‹ FernandChapitre 33 sur 156 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

froid. Nous sommes entre. gens comme il faut : s'il vous plaît, nous réglerons nos comptes sans scandale et sans bruit. Veuillez donc vous asseoir et m'écouter tous deux, car il est indispensable que vous entendiez l'un et l'autre ce qu'il me reste à dire à chacun de vous en particulier.

Il prit un siège, et se tournant vers Arabelle, sans ironie, sans morgue, sans humeur, avec l'aisance et le savoir-vivre que donne une longue habitude du monde, de ses lois et de ses usages :

— Madame, lui dit-il, jevais bien vous surprendre : je ne vous tuerai pas, je m'abstiendrai de toute plainte et de tout reproche ; je tiens même à savoir si je n'ai pas à vous adresser des excuses : car je m'y croirais obligé dans le cas où, par quoi que ce soit dans ma conduite, j'aurais eu le malheur de justifier la vôtre. C'est vous-même que j'en ferai juge.

Aces niots, Fernand se leva.

— Il est, dit-il, pour le moins inutile que j'assiste à ces explications ; permettez que je me retire.

— Restez, Monsieur, restez, répliqua M. de Rouévresavec autorité. Je serai bref : dans un instant je suis à vous.

M. de Peveney s'étant rassis, M. deRouèvres poursuivit en ces termes :

— Peut-être, Madame, n'avez-vous pas oublié quelle était votre destinée lorsque j'eus l'honneur de vous offrir la mienne en partage. Nos pères s'étaient connus dans l'émigration. Le vôtre ne devait vous laisser en mourant qu'un nom sans tache pour unique héritage. Il mourut. Presque en même temps la révolution de Juillet envoyait dans l'exil les seuls

protecteurs qu'il vous fût permis d'invoquer. Vous étiez sans amis, sans soutien, sans fortune. Ma mère vous recueillit avec tendresse ; et plus tard, séduit par vos grâces, non moins touché du malheur de votre jeunesse, je vous priai d'accepter mon nom. Vous savez que je ne m'y hasardai qu'en tremblant. Quoique jeune encore, je n'étais plus à l'âge où l'argile dont nous sommes pétris peut se transformer au feu des passions et recevoir une empreinte nouvelle. Dans la défiance où j'étais de moi-même, je pensai qu'avant de vous enchaîner par des liens éternels il était de mon devoir de renseigner votre cœur et d'éclairer votre inexpérience. Je ne vous cachai rien de mes goûts, de mes idées, démon caractère; j'appelai vos réflexions sur ce lien que je vous proposais de nouer ; je vous exposai de quelle façon sérieuse et solennellej 'envisageais le mariage; loin de songera capter votre esprit par des peintures attrayantes, j'essayai de l'effrayer par la gravité des obligations mutuelles; j'allais même jusqu'à vous exagérer les charges de l'association. Je ne vous montrai pas le bonheur comme une conquête facile ; mais, vous arrêtant au pied de la côte dont il est le couronnement, je vous demandai si vous vous sentiez le courage de vous appuyer sur mon bras pour aller le chercher là-haut. Quand tout fut dit, pour toute réponse vous me tendîtes votre main : je la pris avec un religieux respect, mêlé d'amour et de reconnaissance, et m'engageai devant Dieu à vous aimer, à vous servir. En votre âme et conscience, ai-je failli à mes engagements ?

.Aces mots, M. de Rouèvres s'interrompit comme

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