‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 1 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

FERNAND DE PEVENEY A KARL STEIIV.

Tu l'as voulu, je suis parti, j'ai fui. D'ailleurs, j'étais au bout de mes forces et de mon courage. Quelle vie ! quel enfer! Non, il n'est pas d'enfer qui ne soit doux après une pareille vie. D'où vient donc que mon cœur est triste jusqu'à la mort? d'où vient qu'au lieu de l'enivrer, le sentiment de sa prochaine délivrance le torture et le déchire ? Tu m'avais promis la joie du prisonnier qui voit tomber ses chaînes : les cris seuls de mon désespoir ont salué jusqu'ici mon achemiiîement à la liberté. Combien de temps a duré ce voyage? Un jour, un siècle, je ne sais. Les arbres qui fuyaient sur le bord de la route m'apparaissaient comme des ombres éplorées ; j'entendais des sanglots dans les sifflements de la bise. Pourraije dire jamais les luttes, les combats que j'ai livrés et soutenus contre moi-même durant ce funeste trajet? Une fois, ne sentant plus en moi l'énergie de

t F£RNAND.

ma résolution, j'ai fait tourner bride aux chevaux; mais, en apercevant du haut d'uùe colline Paris, comme un gouffre béant à Thorizon, saisi d*épou* vante, j*ai consulté mon cœur, et repris tristement le rhemin de la solitude. J/arrive enûn ; j'ai revu sans plaisir et sans émotion les ombrages paternels et la demeure où je suis né. Ma tête est en feu; une ardente inquiétude m'agite et me dévore. Que se passet-il? que,va-t-il se passer? Que résultera-t-il du coup affreux qu'il me reste à porter? A ces questions, ma raison se perd. Toi cependant, unique confident de cette lamentable histoire, prends pitié de deux infortunés, soutiens-les l'un et l'autre dans cette dernière épreuve. Dirige la main qui veut et qui n'ose frapper ; le coup porté, sois tout entier à la victime.

Page 1