‹ Fernand de ColonjonChapitre 3 sur 12 · XXX. — La vie d'étudiant à Harvard · texte numérisé non relu

XXX. — La vie d'étudiant à Harvard

E. Egger. — Les ports de Mannheim [suite).

Jean Dany. — L'armée allemande.

Gilbert GideL — De l'internationalisation des villes (à propos des projets sur Constantinople

et Salonique).

P. Pinot. — L'autonomie des ports de commerce.

Ouvrag-es analysés dans le présent numéro :

Dans les Comptes Rendus Critiques. — L. Maisonnier et G. Lecarpentier, L'Irlande et le liome Raie (A. de Lavergne). — G. Alexinsky, La Russie moderne ; — P. Polejaïeff La Russie de 1906 à 1912; Ë. Taris, La Russie et ses richesses; — G. Striékloff, La fraction social-démocrate dans la troisième Douma (P. Chasles). — Léon Bourgeois, Solidarité, 7^ édition (P. Pinot).

Dans les Analyses, — P.-L.-F. Philastre, Premier essai sur la genèse du langage et le mystère antique (J. S ). — Pierre Clkrget, Géographie économique. L'explication rationnelle du globe (B. Nogaro). — P. Cultru, Les origines de l'Afrique occidentale : Histoire du Sénégal du xx^ siècle à 1870 (B. Nogaro). — L. Naudeau. Le Japon moderne (M. Courant).

FERNAND DE GOLONJON

La longue et forte amitié qui m'unissait à M. de Colonjon m'a fait désigner pour lui rendre ici le dernier hommage. Je trouye"^ quelque douceur, dans mon très grand chagrin, à rappeler ce qu'H' fut dans l'Administration, à l'Ecole, dans sa vie d'homme de bieu;- ^

M. de Colonjon était né le 18 avril 1841 à Annonay. Il avait fait ses études au collège de Tournon. Le 2 janvier 1860, à dix-neuf ans, il entrait comme surnuméraire dans l'administration de Tenregistrement, à laquelle il fut'toujours très fidèlement attaché et où'^ir devait parcourir une brillante carrière. Son bureau de début fut Aiguilles, bourgade des Hautes Alpes, en pleine montagne. Entraîné à tous les exercices du corps, ardent chasseur, marcheur infatigable, M. de Colonjon n'y connut pas Tennui qui gagne trop souvent le jeune receveur dans les petits bureaux où la besogne administrative n'est pas très absorbante. Il parlait toujours avec plaisir de sa première résidence. Après bien des années, il y revint en visiteur, avec sa fille aînée, et il y retrouva plusieurs des compagnons de ses chasses et de ses excursions alpestres. Ils le reconnurent et lui firent fête. Son affabilité, la bonne humeur qu'il avait mise à s'accommoder de conditions d'existence assez rudes et quelque peu primitives lui avaient jadis gagné les cœurs. Le temps n'avait pas aboli ces bons souvenirs. Il en eut une légitime joie.

Au mois d'août 1870, M. de Colonjon, alors receveur à Paulhaguet (Haute-Loire), fut nommé, en Seine-et-Marne, à Villiers-Saint- Georges. Le 5 septembre, il remettait le service à son successeur dans la Haute-Loire et se rendait aussitôt à Paris. Il ne songeait pas à rejoindre son poste de fonctionnaire. Il aspirait à prendre place dans les troupes que le gouvernement de la défense nationale organisait à la hâte, et à se battre pour le pays. Il sollicita de ses chefs l'autorisation de s'engager. Aucune décision ne lui fut notifiée par l'administration. Il n'en suivit pas moins son patriotique dessein et s'engagea comme volontaire dans le 40*^ régiment de mobiles (dépar-

tement de l'Ain). Il fut de toutes les affaires auxquelles ce régiment prit part durant le siège de Paris, notamment au combat de Clamart et à la bataille de Champigny. Ce que M. de ('olonjon fît pendant la guerre, il le fit toute sa vie : uniquement occupé de ce que commande le devoir, il l'exécuta courageusement et simplement.

Nommé vérificateur en 1872, M. de Colonjon fut appelé, la même année, à en exercer les fonctions dons le département de Seine-et- Marne, puis dans la Seine en 1875. Il profita de son séjour à Paris pour compléter ses études de droit et pour se faire recevoir licencié. Il avait alors trente-cinq ans. Il cherchait moins à conquérir un titre qu'à développer et à fortifier ses connaissances en droit civil, base essentielle de l'instruction professionnelle d'un fonctionnaire de Tenregistrement. Dans ce but, il suivit longtemps les cours que professait M. Demante à la Faculté de droit. Il voulut en même temps s'instruire de l'ensemble de la science financière et s'inscrivit à l'École des Sciences politiques (1878). Les élèves de TÉcole étaient, en ce temps-là, bien moins jeunes qu'ils ne le sont aujourd'hui. Néanmoins M. de Colonjon, alors âgé de trente-sept ans, était de beaucoup notre aîné. Il avait une autorité naturelle que tempérait son extrême bienveillance pour ses jeunes camarades. Tout le monde l'estimait et l'aimait. La Société des Anciens Élèves le lui prouva en le choisissant pour son président (janvier 1880).

Entre temps, M. de Colonjon avait été attaché comme rédacteur à la direction générale de fenregistrement. 11 devint sous-chef de bureau en 1881. En 1887, il fut nommé chef de bureau et chargé du personnel. Les fonctions de chef du personnel d'une grande administration sont extrêmement délicates et importantes; la carrière des agents, la bonne marche de l'administration elle-même dépendent de l'esprit do justice et du jugement de l'homme qui prépare les nominations. Pendant huit années, M. de Colonjon s'acquitta de sa tache, avec le souci constant du bien du service et des droits des agents que Ton pouvait attendre de son esprit éclairé et de sa conscience. Ses services furent justement récompensés en 1893 par sa nomination à la direction de l'enregistrement de la Seine. Cette direction est un énorme service, beaucoup plus important que maintes directions de ministère. Au moment où M. de Colonjon en fut chargé, elle assurait la perception de 315 millions de francs de produits sur un total de 798 millions pour Tensemble des départements. En 1906, dernière année de sa gestion, sur 987 millions, la direction de la Seine faisait rentrer 423 millions. Ce n'est pas sans raison que la langue admi-

nistrative qualifie de produits les recettes de renregistrement. Elles sont le résultat du travail des agents de tout ordre : receveurs, à qui incombe la mission de constater les droits; inspecteurs et sons-inspecteurs qui contrôlent et revisent au besoin les liquidations des receveurs; directeur enfin, chargé de veiller au fonctionnement régulier du service, de prendre l'initiative des mesures qui doivent en fortifier 1 action, de signaler aux agents par des instructions d'ensemble les points sur lesquels leurs investigations peuvent être le plus fructueuses, à qui il appartient surtout de donner à ses collaborateurs la certitude qu'ils seront toujours soutenus, dans Taccomr plissement d'une mission où ils heurtent fatalement des intérêts parfois puissants, par un chef qui les couvre en assumant sur lili toutes les responsabilités. C'est ainsi que M. de Colonjon comprenait ses fonctions, c'est ainsi qu'il les remplit jusf|u'au jour de son admission à la retraite, en novembre 190().

Depuis 1897, M. de Colonjon était chargé à l'École de conférences sur renregistrement, dont le caractère était surtout juridique et technique. Après son admission à la retraite, il transforma du tout au tout son enseignement et lui donna pour objet l'étude des questions économiques que soulève Tapplication des impôts de l'enregistrement et du timbre. Sa connaissance approfondie des lois sur la matière, les observations qu'il avait eu le soin de recueillir dans l'exercice de ses fonctions et spécialement quand il dirigeait le service du département de la Seine, où se trouve concentrée une masse prodigieuse de richesse mobilière et immobilière, où les mutations de biens à l'occasion desquelles s'ouvre la dette de l'impôt sont incessantes et très variées, donnaient à ses leçons une valeur singulière. Les auditeurs vinrent nombreux. M. de Colonjon trouva dans ce succès une grande et juste satisfaction. Il prenait à la préparation de ses cours, aux lectures nombreuses, aux recherches de tout ordre par lesquelles il rajeunissait sa documentation, un intérêt toujours croissant. Ce fut l'une des principales occupations d'une vie qui avait toujours été laborieuse.

A côté de l'étude, M. de Colonjon avait fait dan§ sa vie une large part aux œuvres de charité. 11 avait été introduit à la Société des Visiteurs des pauvres de Paris par M. Boutmy, qui le connaissait bien et qui lui avait donné sa précieuse amitié. Il fut l'un des membres les plus zélés de cette société; après son admission à la retraite, il accepta d'en devenir le président. Il se consacra à ces fonctions avec toute sa bonté et toutes ses facultés d'administrateur. Au témoignage

de M. Dejean, il fut a comme président, l'œuvre même... Sous sa direction, la société fît de merveilleux progrès, se développant dans des proportions inattendues ». Et M. Dejean a rappelé, en termes émus, dont tous ceux qui ont connu notre ami apprécieront la rare justesse, ce ({ue la Société des Visiteurs (( devait à la délicatesse de ses sentiments, à la méthode de sa direction, à ce charme particulier qui émanait de lui et qui était comme le parfum d'un femps ancien ».

Le môme sentiment de bonté, autant que le goût des questions juridiques, l'avaient déterminé à conserver la place qui lui avait été attribuée comme directeur de l'enregistrement, dans le comité d'assistance judiciaire près la Cour de cassation. Il continua de prendre une part active aux travaux du Comité. C'est pendant une de ses séances qu'il ressentit la première et soudaine atteinte du mal qui devait nous l'enlever.

Les dernières pensées de M. de Colon jon ont été pour l'Ecole et pour

ses élèves. 11 acheva, dans le courant de Tété dernier, la rédaction de

ses leçons qui nous serontainsi conservées. Puis, sans vouloir écouter

les avis de son médecin, réunissant ses dernières forces, il revint

à Paris pour l'ouverture des cours de TEcole. Par un prodige d

volonté, il put faire ses deux premières leçons. Il demandait ses

notes pour préparer la troisième quand survint la crise finale. Il

nous laisse, avec le souvenir d'une vie parfaitement droite et loyale,

le noble exemple d'une grande énergie morale et d'un attaclieœent..

passionné pour l'École. v"^ \)^''^ '

A. ArnaunéTJv'^''

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