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CHAPITRE I

— La tempête ! — s'écria lajeune fille ; — il fait un temps charmant, Joseph.

— C'est ce que je me suis tué à lui dire, — répliqua Christophe; — mais tu le connais, intrépide comme un lapin et brave comme une poule; pour peu qu'il eritende soupirer le vent, il croit que c'est la fin du monde. Et puis, il s'effrayait à cause de ce cheval que tu montais pour la première fois.

— C'est un agneau, — dit Jeanne.

— C'est précisément ce que je lui disais, — s'écria Jean : — un agneau, un pauvre mouton bridé ! Mais, depuis qu'un âne au trot lui a fait mordre la poussière, maître Joseph a voué une haine implacable aux chevaux.

— Chère enfant, — dit Joseph, — il n'est que trop vrai, tu as été pour nous la cause d'un grand trouble et d'une vive inquiétude. Si tu nous aimes, ma Jeanne chérie, tu te montreras désormais plus soigneuse de notre bonheur.

— Peste soit du butor ! — s'écria Christophe avec humeur; — ne va-t-il pas sermonner cette enfant? Mais en quel état te voici, ma petite Jeanne! — ajouta-t-il en soulevant les plis de l'amazone alourdie par la pluie.

— Tes mains sont glacées, — dit Jean; — tes pieds fument comme en été les champs au lever du soleil. Mais, Jeanne, tu te soutiens à peine, — ajouta- 1-il avec effroi; tu pâlis, tes jambes fléchissent. Tu vois, — dit-il en s'adressant à Joseph, — voilà le résultat de tes brutales remontrances. »

Christophe approcha l'unique fauteuil du salon : Jean fit asseoir lajeune fille ; puis tous deux^ Chris-

tophe et Jean, disparurent chacun de son côté, laissant Jeanne seule avec Joseph.

« Ce n'est rien, mon bon Joseph, — dit-elle en lui tendant la main ; — l'émotion de la course, voilà tout. Ce cheval, à vrai dire, allait comme la foudre ! 11 faut aussi convenir qu^il vente agréablement sur la côte.

— Cruelle enfant ! — dit Joseph d'un ton de reproche af[*ectueux en lui baisant tendrement les doigts, — ce n'est pas ainsi que je te voudrais voir, ma Jeanne bien-aimée.

— Que veux-tu, Joseph ? — s'écria-t-elle avec un geste d'impatience. — Depuis quelque temps je ne sais pas ce qui se passe en moi. Pourrais-tume dire quel démon me pousse et m'agite ; d'où vient cette fièvre qui me dévore, ce besoin de mouvement qui me consume; cette ardeur, jusqu'alors inconnue, qui me fait chercher le danger? Aujourd'hui, par exemple, aujourd'hui j'étais folle. Comment ne me suis-je pas rompu vingt fois le cou ? C'est que sans doute tu priais pour moi. Ce n'est pas tout : il y a des instants où je suis triste sans savoir pourquoi ; d'autres, le croirais-tu? où je me surprendsà pleurer sans pouvoir deviner la source de mes larmes. Tiens, mon pauvre Joseph, je crois que je m'ennuie. Ne me gronde pas. Tout ce que tu pourrais me dire là-dessus, je me le suis dit à moi-même. Vous m'aimez, vous êtes bons tous trois, vous n'avez d'autre soin que celui de me plaire. Le matin, vous vous disputez mon premier regard, et le soir, mon dernier sourire. Vous allez au-devant de mes fantaisies ; vous guettez mes caprices pour les satisfaire. Enfin, vous

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