation, ne renferment que le micrococcus qui y prend un développement que l'on ne rencontre pas dans celles des carnivores; d'autre part, ensemencé dans une solution d'hippurate d'ammonium dans de l'eau de levure ou de l'eau sucrée contenant des phosphates, il le transforme en acide benzoïque et forcément en glycocoUe (Van Tieghem), et comme aucun de ces produits n'a, sur le ferment, l'action irritante et nocive de l'ammoniaque, on conçoit pourquoi il se développe si facilement, et avec une sorte de prédilection, dans les urines des herbivores.

Jl est également probable que les autres composés -azotés de l'urine n'échappent pas à cette action, et 4ue ceux qui , comme l'acide urique, la xanthine, Ja créatinine, peuvent, par hydratation avec ou sans oxydation concomitante, donner naissance à des produits de dédoublements nouveaux, sont transformés plus ou moins complètement en ces dérivés.

5. Conditions de V action du ferment, — L'activité Klela fermentation ammoniacale est en fonction directe du nombre de globules de ferment (Muller). La tem- ^érature la plus favorable est celle du corps humain (37 degrés); une température plus élevée diminue d'activité du ferment, et peut même la détruire définitivement; il en est ainsi d'une température de 54 degrés maintenue pendant deux heures (Miquel).

hsi réaction du milieu nécessaire au ferment est très intéressante à étudier. Les alcalis sont absolument nécessaires au développement de la torulacée qui continue à fonctionner même dans des liquides très alcalins; la fermentation ammoniacale ne s^arrête qu'en présence de i3 pour 100 de carbonate d'am-

monîaque(Van Tieghem), proportion en présence de laquelle la destruction de toute cellule végétale est d'ailleurs assurée, et qui exerce sur la peau, et à plus forte raison sur la muqueuse vésîcale, une action saponifiante et irritante très sensible. Les acides minéraux mettent rapidement hors d'agir le ferment ammoniacal et surtout la partie soluble qu'il sécrète ; l'acide borique est surtout actif (Pasteur). Un certain nombre d'acides organiques agissent de la même façon, par exemple les acides tartrique, acétique, salicylique. Le phénol paraît sans influence, aussi bien à l'égard du ferment figuré que de sa diastase. . ^ Comme aliments indispensables, la torulacée exige du phosphore, du soufre, du potassium^et du magnésium, une substance azotée (urée, oxamate de soude, ammoniaque), et du carbone qui peut être fourni par des hydrates de carbone, la glycérine, les sels sodiques d'acides gras. Certains corps, leglycocoUe , l'asparagine, la créatine, les hippurates, les peptones peuvent servir à la fois d'aliments azotés et carbonés.

La lumière a une action très curieuse sur le micrococcus ureœ ; les dépôts floconneux de ferment se produisent tous sur la paroi la plus directement éclairée.

Enfin, la composition de l'atmosphère ambiante paraît sans influence ; qu'elle soit formée d'azote, d'hydrogène, d'acide carbonique, d'oxyde de carbone ou de gaz d'éclairage, la fermentation marche également bien (Miquel).

. 6. Fermentation ammoniacale dans V organisme vivant. — Dans certains cas de catarrhe chronique de la vessie, surtout chez les vieillards, les urines, au moment de leur émission, sont fortement ammoniacales ; le même fait a encore été observé à la suite de lésions rénales et dans la fièvre typhoïde. Quelle est donc la cause de cette modification d'apparence spontanée, éprouvée par l'urine? Quand elle est de-

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venue ammoniacale à la suite d*un sondage de la vessie, on peut admettre qu'un germe de torulacée a pu être introduit par le cathe'térisme, et provoquer la fermentation; mais, en dehors de cette hypothèse, alors qu'il n'y a pas eu la moindre opération antérieure, l'explication du phénomène devient plus difficile, et il paraît y avoir désaccord avec la théorie générale des fermentations, qui n'admet pas l'hypothèse de la matière hémi^-organisée produite par les tissus euxmêmes (Frémy), mais exige l'apport d'un germe initial venant de l'extérieur.

M. Poggiale (1876), sans nier l'action de la torulacée, a invoqué l'intervention d'une matière organique spéciale, d'origine pathologique, et capable de produire le même effet. M . Bouley a attribué cette action au mucus, au pus, au sang ; et cependant M . Pasteur et un grand nombre de chirurgiens, entre autres MM. Gosselin et Albert Robin, ont toujours trouvé la torulacée dans les urines ammoniacales, au moment de leur émission; d'autre part, MM. Cazeneuve et Livon (1877) ont vérifié la corrélation constante entre l'urine ammoniacale et la présence du ferment, en montrant, par neuf expériences in anima viliy que l'urine acide ou alcaline ne devient ammoniacale que lorsqu'elle est au contact de l'air; enfin, M. Musculus a pu extraire la diastase spéciale sécrétée par la torulacée, des urines devenues ammoniacales dans la vessie.

Nous sommes donc autorisés à croire, avec M. Pasteur, que le germe de la torulacée provient de l'extérieur; c'est pour lui une impression qui résulte de ses études prolongées sur les ferments et de sa longue expérience, et si l'esprit se heurte à quelque impossibilité pour admettre la possibilité de la pénétration du germe jusque dans la vessie, le savant chimiste nous invite à nous rappeler que le canal de l'urèthre, relativement aux infiniment petits qui agissent comme ferments^ est, à leur égard, ce que le

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tunnel de la Tamise est pour rhomme qui y circule sans la moindre difficulté.

Mais si l'apport des germes jusque dans la vessie est si facile, comment se fait-il que les urines ammoniacales ne soient qu'une exception ? Tout simplement parce que les urines, même en dehors de l'organisme, ne fermentent pas avec la même facilité ; ce qui tient aux conditions physiologiques de la paroi qui les renferme et à la réaction même du liquide ; rappelons que le micrococcus ureae ne s'accommode pas d'un liquide de culture acide, comme l'est précisément l'urine normale; d'ailleurs, MM. Feltz et Ritter ont vu que l'introduction, dans la vessie, de sondes imprégnées de ferment, souvent ne rendaient pas ammoniacales les urines d'animaux bien portants. On comprend dès lors que, suivant la réaction de l'urine, sa composition, l'état physiologique de la vessie, l'ensemencement soit plus ou moins facile; et l'on arrive ainsi à l'explication des résultats qui, au premier abord, paraissent complètement et définitivement discordants.

7. Recherche de l'urée dans les eaux potables, — Il arrive trop souvent que des puits ou des sources reçoivent les liquides de déchets de l'économie animale, soit qu'une fosse à purin ait été placée au voisinage d'une galerie de captanon ou du bouge de recueil général de ces galeries, soit qu'une fosse d'aisances non étanche laisse les liquides suinter dans le sol et arriver jusqu'au puits, ou enfin pour toute autre cause ; cette contamination est grave surtout parce que le liquide d'infiltration entraîne souvent avec lui les germes de maladies diverses, et que le puits ou la source contaminée peut devenir la cause d'une véritable épidémie qui sévit sur les individus qui font usage de son eau ; c'est ainsi que s'expliquent tout naturellement certaines épidémies de fièvre typhoïde qui frappent cruellement la plupart des habitants d'une maison dont l'eau est ensuite recon-

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nue contaminée. M. Brouardel a d'ailleurs montré que, dans Pépidémie de choléra qui a sévi sur Gênes en i885, les individus atteints appartenaient aux quartiers alimentés par une même source, tandis que les quartiers qui sont restés indemnes recevaient Feau d'une autre source non infestée.

Tout récemment, M. Brouardel (i) a communiqué à l'Académie des sciences (1886) une intéressante observation d'épidémie de fièvre typhoïde qui a sévi à Pierrefonds, en août et septembre 1886, sur des familles venues en villégiature de Paris et de Versailles; sur 2 3 personnes habitant 3 maisons contiguës, 20 furent atteintes et 4 succombèrent ; en étudiant le sous-sol de la ville, on y a constaté l'existence d'une nappe d'eau de 2 à 3 mètres de profondeur coulant dans des sables reposant sur un banc d'argile plastique, et dont la surface n'est qu'à I mètre 5 au-dessous du niveau du sol ; aussi a-t-il suffi, pour avoir de l'eau, de creuser des puits en forme de trous ; mais la nappe d'eau souterraine est en communication immédiate avec les fosses d'aisances construites simplement en moellons non cimentés, et par suite non étanches et dans lesquelles on écoule les eaux pluviales des toitures. Dès que survient une pluie un peu abondante, l'eau envahit les fosses, dilue les matières et les entraîne dans les couches de terrains périphériques, et de là dans les puits fournissant l'eau potable (?). Dans l'eau des maisons dont les habitants ont été si cruellement éprouvés, MM. Chantemesse et Vidal ont trouvé, le i5 octobre, 25.000 bacilles par litre, parmi lesquels ils ont reconnu le bacille pathogène de la fièvre typhoïde.

La conclusion de tous ces faits est qu'on doit rejeter d'une façon absolue, dés usages domestiques, les eaux contaminées par des produits de nature

(i) M. Brouardel, Annales cT hygiène.

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excrémentitielle, et par conséquent celles qui renferment de Turée.

On recherche facilement Turée, dans les eaux potables, au moyen dupapierdeMusculus (voir p. 177), ou d'un papier préparé de la façon suivante : on filtre sur papier blanc une urine en fermentation ammo niacale, on lave le filtre avec de l'eau jusqu'à disparition de toute réaction alcaline, puis on le colore avec une solution aqueuse concentrée de curcuma ; on sèche ensuite lentement à l'air, et l'on découpe le papier en bandelettes qui restent imprégnées chacune d'un certain nombre de globules de torulacée à l'état dévie latente. On introduit 5o à 100 centimètres cubes de l'eau suspecte dans un flacon lavé avec la même eau, on ajoute une bandelette de papier préparé, et on abandonne le vase fermé dans un endroit chaud (40** environ); au bout de 12 à 24 heures, le papier et le liquide se sont colorés en brun, s'il y a la moindre trace d'urée.

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