‹ FernandChapitre 64 sur 156 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

apercevant M. de Peveney, madame de Mondeberre dissimula mal un mouvement de joie que ne put réprimer entièrement sa dignité de femme et de mère. Elle ne vit et ne comprit qu'une chose : c'est que le retour de Fernand lui présageait le bonheur de sa fille. En se trouvant vis-à-vis d'elle, ce jeune homme n^'osa pas d'abord troubler la douce sécurité] que sa présence avait fait naître ; il laissa l'illusion grandir et se développer au point qu'il eût été cruel de la désabuser ; enfin, il recula devant l'impossibilité d'un aveu qu'il avait de loin jugé si facile. C'est qu'en effet, pour ouvrir un pareil cœur, pour en étaler sans pitié les plaies et les infirmités, il n'eût pas fallu une volonté faible, non plus qu'un médiocre courage. Et c'était à madame de Mondeberre, à cette âme droite qui n'avait jamais fléchi, à cette chaste imagination qui n'avait pas touché, même du bout des ailes, aux fanges de la vie ; c'était à cette honnête et immaculée créature que Fernand s'était promis de confier le triste roman qui venait de clore sa jeunesse 1 C'était madame de Mondeberre, la sainte femme, la noble veuve^ la tendre mère, qu'il s'était proposé de promener dans les détours tortueux d'un abîme où lui-même ne plongeait ses regards qu'avec épouvante ! Qu'aurait-elle pu comprendre à toutes cesmisères? Elle aurait refusé d'y croire, ou s'en serait éloignée avec un sentiment de pitié mêlé de dégoût. Ce qui devait arriver arriva. M. de Peveney fail- j lit une fois encore à sa résolution. Il éluda l'épreuve ! à laquelle il devait se soumettre, et, comme il s'était engagé par sa seule présence et qu'il n'était plus ten)ps de retourner sur ses pas , il s'abandonna

cette fois encore au courant de sa molle nature. Après qu'il eut expliqué nettement ses prétentions à la main d'Alice : « Mon enfant, lui dit madame de Mondeberre d'une voix émue, vous savez que depuis longtemps je vous ai donné ce nom; puisque vous l'acceptez, c'est que vous en êtes digne. Vous réalisez ainsi le plus doux rêve de ma vie; vous exaucez en même temps les derniers souhaits de votre père. Cependant, il vous reste encore à gagner le cœur de ma fille : essayez, mes vœux sont pour vous, je ne demande qu'à reposer mes regards sur le tableau de votre amour mutuel. Alice ne m'a rien dit de ses sentiments ; je ne l'ai point entretenue de mes espérances; puissent nos deux âmes, déjà si étroitement unies, achever de se mêler et de se fondre dans la vôtre ! » Cette journée s'écoula dans une douce intimité. Alice n'était pas dans le secret de son bonheur, mais elle en avait comme un confus pressentiment. Elle observait avec inquiétude je ne sais quoi d'inusité sur la figure de sa mère et dans l'attitude de Fernand; elle voyait avec émoi leurs regards se rencontrer et se sourire ; et lorsque M. de Peveney se fut retiré après lui avoir baisé la main pour la première fois, elle pâlit, se troubla et s'échappa éperdue, tremblante. Cette nuit ne fut guère plus calme pour Fernand que ne l'avait été la nuit précédente. Il était dans la nature irrésolue de ce jeune homme de tout gâter et de ne savoir jouir de rien. Il y avait en lui, comme chez la plupart des hommes, deux êtres, ennemis acharnés, qui se combattaient sans paix ni trêve ; et, comme le vaincu insultait toujours le vainqueur, de quelque côté que penchât la balance, il se trouvait

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